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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Le 25 mars 2017. Libre-Algérie

Les partisans du libéralisme soutiennent que le marché produit naturellement un mécanisme autorégulateur qui corrige les déséquilibres nés de la multitude des intérêts particuliers formant la société. Ce mécanisme, appelé « la main invisible du marché », permettrait de satisfaire l’intérêt général. La loi de l’offre et de la demande harmoniserait naturellement une situation économique marquée par la volonté égoïste de chaque individu. Dans ce schéma, l’Etat n’a pas à intervenir si ce n’est pour garantir l’exercice d’une concurrence totalement libre et non faussée censée bénéficier à tous.

 

L’état actuel du marché pétrolier international met à mal cette vision angélique d’un marché autorégulé profitant à tous. Livré à lui-même, le marché a connu un cycle haussier durant une dizaine d’années (19992008). Le prix du baril atteignit ainsi les 140 dollars en juin 2008 avant de chuter avec la crise de 2008, mais il ne tarda pas à repartir à la hausse dès 2009 pour se situer légèrement au-dessus de 120 dollars en avril 2011. En 2014, il dépassait encore les 110 dollars.

 

Une telle situation s’avérait sans doute profitable aux pays producteurs et aux entreprises du secteur ainsi qu’aux pays consommateurs riches dont les Etats taxent les produits pétroliers qu’ils utilisent pour faire tourner leur économie. Il n’en allait pas de même pour les pays non-producteurs, pauvres et moyens, qui peinaient à s’alimenter du fait de leur faibles ressources financières. Le marché ne profitait pas, loin de là, à tout le monde.

Le second désavantage de cette situation de pétrole relativement cher résidait dans le fait qu’elle boostait la recherche d’hydrocarbures et la production et permettait aux huiles de schistes de faire une entrée fracassante, au sens propre comme au sens figuré, sur le marché mondial. Avec une production de 11 millions de barils par jour (mbj), les États-Unis verront leur taux de dépendance vis-à-vis du pétrole étranger chuter à 30% en 2016 contre 60% en 2005. Une telle dynamique ne manqua pas d’entrainer un état de surproduction, le but du marché n’étant pas, contrairement à l’image que nous vendent ses promoteurs, de satisfaire des besoins humains, mais d’engranger, d’abord et avant tout pour ne pas dire uniquement, des profits, un maximum de profits.

 

Les tenants de la « la main invisible du marché » ont raison sur une chose : dans une économie obéissant aux lois du marché, le moteur des « agents économiques » est l’égoïsme, la recherche individuelle du profit, au détriment de la vie des producteurs directs (les salariés), des consommateurs et de la nature dont on voit dans quel état lamentable elle se trouve aujourd’hui.

 

La surproduction intervenant dans une situation de stagnation mondiale du fait, en premier lieu, du ralentissement de l’économie des pays émergents (Chine, Brésil…) fit chuter lentement mais inexorablement le prix du baril. Parti de 110 dollars, celui-ci chuta à 35 dollars en février 2016. Décidée à réduire la part des producteurs des huiles non-conventionnelles (schistes) nord-américaine, l’Arabie saoudite déclenchera une guerre des prix qui joua un rôle essentiel dans cette descente aux enfers. Si la chute des prix pouvait théoriquement favoriser les pays pauvres et moyens non-producteurs, elle frappait en revanche de plein fouet les pays producteurs, en premier lieu ceux de l’OPEP. Pour la première fois de son histoire, la riche Arabie Saoudite ne parvenait plus à équilibrer son budget et dut recourir à une cure d’austérité. L’agression du Yémen qui s’est transformée en bourbier pour Ryad, le soutien financier aux groupes takfiristes en Syrie et en Irak et une farouche volonté de mettre en difficulté l’Iran ont contribué à accentuer la crise financière de la monarchie saoudienne.

