Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

31 janvier 2017

En Algérie, en 1966 comme en 2017, le système qui gère nos destinées n'aime pas parler avec des prisonniers en grève de la faim. Il ne veut qu'on lui "force la main". Ils n'ont qu'à crever!

En 1965-1966, une centaine d'Algériens sont détenus à la prison d'El Harrach parce qu'ils se sont opposés au coup d'Etat du 19 juin. En dehors de vagues inculpations -non motivées-d'association de malfaiteurs et d'atteinte à la sûreté de l'Etat, aucune instruction judiciaire n'était poursuivi.

Le "Conseil de la Révolution" ne s'était sans doute pas encore mis d'accord sur leur sort définitif.

Au début de l'été 1966, nous avions déclenché une grève de la faim, pour exiger que le statut de détenus politiques nous soit au moins reconnu dans les faits. La grève a duré deux semaines; les autorités ont refusé de dialoguer et nous ont dispersés par la force dans tout le pays. Je me suis retrouvé à la prison d'El Esnam avec Belkacem Ourezifi et Hassan Benrahal. Ayant poursuivi la grève, nous avons quand même contraint l'administration pénitentiaire locale à accepter quelques accommodements ( journaux, radio, draps...).

A la suite de la pression de l'opinion nationale et internationale, on regroupera les grévistes de nouveau à El Harrach. Puis on nous libérera à la fin de l'année, par le biais d'une bizarre grâce présidentielle, consentie à des détenus ... non condamnés.

En 18 mois de détention, je n'ai vu qu'une seul fois un juge. Sans la présence d'avocat bien sûr.

Plus de 50 ans plus tard, en 2017, il n'y a plus de Conseil de la révolution. Mais, c'est la même chose. Une dizaine de détenus sont en grève de la faim à la prison de Ménéa, à Ghardaïa. Comme Boulinache Saïd, un diabétique de 65 ans, ils «ignorent jusqu’aux griefs retenus contre eux», confie leur avocat, Me Salah Dabouz.