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Publié par Saoudi Abdelaziz

Il y a cinq ans, nous notions : "L’une des conséquences majeures du fait que pendant une période prolongée « la colonne vertébrale de l’Algérie » ait été le DRS, c’est incontestablement le développement des phénomènes centrifuges qui déstructurent aujourd’hui la société algérienne et la gestion raisonnée de son patrimoine". Ou en sommes nous aujourd'hui? Retour sur une interrogation majeure.

DRS-L’Algérie doit changer de "colonne vertébrale"

Par Saoudi Abdelaziz, 21 février 2013

Les services de sécurité auraient-ils définitivement rompu avec « la longue histoire de manipulation et de coups tordus » que Akram Belkaïd leur prêtre dans Maghreb Emergent ? Le chroniqueur procède à une sorte de raisonnement par l’absurde : comment concevoir qu’ils puissent aller jusqu’à faire attaquer un des principaux sites gaziers? « Le DRS n’a jamais joué, ni de près ni de loin, avec les hydrocarbures » explique-t-il en rejetant même l’hypothèse « d’une manipulation ayant mal tourné ». Mais comment savoir, en ces temps où même les officiers-traitants ne semblent plus trouver de centre connaissable ? Comme l’ensemble des Algériens d’ailleurs.

« Des manipulations qui ont mal tournée ». La Décennie noire, qui a ensanglanté l’Algérie a été rythmée par une succession d’opérations qui ont mal tourné impulsant par paliers successifs l’escalade. Comment peut-il en être autrement lorsque la conduite effective des affaires du pays dans les régions était coordonnée de loin par des « stratèges » qui poussent à l’émulation ?

Digression. Lorsque j’essaie de comprendre ce qui se passe dans la tête des stratèges de l’action secrète, il me vient toujours à l’esprit ce passage où « le chef de la Surveillance » explique ce qu’il ressent :  « La facilité déconcertante avec laquelle les choses se font. Il y avait pour moi cet amusement presque inépuisable : constater que la machine marche, que mille rouages jouent et fonctionnent quand on appuie sur le bouton. C’était, au début, à n’y pas croire : se trouver devant des boutons qui n’avaient pas fini de tourner – cela donne un peu de vertige ; et puis vient ensuite un autre plaisir : le plaisir d’arriver à un même but par plusieurs circuits. On ne se lasse pas – on ne se lasse pas de longtemps de voir que ces engrenages mordent : l’exaltation de la matière humaine malaxée. (Julien Gracq. Le Rivage des Syrtes (José Corti), p 308).

Dans la guerre civile décentralisée de la décennie noire, les spécialistes de terrain encouragés à faire preuve de créativité, se sentaient les mains libres. Pauvres Jijeliens, transformés en bouillon de culture par les laborantins de la fitna : ils ont été les premiers à comprendre.

L’une des conséquences majeures du fait que pendant une période prolongée « la colonne vertébrale de l’Algérie » ait été le DRS, c’est incontestablement le développement des phénomènes centrifuges qui déstructurent aujourd’hui la société algérienne et la gestion raisonnée de son patrimoine. Les officiers traitants, dans les conditions pacifiques nouvelles continuent de rivaliser d’inventivité à tous les niveaux, dans toutes les sphères d’activité de la société. Les services secrets sont une machine qui peut échapper au contrôle constitutionnel d’un Etat, déstructurant alors la société. Dans un secret de moins en moins gardé, des manipulateurs rivalisent pour la palme annuelle du contrôle social. Les perdants et les fautifs ne risquent que d’être recyclés dans le secteur privé.

Le peuple algérien va-t-il continuer à être conduit par des officiers-traitants ?

« La colonne vertébrale de l’Algérie » a été conçue il y a 56 ans par Abdelhafid Boussouf. Cette prothèse a été construite en dehors du corps vivant de la nation algérienne. La prothèse prétend continuer à vivre comme si c’était un organe naturel. Mais elle ne peut plus supporter le corps algérien qui se sent de plus en plus capable de tenir debout par ses propres moyens. Sans forcément le savoir, mais en pressentant le secret de la vie : se lever et marcher pour affermir ses os.

 

 

 

 

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