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Publié par Saoudi Abdelaziz

Tir de missile Tomahawk. Photo DR

Tir de missile Tomahawk. Photo DR

"Jamais auparavant, la politique étrangère – y compris la guerre et la menace de guerre – n’a été entièrement motivée par la polarisation intérieure autant qu’elle l’est de nos jours. Même dans les années 1960, l'établissement gouvernemental des États-Unis n’a pas été aussi fracturé qu’aujourd'hui. Trump est à la fois un symptôme et un accélérateur de cette fracture.»
 

L’abîme

Par Ammar Belhimer, 11 avril 2017. Le Soir d'Algérie

Deux navires de guerre étasuniens, le USS Porter et le USS Ross de la Sixième Flotte basée à Naples, ont attaqué la base syrienne de Shayrat avec 59 missiles de croisière Tomahawk vendredi dernier. Les vrais objectifs des frappes américains contre la Syrie obéissent à des considérations strictement «domestiques», dévoile Greg Grandin dans le quotidien américain The Nation le jour même de l’agression(*). Six raisons appuient ce jugement.
 

Une première raison tient à la publicité faite aux frappes avant qu’elles ne se produisent. Selon le New York Times, le Pentagone a informé les responsables militaires russes, avant le lancement des missiles, leur donnant le temps d’alerter l’armée syrienne.

«En d'autres termes, l'objectif des Tomahawks de Trump n'était pas une réaction à la capacité de la Syrie à déployer du gaz, mais aux adversaires libéraux domestiques qui fondent leur résistance à Trump entièrement sur le principe qu'il est anti-américain parce que trop proche de Poutine», écrit The Nation.

Autre objectif poursuivi : vaincre la résistance des démocrates au sein des institutions. «Les premiers rapports ont indiqué que la plupart des dirigeants démocrates ont annoncé qu'ils soutiennent ses actions. Le sénateur de New York, Charles Schumer, a déclaré qu'il faisait «le bon choix». John McCain et Lindsey Graham, présentés par la presse comme étant les principaux critiques républicains de Trump, ont déclaré conjointement (…) «veiller à ce que le succès tactique aboutisse à des progrès stratégiques».

Troisième piste évoquée : le rôle des médias. «Tout comme il l'a fait dans la guerre du Golfe de 1991, le Pentagone a transmis des images de ses lancements de missiles nocturnes aux réseaux. Et tout comme ce qui s'était passé alors, lorsque Charles Osgood de CBS a qualifié le bombardement de l'Irak d'une «merveille» et Jim Stewart de «deux jours d'assauts presque parfaits pour l'image», Brian Williams a qualifié le décollage de Tomahawk de «beau». En fait, il l'a qualifié de «beau» trois fois :

«Ce sont de belles images d'armements redoutables qui réalisent un bref vol vers ce terrain d'aviation», a-t-il ajouté, avant de demander à son invité : «Qu'est-ce qu'ils ont frappé ? Pourquoi ? Vous ne savez pas ? Ils ont frappé leur cible.»

Quatrième élément : les seules critiques démocrates portent sur des questions de procédure, axées sur le fait que Trump n'a pas obtenu l'approbation préalable du Congrès. En fait, le seul sénateur, pour autant que je sache, qui a critiqué le bombardement lui-même, et non la manière dont il a été mené, était Rand Paul :

«Alors que nous condamnons tous les atrocités en Syrie, les États-Unis n'ont pas été attaqués. Nos interventions antérieures dans cette région n'ont rien fait pour nous procurer davantage de sécurité, et la Syrie ne sera pas différente.»

Cinquièmement : si la Russie a été préalablement informée des frappes, limitant ainsi le risque d'escalade, cela soulève la question de savoir

«Si Trump pourrait gagner le triple pari : s'éloigner du bruit de “l'isolationnisme”, apaiser les intervenants et garder son alliance en herbe avec la Russie. Un rebond des prix du pétrole à la suite du bombardement rendra la Russie et Tillerson heureux.»

