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Publié par Saoudi Abdelaziz

Des Palestiniens brandissent des drapeaux à l'effigie de Marwan Barghouti. Photo DR

Des Palestiniens brandissent des drapeaux à l'effigie de Marwan Barghouti. Photo DR

Quelques extraits d'un article de Mediapart paru le 20 avril 2017 sous le titre "Israël-Palestine: l’heure de Marwan Barghouti?". René Backmann y rapporte les premières réactions au déclenchement de la grève.

(...) Dirigeant historique du Fatah en Cisjordanie, excellent connaisseur d’Israël – il a appris l’hébreu lors de ses premières détentions – et autrefois interlocuteur apprécié des journalistes et des politiciens de la gauche israélienne, Marwan Barghouti est aujourd’hui, à 57 ans, de loin le responsable politique le plus populaire parmi les Palestiniens. Figure patriotique exemplaire, souvent comparée à Gerry Adams ou Nelson Mandela, il reste depuis des années, malgré sa détention, le favori désigné par les sondages d’opinion pour succéder à Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne. Et surtout pour présider un État de Palestine indépendant.

(...) Pour punir Marwan Barghouti d’avoir organisé cette grève et fait parvenir, depuis sa cellule, son texte au New York Times par l’intermédiaire de sa femme Fadwa, les responsables du Service israélien des prisons (IPS) ont décidé de le transférer dans un nouveau centre de détention et de le condamner à l’isolement. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l’avocat de Barghouti ont été informés par l’IPS que les visites familiales étaient annulées et que toutes les autres visites seraient interdites.

Une poignée d’autres détenus, considérés comme organisateurs de la grève, ont également été transférés dans d’autres prisons et soumis aux mêmes sanctions en attendant de comparaître devant une instance disciplinaire. Les autres détenus grévistes, répartis dans huit centres pénitentiaires, sont aussi privés de visite aussi longtemps que durera leur mouvement.

(...) Les grévistes de la faim « sont des terroristes et des meurtriers incarcérés qui ont ce qu’ils méritent et nous n’avons aucune raison de négocier avec eux », a déclaré Erdan à la radio de l’armée. Plus radical encore, le ministre des renseignements et des transports, Yisrael Katz, lui aussi membre du Likoud, a estimé dans un tweet que « lorsqu’un meurtrier méprisable comme Barghouti proteste en prison et demande l’amélioration de ses conditions de détention, pendant que les proches de ceux qu’il a tués sont toujours dans la douleur, il n’y a qu’une seule solution : la peine de mort pour les terroristes ».

Quant au ministre de la défense, Avigdor Liberman, fondateur du parti nationaliste d’extrême droite « Israël notre maison » qui rassemble les Israéliens d’origine russe, il a prévenu qu’il était favorable « à l’approche de Margaret Thatcher » qui avait laissé mourir de faim, en 1981, Bobby Sands et neuf autres nationalistes irlandais après plus de deux mois de grève.

(... )En adoptant d’emblée une attitude inflexible et menaçante, le gouvernement israélien n’a surpris personne. Mais il a peut-être sous-estimé une donnée que nombre de ses prédécesseurs ont appris à mesurer. Au sein de la société palestinienne, le sort des prisonniers est pratiquement une cause sacrée, un des rares facteurs d’unité. Ce que confirme d’ailleurs, en dépit du conflit entre le Fatah et le Hamas, l’appui de la quasi-totalité des mouvements politiques palestiniens – du Jihad islamique au FPLP, du Hamas au FDLP – à un mouvement lancé par une figure historique du Fatah.

Dans une population où, selon le Bureau central palestinien des statistiques, près d’un million de personnes ont connu la prison depuis la création de l’État d’Israël, en 1948, et où peu de familles aujourd’hui ne comptent pas, ou n’ont pas compté, un détenu en leur sein, les demandes des prisonniers bénéficient d’un soutien quasi unanime. Ce soutien se manifeste, comme à Ramallah ou à Bethléem, par des cortèges ou des rassemblements de solidarité vigoureusement réprimés par l’armée israélienne.

Pour Qaddoura Farès, proche de Marwan Barghouti et président de la Société des prisonniers palestiniens, « cette lutte pourrait être le point de départ d’une intifada pour l’unité nationale et les droits du peuple palestinien. Son message est clair : le peuple palestinien n’a pas abandonné la voie de la résistance et un gréviste de la faim, du fond de sa prison, agit aussi à l’extérieur des murs ». Difficile de faire plus populaire et unitaire, il est vrai, que la liste des revendications formulées par les grévistes. Fruit de près d’une année de consultations discrètes d’une prison à l’autre, elle comprend une dizaine de demandes dont l’abolition de l’isolement, l’installation de cabines téléphoniques dans chaque section de détention, un meilleur accès aux soins médicaux, un droit mieux respecté à l’information et à l’éducation, l’interdiction de la détention d’enfants, la fin de la détention administrative et des visites familiales plus fréquentes. Les deux dernières sont jugées très importantes, voire prioritaires par les grévistes.

Parmi les 6 500 Palestiniens actuellement détenus en Israël, la majorité sont des condamnés purgeant leur peine ou des accusés en attente ou en cours de jugement. Mais plusieurs centaines d'entre eux – ils étaient 644 en août 2016 – ont été incarcérés à la demande de la police ou des services de renseignement sans inculpation ni jugement, en dehors de toute procédure judiciaire. Héritée du mandat britannique, cette détention administrative, arbitraire, qui est appliquée par période de six mois renouvelables, est depuis quelques années de plus en plus fréquemment utilisée. Et dénoncée par les organisations de défense des droits de l’homme.

Quant à la revendication portant sur le droit de visite, elle répond à une particularité – contestable aux yeux des juristes – du régime israélien d’occupation : les détenus palestiniens sont en effet emprisonnés non pas en territoire palestinien occupé, mais dans des centres pénitentiaires situés en territoire israélien. Ils disposent, en principe, d’une autorisation de visite familiale toutes les deux semaines.

Mais les membres de leurs familles qui résident en Cisjordanie – c’est-à-dire en territoire occupé – doivent demander un permis pour franchir les check points du mur et entrer en Israël. Permis qui leur est souvent refusé par l’administration civile, c’est-à-dire la branche de l’armée israélienne qui gère la vie quotidienne des Palestiniens des territoires occupés. Il ne s’agit donc pas, de la part des grévistes, d’une simple demande d’assouplissement du régime des visites, mais de la fin de l’arbitraire qui s’applique actuellement au régime des visites familiales.

Source : Mediapart

 

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