Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

Photo DR

Dans son article de Libre-Algérie intitulé Tripartite ou monopartite? Ramdane Mohand Achour trace à grand traits " les modalités historiques particulières du passage à l’économie de marché" en Algérie. Il conclut: "C’est fondamentalement dans cette donne, celle de l’évaluation du rapport de forces, qu’il convient de rechercher les raisons profondes de l’immobilisme du pouvoir et non pas dans la maladie ou l’âge du capitaine".

Le caractère non achevé de la transition à l’économie de marché

(...) "Malgré son caractère chaotique et inachevé, le processus d’infitah entamé à la fin des années 1970 par le régime du Président Chadli Bendjedid se poursuit. Il stagne voire recule à certains moments (sous Belaïd Abdeslam ou durant la parenthèse du « patriotisme économique » entre 2008 et 2015…), mais il s’inscrit toujours dans la même logique libérale et reprend dès que les conditions économiques (financières essentiellement) et politiques (rapport de force social, avancée dans la résolution de certaines contradictions internes au régime) sont plus favorables.

L’horizon est clair, mais la mise en œuvre du projet tient le plus grand compte du rapport de force social. Les grandes richesses du pays restent formellement propriété de l’Etat. Elles n’ont toujours pas été captées par le capital privé algérien ou étranger et sont objet de luttes intenses.

Et le maintien, à ce jour et en dépit de ses limites, d’une politique marquée par la « médecine gratuite », la construction de « logements sociaux », « l’éducation gratuite », le raccordement permanent de nouvelles régions aux réseaux de distribution de l’électricité et du gaz, le maintien de subventions à certains prix… ne sont pas le fruit d’une « générosité » ni d’un altruisme de nos gouvernants. Ils ne constituent pas davantage une « aumône » mais découlent directement d’un rapport de force forgé par les classes populaires (paysannerie, classe ouvrière, masses déshéritées…) au cours de la guerre de libération qui donnèrent un caractère populaire et progressiste (social et anti-impérialiste) à notre révolution nationale.

Ces acquis découlent également des luttes offensives (autogestion, luttes revendicatives…) et défensives (résistance aux privatisations et à la remise en cause des avantages arrachés…) menées inlassablement dans l’Algérie indépendante et ce, en dépit d’énormes difficultés et des coups reçus par le mouvement populaire et anti-impérialiste depuis plusieurs décennies : offensive d’un islamisme longtemps couvé par le pouvoir, mise au pas de l’UGTA, éclatement du secteur industriel public, Plan d’ajustement structurel, disparition du PAGS, du mouvement étudiant autonome et du prometteur mouvement de femmes naissant, répression et confinement de l’opposition, guérilla menée contre les syndicats autonomes…

Contrairement au récit que tentent de nous vendre les libéraux en vue de faire culpabiliser les Algériens modestes et de les placer sur la défensive, récit auquel, malheureusement, beaucoup cèdent sans toujours mesurer la portée de leur renonciation, les catégories populaires ne sont pas « prises en charge » et encore moins « entretenues ». Ce qu’elles possèdent est le fruit de leurs luttes et de celles des générations qui les ont précédées, les paysans pauvres et sans terres, les ouvriers et les chômeurs qui déclarèrent la guerre au colonialisme puis tentèrent, dans l’Algérie indépendante, d’empêcher qu’une nouvelle classe vienne les spolier des richesses naturelles du pays et du produit de leur travail pour occuper la place des anciens colons.

C’est au contraire un patronat privé initialement embryonnaire, mais largement développé depuis par le pouvoir lui-même (à commencer par celui qui se réclamait, sous Boumediene, du socialisme) qui bénéficie d’avantages indus et illégitimes. Or, ce patronat ne culpabilise pas, mais revendique au contraire toujours davantage de subventions, d’aides et de soutien de la part d’un Etat dont il travaille avec acharnement, grâce à de substantielles espèces sonnantes et trébuchantes, à modifier le rapport de forces au service des classes dominantes et même du capital étranger auquel il s’associe de plus en plus intimement.

Ce sont ces caractéristiques particulières, expressions d’une lutte des classes certes spécifique, mais bien réelle qui expliquent pourquoi le pouvoir agit avec tant de doigté pour éviter à la fois tout retour en arrière, toute remise en cause des « acquis » de la libéralisation, mais aussi toute tentation d’un passage en force qui relèverait d’un pari aventureux pour ne pas dire aventuriste. C’est fondamentalement dans cette donne, celle de l’évaluation du rapport de forces, qu’il convient de rechercher les raisons profondes de l’immobilisme du pouvoir et non pas dans la maladie ou l’âge du capitaine.

Texte intégral : Tripartite ou monopartite, par Ramdane Mohand Achour, 9 mars 2017.

Libre-Algérie

Commenter cet article