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Publié par Saoudi Abdelaziz

2014, inauguration usine de montage Renault. Sellal, Fabius, Ghost, Macron, Bouchouareb. Photo DR

2014, inauguration usine de montage Renault. Sellal, Fabius, Ghost, Macron, Bouchouareb. Photo DR

On dit que des personnalités françaises comme Laurent Fabius ou Elisabeth Guigou font actuellement du forcing auprès des décideurs algériens en faveur du projet de délocalisation des chaînes de montage de Peugeot vers l'Algérie. Haut-fonctionnaire français et néanmoins mari d'Elisabeth,  Jean-Louis Guigou multiplie dans Liberté les "éclairages prospectifs" à ce forcing. Après avoir publié hier un de ses articles, le quotidien d'Issad Rebrab revient à la charge avec une interview du haut fonctionnaire français. "L’Europe se tertiarise et se robotise dit-il. Et les délocalisations ne partiront plus en Chine. Elles vont venir en Afrique du Nord. La région deviendra la grande zone industrielle dans quatre à sept ans."

La Chine a procédé de manière délibérée pour "voler le métier", comme on dit chez nous. Dans le cas de l'Algérie, Moncef Ouafi est dubitatif.

En route vers le mur

Par Moncef Wafi, 11 février 2017. Un éditorial du Quotidien d'Oran.

Les annonces des usines de montage de voitures en Algérie se succèdent à un rythme industriel. Si en apparence ce dossier est présenté par ses partisans comme étant la quintessence du nouvel ordre économique du pays, il en est autrement pour la communauté économiste qui estime que les micro-unités de voitures à usage local auront un impact limité sur la balance commerciale. Peut-on alors parler décemment d'une industrialisation automobile en Algérie quand le terme juste est celui de délocalisation ?

Au lieu de produire, ces unités ne feront que monter des kits importés en raison du faible taux d'intégration enregistré jusqu'à aujourd'hui dans les premières chaînes qui ont commencé à tourner à Oran et Tiaret. L'estimation des économistes tourne autour d'une frontière minimale de 250.000 unités par an, certains poussant jusqu'à une fourchette comprise entre 300.000 et 500.000 voitures pour les gammes de large consommation comme seuil de rentabilité pour avoir un coût compétitif par rapport aux normes internationales. Ces usines, disséminées surtout à l'ouest du pays, risquent même de gonfler la facture globale avec l'importation des accessoires et des matières premières, qui ont représenté plus de 17 milliards de dollars en 2016.

L'industrie de montage risquant également d'être beaucoup plus coûteuse que l'importation du produit fini en raison particulièrement de l'absence de la sous-traitance nationale. En effet, le montage automobile en kit sans écosystème industriel de sous-traitants performants ne saurait rivaliser à l'échelle internationale dans un environnement aussi compétitif et concurrentiel, expliquera un économiste. En Algérie, le gouvernement a mis en place un programme alors que le pays ne dispose ni d'antécédent industriel dans le secteur automobile ni d'aciéristes, de fournisseurs de batteries, de pneus, de motoristes, de laboratoires et de centre de contrôle qualité, de personnel formé et d'accessoiristes. De fait, les voitures qui sont et seront montées dans le pays seront, juge-t-on, plus chères à produire.

Oran, Tiaret, Relizane ou encore Mostaganem seront dorénavant les centres névralgiques de l'industrie automobile algérienne. Ou plutôt un immense hangar pour la délocalisation des logos puisqu'en fin de compte il n'est question que de montage malgré tous les discours rassurants du gouvernement sur les taux d'intégration et la mise en place d'un bassin de sous-traitance automobile. L'urgence de l'Etat étant de réduire drastiquement la facture d'importation de véhicules avec pour objectif de la ramener à moins d'un milliard de dollars. Dans le sillage, des avantages fiscaux faramineux offerts en guise de cadeau de bienvenue et l'assurance d'un quasi-monopole de fait qui oblige les Algériens à consommer une voiture qui n'a de locale que le discours des officiels.

 

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