Dans cette séquence de chute des prix du pétrole, comme dans la séquence haussière précédente, nulle trace d’autorégulation par le marché. La main invisible devait très certainement regarder ailleurs…

 

En novembre 2016 et à la surprise générale, les 14 pays membres de l’OPEP, sous l’impulsion de l’Algérie mais du fait de la volonté de l’Arabie Saoudite, décidaient de réduire leur production à hauteur de 1,2 mbj. Onze pays non-membres du cartel, dont la Russie, s’engageaient de leur côté à réduire la leur de 560000 barils par jour. Dès le mois de décembre, les stocks des pays de l’OCDE baissaient de 1,2 mbj.

 

Nombre de producteurs d’huiles non-conventionnelles se verront dans l’obligation de fermer leurs puits qui n’étaient plus rentables au-dessous d’un prix plancher du baril tournant aux alentours de 50 dollars. L’accord des pays producteurs OPEP et non-OPEP qui ne résultait nullement de l’action de « la main invisible du marché », mais de la volonté consciente et agissante de 25 Etats, entrainera l’arrêt de la chute des prix sur le marché mondial et permettra même l’amorce d’une remontée des cours qui passeront d’une fourchette compris entre 45-50 dollars à 50-55 dollars.

On constate cependant que ce nouveau « cycle vertueux » pour les pays producteurs n’est pas partagé par les pays importateurs pauvres et moyens. Il se traduit également par une relance de la production de schistes. Aux Etats-Unis, le nombre de puits en activité augmente chaque semaine. A la mi-mars 2017, il se situait à 617. La production américaine a atteint le pic historique de 9,1 mbj qui rappelle le taux de production des années 1970. Les stocks de pétrole et de produits pétroliers sont au plus haut niveau historique à 2 milliards de barils. Les réserves commerciales du pays de l’oncle Sam ont atteint 528,4 millions de barils grâce à une hausse de 8,2 millions de barils, la plus forte hausse hebdomadaire depuis 19821. Cette nouvelle surproduction a provoqué mécaniquement une nouvelle chute des prix du pétrole qui menace la stabilité de nombreux pays producteurs. On pense en premier lieu à des pays comme le Venezuela frappé par une crise économique et sociale grave encouragée par les Etats-Unis et leurs alliés. Mais elle n’épargne pas les riches monarchies du Golfe avec à leur tête l’Arabie Saoudite.

Ainsi, en dessous d’un certain prix, les producteurs de schistes disparaissent du marché alors que les pays exportateurs subissent une grave crise de revenus. En revanche, lorsque les prix repartent à la hausse, les producteurs de schistes reviennent sur le marché. Mais en l’absence d’une reprise économique mondiale significative, ils contribuent rapidement à inonder le marché.

 

Les cycles haussier et baissier semblent alterner de façon de plus en plus rapide, entravant le processus de renouvellement des installations et la découverte de nouveaux gisements qui nécessitent d’importants investissements que les grands groupes pétroliers ne réalisent pas par altruisme, mais par « égoïsme », c’est-à-dire par volonté de générer des profits.

 

On observe ainsi que le marché ne régule rien. Il est présumé se passer de l’intervention de l’Etat alors que ce dernier joue partout un rôle majeur qui n’est pas pour autant efficace. Le maître-mot du marché n’est pas l’autorégulation, mais l’anarchie qui provoque des crises économique, sociale et humanitaire et ce, sans compter la détérioration de l’environnement.

 

La réalité du marché pétrolier international confirme que le rôle attribué à « la main invisible du marché » relève du mythe. Les libéraux, qui mettent sans cesse en avant leur réalisme et leur pragmatisme et qui n’ont pas la dent assez dure à l’égard de leurs contradicteurs accusés, crime de lèse-majesté, de faire dans l’idéologie, nagent eux-mêmes en pleine idéologie. Derrière un discours avenant vendu selon les derniers cris du marketing se cachent de redoutables doctrinaires.

Source : Libre-Algérie

 

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