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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Se préoccuper du boycott ou de la participation et en faire la question principale relève de la cécité politique, voire de la manipulation, et éloigne, dans la confusion, les citoyens et les citoyennes du seul combat qui vaille : celui de la conquête de nouvelles libertés et de meilleures conditions de vie et de travail pour tous".

Législatives : l’exclusion, symbole du conservatisme

Par Smaïl Goumeziane*, 12 mars 2017. Libre Algérie

Pour ou contre le boycott ? Pour ou contre la participation ? Telles seraient les questions fondamentales qui sous-tendraient les élections législatives d’avril 2017 en Algérie.

Un jeu, malsain, du pour ou contre, – pour ne pas dire un procès -, régulièrement alimenté, çà et là, par des analyses « pointues » et des réponses « définitives » de « spécialistes » et autres « commentateurs » interposés, dans un champ médiatique où règnent bien des confusions. Selon les uns, il faut rejeter le boycott, selon les autres refuser la participation. Et de jeter les anathèmes sur les uns ou les autres. Avec d’autant plus de facilités que, pour les uns comme pour les autres, cela ferait, de toute façon, le jeu du pouvoir ! Or, à l’évidence, ce serait justement le fait de s’arrêter à « boycott ou pas » qui ferait l’affaire des conservatismes et les rassurerait. Car, à n’en pas douter, l’exclusion est le symbole par excellence du conservatisme.

En effet, sur fonds de crise multidimensionnelle et dans une situation de verrouillage du champ politique, dans et hors du champ électoral, le moindre espace d’expression pacifique, pour l’opposition démocratique, ne peut qu’être bon à prendre. Boycott ou non, de tel ou tel parti, de telle ou telle personnalité partisane ou pas, de tel ou tel membre du gouvernement, telles ne sont pas les questions.

Une des vraies questions, c’est plutôt de savoir comment, dans le cadre de l’élection et au dehors, faire avancer pacifiquement et efficacement les revendications des citoyens et des citoyennes vers davantage de libertés et de meilleures conditions de vie et de travail. Autrement dit, une des vraies questions, c’est le sens du boycott, c’est le sens de la participation. Car, tous les boycotts ne se valent pas, pas plus que toutes les participations. D’ailleurs, on le sait, certains de ceux qui boycottent les prochaines élections sont aussi ceux-là qui ont participé aux précédentes joutes, et certains de ceux qui participent aujourd’hui ont eu à boycotter de précédentes élections. Et, cela n’a, à priori, rien de choquant. En effet, à chaque élection sa situation, ses conditions et ses enjeux, internes et externes. Et ses résultats.

Car, la véritable division n’est pas entre boycotteurs et participationnistes, ni entre votants et abstentionnistes, mais entre conservateurs et défenseurs des libertés individuelles et collectives, dans l’élection et au dehors. Dans les champs politique, économique, social, culturel et médiatique.

Dans ces conditions, c’est autour du socle commun des libertés que l’opposition démocratique doit se mobiliser et converger, plutôt que de céder, comme trop souvent, au démon de la division. Dans ce sens, se préoccuper du boycott ou de la participation et en faire la question principale relève de la cécité politique, voire de la manipulation, et éloigne, dans la confusion, les citoyens et les citoyennes du seul combat qui vaille : celui de la conquête de nouvelles libertés et de meilleures conditions de vie et de travail pour tous.

C’est pourquoi, le seul moyen de séparer le bon grain de l’ivraie, c’est de sortir des slogans, de l’attentisme, des calculs à courte vue, des faux débats et autres procès en sorcellerie, tout autant que des invectives et des combats personnalisés pour entrer au plus vite dans les débats de programmes, d’idées et d’équipes, pour le présent et l’avenir.

En effet, pour la population, notamment les jeunes, ce qui importe ne réside pas dans les postures à l’égard des élections législatives ou présidentielles, mais dans les possibilités concrètes, même réduites, qui s’offrent dans le cadre de ces joutes électorales ou au dehors pour faire avancer leurs revendications légitimes.

Pour cela, pas d’à priori, tous les espaces démocratiques et toutes les formes de luttes pacifiques se valent, pour peu que les conditions et objectifs du combat pacifique soient clairement exprimés et défendus. A défaut de ces espaces institutionnels et légaux, même faiblement représentatifs, il n’y aurait plus alors de place que pour les émeutes, voire des aventures aux conséquences incalculables. Or, en ce domaine, on le sait aussi, l’Algérie a, dramatiquement, trop donné.

C’est le sens qu’il faut donner à la participation libre à ces élections législatives. C’est aussi le sens qu’il faut donner à ceux qui ont, librement, choisi le boycott. C’est d’ailleurs pour ces raisons que les conservateurs, où qu’ils soient, sont tout aussi inquiets de ceux qui boycottent, pour des raisons de programmes démocratiques, que de ceux qui participent aux élections sur les mêmes bases. Une inquiétude d’autant plus sérieuse s’il advenait, comme il est souhaitable pour les citoyens et les citoyennes, que les oppositions démocratiques, celles qui participent et celles qui boycottent, se retrouvent dès le lendemain des élections, pour faire avancer, ensemble et sur la base de leurs programmes, le combat pacifique pour de nouvelles libertés et une meilleure qualité de vie et de travail pour tous. Le vrai rendez-vous à ne pas rater.

Source : Libre-Algérie

Lire aussi : ALGERIE. L'avenir reste ouvert, selon Smaïl Goumeziane

*Smaïl Goumeziane est Docteur en économie. Après avoir occupé plusieurs postes de direction au ministère des Industries légères et assuré la direction générale de deux entreprises nationales de l’agro-alimentaire, il fut Secrétaire général du ministère de l’Industrie lourde, puis ministre du Commerce sous le gouvernement de Mouloud Hamrouche (1989-1991).
Professeur et Maître de conférences à l’Université Paris Dauphine, il y a enseigné l’économie du développement et les relations internationales et dirigé plusieurs thèses.
Il est professeur associé à l’ISM (Institut Supérieur de Management) de Dakar-Sénégal. Ses principales publications sont : L’Algérie et le nouveau siècle (EDIF2000 et NON LIEU, Alger et Paris 2013) ; Algérie, l’histoire en héritage (EDIF2000 et Non Lieu, Alger et Paris 2011) ; Ibn Khaldoun, un génie maghrébin (EDIF2000 et Non Lieu, Alger et Paris 2006) ; La tiers mondialisation (Charles Corlet, Paris 2005) ; Fils de Novembre, témoignage à l’occasion du cinquantenaire de novembre 1954 (EDIF2000 et Paris-Méditerranée, Alger 2004) ; Le pouvoir des rentiers (EDIF2000 et Paris-Méditerranée, Alger 2003) ; Le mal algérien (Fayard, Paris 1994).

 

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