Sixième et dernière observation : l'utilisation par Washington de la «chaîne de déconfliction établie» pour avertir Moscou qu'elle se préparait au tir de ses missiles. Le risque d’escalade est, pour l’instant, contenu mais il reste encore important. «Que le bombardement coïncide avec le centenaire de l'entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale souligne le fait que la guerre est imprévisible. Si Trump n'obtient pas ce qu'il veut de ces bombes, si sa cote domestique ne monte pas, ou si le comportement d'Assad demeure sans contrôle, que fera-t-il ? Comme je l'ai soutenu ici, nous sommes dans un territoire inexploré. Jamais auparavant, la politique étrangère – y compris la guerre et la menace de guerre – n’a été entièrement motivée par la polarisation intérieure autant qu’elle l’est de nos jours. Même dans les années 1960, l'établissement gouvernemental des États-Unis n’a pas été aussi fracturé qu’aujourd'hui. Trump est à la fois un symptôme et un accélérateur de cette fracture.»

L’Amérique «se balance comme jamais au-dessus de l'abîme», conclut l’analyste.
«Les frappes de Tomahawk, généralement déployés symboliquement par des présidents confrontés à des problèmes politiques domestiques, ont rarement un effet militaire important», rappelle Juan Cole dans la même édition du journal.

Le Président Barack Obama a commencé son assaut aérien sur le soi-disant groupe islamique (ISIS, ou ISIL) dans l'est de la Syrie en 2014 avec 47 missiles Tomahawk. Cet assaut massif, qui a continué pendant les deux années et demie suivantes avec des bombardements réguliers par des avions de chasse n'a rien fait pour corriger l'organisation terroriste. Bien au contraire, tout aura été fait pour la protéger.

Le Président George W. Bush a commencé sa guerre contre l'Irak avec des tirs de missiles de croisement le 20 mars 2003, sur la base de mensonges éhontés. Ces tirs ont tué des civils innocents à Baghdad, capitale d’un pays déchiqueté à ce jour.

Le Président Bill Clinton a frappé l'Irak en juin 1993, au début de son premier mandat, en représailles à une tentative alléguée du régime de Saddam Hussein d'assassiner l'ancien Président George H. W. Bush lors de sa visite au Koweït. Autant d’hallucinations qui font dire à Juan Cole :

«Le bilan de l'intelligence des États-Unis en matière de fabrication et d'utilisation de gaz toxiques devrait nous pousser à faire preuve de prudence quant à la situation obscure en Syrie.»

L'attaque au gaz du mardi 4 avril 2017 à proximité d'Idlib en Syrie, à Khan Cheikhoun, zone sous contrôle rebelle «chapeautée par Al Qaïda-Al Nusr, rappelle le déclenchement des deux guerres d'Irak, sur la base de mobiles qui se sont avérés des mensonges (mensonge des bébés couveuses puis mensonge des ADM), ou encore le déclenchement de la guerre de Libye (mensonge des chars devant Benghazi).

L’évêque syrien d’Alep Antoine Audo a, par ailleurs, raison de relever : «On ne peut pas imaginer que le gouvernement syrien soit dépourvu de bon sens et ignorant au point de pouvoir faire des erreurs aussi énormes.» Il y a par contre des preuves tangibles que les «rebelles» soient en possession, et aient déjà utilisé, des armes chimiques acquises auprès de ceux-là mêmes qui ont frappé la Syrie.

En effet, Daesh, informé de l’attaque étasunienne par ses commanditaires britanniques, français et allemands, a immédiatement lancé une attaque à Homs désormais privé de base aérienne.

 

(*) Greg Grandin, The Real Targets of Trump’s Strike Were His Domestic Critics. Six thoughts on the US bombing of Syria, The Nation, 7 avril 2017
https://www.thenation.com/article/six-thoughts-on-the-us-bombing-of-syria/

Source : Le Soir d'Algérie

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RACHEDI 11/04/2017 20:43

Une seule question m'intéresse. Qui a utilisé les gaz sarin contre les populations ?