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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR. Le professeur Mahiou invité par les chercheurs du Laboratoire Services Publics et Développement de l'université Djilali Liabès de Sidi Bel Abbès

Photo DR. Le professeur Mahiou invité par les chercheurs du Laboratoire Services Publics et Développement de l'université Djilali Liabès de Sidi Bel Abbès

L'ancien professeur et ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger Ahmed Mahiou a dirigé l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, qui dépend du CNRS français et a été doyen de la faculté de droit d'Alger. Il a également assuré les fonctions de juge ad hoc à la Cour internationale de justice. Il répond aux questions de Telquel.ma.

20 avril 2017. Propos recueillis par Nihed El Baroudi

De nombreux rapports évoquent une instabilité de l’Algérie justifiée notamment par une multiplication d’émeutes et de manifestations d’ici deux ans. Partagez-vous cette analyse?

Oui et non. Les émeutes et les manifestations ont toujours existé en Algérie. Elles ne datent ni d’hier ni d’aujourd’hui. Leur importance varie selon la ville mais les algériens sont habitués à descendre dans les rues et les manifestations n’ont pas toujours la même nature. Parfois, les revendications sont matérielles, parfois, les Algériens manifestent car il y a eu une coupure d’eau, un service public défaillant. Il se peut que les manifestations prennent une dimension politique. Donc, l’Algérie est habituée à ces manifestations et le pouvoir sait l’écouter. La principale arme pour manifester son écoute est l’augmentation des salaires grâce à la rentabilité pétrolière. Reste à savoir si le pouvoir pourra manifester son écoute les prochaines années alors que le prix du pétrole diminue.

Les élections législatives du 4 mai prochain contribueront-elles à apaiser les tensions ou les aggraveront-elles ?

On n’a pas encore de sondage pour déterminer l’état d’esprit des Algériens. Une bonne partie d’entre eux ne croient plus aux élections et ça ne présume rien de bon pour apaiser les tensions. Le taux d’abstention risque d’être, une nouvelle fois, important. Et plus le taux d’abstention est important, plus la situation est susceptible de s’aggraver… C’est un scénario pessimiste, sans parler d’instabilité pour autant, qui est privilégié.

L’élite algérienne, " préoccupée davantage par ses intérêts particuliers " selon le Cabinet IHS Markit, a-t-elle aussi sa part de responsabilité dans cette éventuelle instabilité ?

Pour le moment, comme je l’ai évoqué, l’instabilité n’est pas à l’ordre du jour. Si Bouteflika reste aux commandes, si sa succession n’est pas garantie, on pourra parler d’Algérie instable. Mais pas avant. Pour revenir au point soulevé par le cabinet, il y a une méconnaissance sur la véritable situation algérienne qui est composée de différentes élites et non pas par une seule élite comme il est mentionné dans ce rapport. Une élite politique, une élite administrative, une élite économique et une élite culturelle. D’ailleurs, cette dernière révèle une liberté d’expression étonnante quand on voit les dessins de Ali Dilem, les écrits d'Amine Zaoui ou Kamel Daoud (respectivement caricaturiste, écrivain et journaliste, ndlr). Certaines élites sont dans le système et d’autres non. Certaines prônent un changement faisable, d’autres se contentent de pérenniser leurs avantages. Chaque élite est différente de l’autre. L’élément préoccupant, susceptible de donner naissance à une instabilité, c’est le président malade. Ce pays de 40 millions d’habitants est gouverné par un président muet qui fait quelques apparitions médiatiques mais qui ne s’est plus adressé à son peuple depuis 3 ans. C'est préoccupant.

En parlant du président algérien, qui pourrait assurer sa succession ?

Nul ne pourrait répondre à cette question. Le paysage politique est totalement flou en Algérie. Aucun parti n’est réellement dominant en dehors de celui que connait la scène politique algérienne actuelle. Donc on ne peut pas encore se prononcer. Les élections législatives pourront éventuellement dessiner le paysage politique ce qui permettra d’avoir une idée sur le successeur de Bouteflika, qui aura l’appui de l’armée.

Qu’est-ce qui vous pousse à adopter un scénario pessimiste pour parler de l’avenir de l’Algérie ?

L’Algérie a une démographie galopante. Depuis cette année, on compte un million de naissance par année. Comment avoir la garantie que chacun d’eux auront un emploi ? Utiliser la rente pétrolière ne sera pas suffisant. Toutes les réformes menées jusqu’à présent sont faibles voire vaines. Il faudrait un plan plus sérieux avec des mesures réalisables et une véritable volonté politique pour l’appliquer.

Le scénario pessimiste que vous évoquez fait-il allusion à une recrudescence de l’islamisme radical ? Si oui, ce scénario pessimiste aurait-il des conséquences sur les pays riverains et plus précisément le Maroc ?

Je doute très sincèrement qu’un scénario pessimiste ait des conséquences sur les pays riverains et encore moins au Maroc. Je doute que les groupes islamistes s’implantent en Algérie et qu’ils prennent le pouvoir. Certes, les frontières algéro-maliennes et algéro-libyennes peuvent faire l’objet d’inquiétudes. Pour le moment, l’armée algérienne maîtrise le contrôle des frontières. Si des incidents se multiplient au Mali et en Libye, ils peuvent déteindre sur l’Algérie. Des groupes armés qui circulent dans cette zone pourront avoir la prétention de prendre le pouvoir en Algérie et apporter une alternative au pays. La situation en Algérie n’est pas comparable à celle de la Syrie ou de l’Irak. L’armée est là pour que ces groupes ne prennent jamais de poids. Je ne vois pas comment l’Algérie pourrait être déstabilisée par des groupes marginaux et encore moins le Maroc, avec leur armée respective, cela me semble impossible. L’armée algérienne sera là pour éviter que les hydrocarbures ne tombent dans les mains de ces groupes.

Source : Tel Quel

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