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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Aïssa Manseur, expert agricole. Photo DR

Aïssa Manseur, expert agricole. Photo DR

«Les méga-exploitations agricoles ont été, certes, initiées par plusieurs pays, mais ça a été un échec retentissant", note l' expert agricole Aïssa Manseur. Il ajoute : " En 2007, l’échec de cette première expérience de l’agrobusiness en Algérie fut prononcé. Aujourd’hui, on veut rééditer la même expérience à travers l’agrobusiness qui s’installe dans le Sud". Aïssa Manseur propose une autre démarche, partagée par de nombreux agronomes indépendants*.

 EXTRAITS de interview de Aïssa Manseur à El Watan intitulée «L’agrobusiness s’installe dans le Grand-Sud»:

Propos recueillis par Lyes Mechti, 23 avril 2017

(...) Durant les années 1980, l’Arabie Saoudite a opté pour ce modèle pour produire les céréales. Trois décennies durant, la production a été satisfaisante, l’autosuffisance en blé a été atteinte et des surplus de production ont été exportés durant plusieurs années vers des pays voisins. Mais cette performance n’a pas duré, puisque des baisses surprenantes et inquiétantes des niveaux des nappes d’eaux souterraines ont été décelées.

Les cultures des céréales ont gravement épuisé les réserves souterraines d’eau, au point où la monarchie saoudienne s’est vue contrainte d’interdire définitivement cette culture. Comme mesure d’urgence, le pays a eu recours à l’importation pour subvenir à ses besoins en ces produits. Actuellement, l’Arabie Saoudite fait la conquête de terrains agricoles de pays tiers, des «terres porteuses» pour cultiver les céréales pour sa propre consommation. La Chine a opté également pour les mégafermes laitières, 56 mégafermes de 10 000 vaches ont été créées, mais avec les difficultés rencontrées, notamment dans la gestion des montagnes de fumier, des eaux usées et des déchets, les autorités chinoises changent d’approche et optent pour des fermes plus petites de 350 vaches, des fermes faciles à construire avec moins de ressources.

Chez nous, on peut évoquer le cas du Complexe agroalimentaire du Sud (CAAS), société par actions fondée par des promoteurs locaux qui avaient pour ambition de mettre en valeur 30 000 ha dans la région d’Adrar par la culture de céréales, cultures industrielles (tomate, betterave, oléagineux), ainsi que la réalisation d’un complexe agroalimentaire de concentré et de sauce de tomate dont les équipements ont été fournis par une société espagnole.

Les résultats des premières années d’exploitation étaient très encourageants. Durant la saison 2003/2004, les rendements de blé ont dépassé toute prévision et la production de tomate a fait tourner toute une usine de transformation. Mais cela n’a pas duré longtemps, car après quelques années, l’usine a cessé de fonctionner, faute de matière première suffisante. Le prix d’achat des céréales n’a pas permis d’amortir les charges faramineuses de production. En 2007, l’échec de cette première expérience de l’agrobusiness en Algérie fut prononcé. Aujourd’hui, on veut rééditer la même expérience à travers l’agrobusiness qui s’installe dans le Sud".

Quelle alternative proposez-vous alors ?

Des producteurs céréaliers locaux ont franchi le cap des 50 qx/ha, d’où la naissance du club des 50 (ceux qui produisent 50 qx et plus à l’hectare de céréales) et des éleveurs de vaches laitières du côté de Ghardaïa ont réalisé des pics de production du lait de 50 l/jour/vache, une performance meilleure que celle annoncée par les concepteurs des mégafermes laitières. Pourquoi alors ne pas encourager et accompagner ce genre de producteurs algériens au lieu de chercher des solutions ailleurs ? Actuellement, la culture céréalière est tributaire des précipitations.

Conduite de façon traditionnelle, elle ne pourra pas forcément enregistrer des résultats satisfaisants. Pas moins de 3,5 millions d’ha sont emblavés annuellement, dont seulement 200 à 240 000 ha sont irrigués. Aucun effort n’est déployé pour accroître les surfaces irriguées, malgré les projections annoncées à chaque début de saison. Il serait plus judicieux de penser à un mégaprojet pour amener l’eau vers ces zones céréalières qui en sont en manque.

Irriguer les 3,5 millions d’ha réservés aux céréales nous conduit inéluctablement à l’autosuffisance et à dégager également un surplus très important pour l’exportation. Quant à la production laitière, il est impératif de produire des fourrages au sein de l’exploitation avec la création de fermes laitières de 200 à 300 vaches et d’organiser la filière du producteur jusqu’au transformateur. La collecte de lait cru auprès des éleveurs revêt une importance capitale, d’autant qu’actuellement, plus de 60% du lait cru n’est pas collecté et est commercialisé par le secteur informel. Un pays comme le nôtre, avec toutes les potentialités qu’il recèle, peut relever le défi de l’autosuffisance alimentaire pour peu que la volonté politique y est.

Texte intégral : El Watan.com

 

*Lire aussi:

Omar Bessaoud: A qui confier l’avenir alimentaire et agricole de l’Algérie?

 

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