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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Les femmes avancent dans des sociétés qui régressent sous l’effet d’un bigotisme qui n’est pas et n’est jamais «apolitique». Il est, au contraire, l’idéologie dominante que les tenants du statuquo, qui vivent en offshore, réservent à la société. Le combat est politique et il faut continuer à le mener. Sans répit."

Par Saad Ziane, 9 mars 2017. Libre-Algérie

Dans la chronique de la bêtise machiste ordinaire, on est très bien servi par Mounia Meslem, ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme. Elle avait obtenu la palme du futile en appelant les femmes qui travaillent et les cadres de l’Etat en particulier à céder “une partie ou l’intégralité de leurs salaires à la Trésorerie de l’Etat puisque elles sont mariées.”

«Les femmes cadres d’Etat devraient céder tous leurs salaires parce que nous, nous sommes mariées. Ce ne sont pas nos revenus qui nous font vivre mais plutôt nos maris qui prennent soin de nous” ! ». C’était en décembre 2016 et cela a valu à la sayyida al-wazira une ironique célébrité mondiale aux dépens de l’Algérie. Elle vient de récidiver à la veille du 8 mars en évoquant les prochaines législatives par un lamentable « la femme doit prouver qu’elle est digne de la confiance donnée à elle en politique » !

C’est «naturel », chez cette bonne femme. Elle est tellement heureuse d’être ministre – de la «confiance qu’on lui a donnée » – et elle fait donc naturellement l’éloge des hommes qui lui ont fait une petite place ministérielle. Ainsi donc la femme « doit prouver »… les hommes n’ont pas besoin de le faire, les hommes sont «naturellement » à leur place, les femmes ne sont toujours que des intruses dans l’espace public. Celles-ci doivent s’en excuser continuellement et être en permanence en extase pour les généreux seigneurs. Choukran sidi Raïs !

Un patriarcat régressif inintelligent

Mme Meslem, ministre de la condition de la femme ? Oui, indéniablement. Mais telle que la voit un patriarcat inintelligent régressif sur le retour, présent même chez les cercles prétendument éclairés. Cette intériorisation de l’idée que la femme n’est pas à sa place – ailleurs que dans le foyer – traduite à un niveau «ministériel » est bien l’expression d’une régression continue dans une forme de néo-djahilya.

En dépit des Meslem, les femmes avancent dans ce pays malgré l’entreprise de décervelage menée avec une médiocrité assidue pour couper le pays de son histoire qui est, indéniablement, d’être tendue vers le progrès dans le cadre d’un Etat qui protège les libertés.

Elles avancent à contre-courant du deal conclut entre « gens d’armes» dès 1977 et qui se poursuit. Un deal où le pouvoir reste dans les mains de la même caste et où la société est livrée à la concurrence entre des variantes de la bigoterie et de la réaction.

A défaut d’accepter une société qui s’organise librement dans un cadre républicain basé sur le consensus de Novembre 54, ces tuteurs qui se veulent éternels ont insérés le pays dans la formidable entreprise à décervelage dont le centre était une Arabie saoudite sous orbite américaine.

Un regard sur l’action menée durant ces 40 dernières années immédiatement après la chute du Shah en Iran par l’Arabie saoudite sous orbite américaine montre de manière saisissante comment la néo-djahiliya « moderne » s’est installée à coup de milliards de dollars et une mobilisation de religieux frustres et ignares, mais disposant de médias performants et intrusifs.

Une Algérie qui n’aurait pas rompu avec l’élan libérateur de novembre où l’Etat indépendant aurait assumé son rôle de défenseur des libertés et du progrès avec l’enseignement, la diffusion du savoir, n’aurait pas cédé à cette entreprise massive. Cet élan vers le progrès a été cassé au fil des ans à l’ombre de la prébende sur les ressources, de la «course » sur le commerce extérieur et des libertés bafouées.

Le bigotisme n’est jamais apolitique

La néo-Djahiliya est insidieuse. Elle devient le pense-bête. Cela donne du RHB, cela donne un romancier en herbe convoqué pour expliquer sa fiction. Cela donne un discours rétrograde sur les femmes que des ministres intègrent comme faisant partie de la nature des choses. Ce deal de régression qui existe entre la caste du pouvoir et les courants rétrogrades se nourrit des confusions entretenues.

Dans le secteur vital de l’éducation nationale, on fait dans une communication qui entretient des débats stériles (notamment la question des langues qui ne devraient plus poser problème) au lieu d’engager de vraies réformes. Les solutions spectaculaires n’existent pas. Le travail sérieux et sur le long terme peut avoir un résultat spectaculaire.

La courbe de la régression pour renouer avec le progrès ne peuvent être inversée que par l’éducation et un véritable effort pédagogique. Ce ne sera pas une sinécure que d’aller à contre-courant du pense-bête néo-djahilien qui se nourrit des régressions entretenues dans les sociétés islamiques.

Ce combat n’est pas une affaire de communication. Il faut labourer, semer, travailler. Il ne peut être mené que par un Etat légitime, respecté et moralement puissant. On en est bien loin et c’est bien ce qui explique que sur fond de corruption généralisée, le bigotisme avance en entretenant la haine des femmes qui accompagne la haine de soi.

On joue avec la «menace » des Ahmadites – au mépris d’ailleurs du principe de la liberté de conscience inscrite dans la constitution – mais on peut continuer à entendre des prêches et des fatwas cathodiques qui mettent en garde les femmes qui bossent, lisent ou sont trop présentes à leur gout dans l’espace public.

Cela est bien le produit de l’échec d’un régime qui dilapide les valeurs et n’en crée aucune. Pas même de quoi contrecarrer une néo-djahiliya frustre ! Un comble quand on regarde l’histoire du mouvement national. Cette perte de substance historique est à la source du négationnisme et du révisionnisme dont on a eu l’expression rebutante avec le bachagha coupeurs d’oreilles.

Les femmes avancent dans des sociétés qui régressent sous l’effet d’un bigotisme qui n’est pas et n’est jamais «apolitique». Il est, au contraire, l’idéologie dominante que les tenants du statuquo, qui vivent en offshore, réservent à la société. Le combat est politique et il faut continuer à le mener. Sans répit.

Source : Libre-Algérie

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