Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

2012-07-04-torki.jpg

Aïn Torki (Margueritte): panneau commémoratif de la révolte de 1901

Premier soulèvement du mouvement national moderne en Algérie. Au tournant du nouveau siècle, la révolte de Margueritte dans le Zaccar non loin de Miliana, fut vécue par la société coloniale comme un véritable traumatisme. La colonisation pensait vivre dans la stabilité. Une nouvelle classe sociale créée par la colonisation entre en scène. Ce sont les ouvriers agricoles qui montent sur le devant de la scène, dirigés par des leaders issus de leurs rangs. Dans sa préface au livre de Christian Phéline, Les Insurgés de l'An 1,  Mouloud Achour écrit : «La révolte d'Aïn Torki, ex-Margueritte, aura été le premier coup de semonce tiré, au XXe siècle, à l'encontre du statu quo colonial enAlgérie”.

Yacoub Mohamed Bel Hadj, le principal accusé

Yacoub Mohamed Bel Hadj, le principal accusé

Le 15 décembre 1902, s'ouvre à Montpellier le procès des 106 révoltés de Margueritte.

La délocalisation du procès d'assises d'Alger vers Montpellier a été prononcée par la Cour de cassation à la demande des inculpés. Elle vise à éviter la pression de l'opinion coloniale en Algérie qui réclamait alors des exécutions sur la place publique.19 de leurs compagnons étaient d'ailleurs morts dans des conditions suspects à la sinistre prison Barberousse (Serkadji).

L'opinion métropolitaine ne partageait pas cette haine. Des collectes étaient même effectuées pour payer les avocats. Il faut dire que l'inhumaine férocité des colons et de l'administration coloniale avait été médiatisée en France. Notamment grâce aux témoignages publiés dans le journal Khabar créé par Victor Barrucand, journaliste et écrivain lié à la Ligue des droits de l'homme et à l'intelligentsia parisiennes. Il fut l'éditeur d'Isabelle Eberhart.

La Dépêche de Toulouse traduit sans doute un état d'esprit répandu en "métropole" lorsqu'elle écrit à propos des méthodes de l'administration coloniale régie par le «Code de l'indigénat» de 1881: «Si la France laisse subsister ce régime, elle perdra l'Algérie ou elle aura fatalement à réprimer des insurrections encore plus terribles que celle de Margueritte».

"Sous le choc, l’opinion métropolitaine doit, pour la première fois, s’interroger sur les méthodes de la colonisation" note Christian Phéline, auteur d'un ouvrage consacré à la révolte de Margueritte. Mais l'écrivain ajoute : "Et puis, bien vite, tout recommence comme avant…"

Le procès

Parmi les 106 inculpés, Yacoub Mohamed Bel Hadj est celui qui a marqué le plus l'assistance. Dans sa déposition, il avait décrit, selon Christian Phéline, en des termes aussi simples que parlants la dépossession subie par sa famille et ses semblables : « Nous avons été dépouillés de nos terres, les unes prises par M. Jenoudet, les autres par différents colons, et nous avons été obligés de travailler pour vivre. Quand un de nos mulets s'égarait sur la propriété d'un colon, nous étions obligés de verser 15 à 20 francs pour rentrer en possession de la bête ; quand notre troupeau pacageait dans les broussailles, on n'hésitait pas à nous faire des procès-verbaux. Nos terres, autrefois nous permettaient de vivre, aujourd'hui, nous sommes obligés de vivre avec 1 franc ou 1 franc 50 de salaire. Que peut faire un homme avec un pareil salaire, quand il a une nombreuse famille à nourrir, à vêtir et à subvenir à tous les autres besoins ? Quand nous avions besoin d'argent, la Caisse de prévoyance ne prêtait pas à de simples particuliers comme nous. Alors nous étions obligés de nous adresser à [l'intendant de l'un des colons], qui nous vendait le sac de grains de 25 à 30 francs. »

Son propos est appuyé par la défense. Me Maurice l'Admiral, un avocat guadeloupéen venu d'Alger, présente les inculpés comme « les symboles du nouveau « prolétariat indigène » né des expropriations coloniales ». Le procureur général fait tout pour réduire la révolte à une simple affaire de crime et de pillage. Il requiert alors une condamnation générale et dix peines de mort. Contre toute attente, le jury refuse toute exécution et prononce plus de 80 acquittements. Neuf inculpés sont condamnés aux travaux forcés, parmi eux Yacoub.

Ils sont envoyés au bagne de Cayenne où ils mourront. Quant aux acquittés, « bien qu'innocentés par la Justice française, ils découvrent à leur retour qu'ils avaient perdu leurs troupeaux, que leurs biens avaient été séquestrés, que les colons refusent de les réembaucher et réclament même à leur encontre des mesures administratives d'éloignement ou d'internement... », souligne Christian Phéline.

Source : Imad Kenzi Il était une fois Ain Torki ou l’aube d’une révolution

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article