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Publié par Saoudi Abdelaziz

“Introduction inquiète à la Macron-économie” par Thomas Porcher et Frédéric Farah.

“Introduction inquiète à la Macron-économie” par Thomas Porcher et Frédéric Farah.

Emmanuel Macron fascine les élites algériennes parmi lesquelles le néolibéralisme fait des adeptes. Il a déjà des fans dans les salons algérois. Mais il fait peur à la masse des Algériens de France, salariés et locataires. Derrière l'image moderne séduisante qu'il propose, ils savent qu'au dedans cet homme est aussi dure que Margaret Thatcher: la seule politique à mener est celle qui consiste à défaire les acquis sociaux.

Emmanuel Macron qui est attendu demain à Alger est présenté par le site TSA-Algérie comme le Favori des sondages". Nazim Ouanis écrit : "À Alger, où l’élection passionne, le gouvernement ne manquera pas de manifester sa sympathie à cet « enfant » de François Hollande, le président qui a pu hisser la relation bilatérale à un niveau d’intensité jamais atteint'. "Il aura besoin de financements. Sa rencontre avec le FCE où il est susceptible de compter des amis est peut-être à inscrire dans cette recherche de fonds". Et Ouanis le  correspondant parisien de TSA ajoutant : " Nombre d’entrepreneurs algériens comptent aussi des affaires en France".

Qu'en sera-t-il des Algériens ordinaires d'Algérie dont l'esprit n'est pas encore modelé par la religion du tout libéral qui fait des adeptes dans les médias algériens. L'homme est le co-auteur, avec les Algériens Bouchouareb et Rebrab, de la Politique de délocalisation consistant à transférer de la France vers le Sud de la Méditerranée les chaînes de montage des automobiles et autres appareils ménagers, dont la main-d'oeuvre revient trop cher en France.

On gardera bien sûr en France, les activités qui génèrent de hautes valeur ajoutées, notamment dans la recherche développement... En avril 2016, le quotidien français Le Figaro notait que "Bouchouareb reste le pivot incontournable de l'implantation des milieux d'affaires français en Algérie, une réalité qui compte beaucoup au moment où la France doit faire face à la concurrence internationale dans ce pays où la Chine lui a ravi la place de premier partenaire commercial."

En France, en dehors du discours habituels des politiciens sur la possibilité de réussite des jeunes des banlieues,  Macron se détourne de la grande masse des salariés algériens, et de leurs aspirations sociales. Thomas Porcher écrit : "Sa vision est en effet très proche des économistes du XIXe siècle qui stigmatise les chômeurs, réduit les droits sociaux et porte uniquement les intérêts de quelques-uns". (lire plus bas)

Macron oriente donc sa campagne vers les businessmen (laïcs et islamiques) dont il espère un rôle de leaders d'opinion en sa faveur. Il va aussi au devant du désir de respectabilités des élites algérienne nouvellement enrichies qui cherchent à se construire une filiation de vieille bourgeoisie. Le candidat ne leur dit-ils pas :  la réalité de la colonisation c'est aussi dit-il "l’émergence d’un Etat, de richesses, de classes moyennes".

A. Samil, offre le soutien sans réserve de La Tribune à Emmanuel Macron. Il appelle les Algériens de France à voter pour lui. Sous le titre Macron, "tombeur de Marine", il conclut ainsi son crédo de campagne: "L’homme est un social-libéral respectueux de la diversité française, son bilan au ministère de l’Economie commence à porter ses fruits alors que sur la question de la place des religions, notamment l’islam, et de la laïcité, il affiche une position honnête, voire irréprochable. C’est suffisant pour un choix de raison tout indiqué".

Macron est "atypique" écrit A; Samil qui reprend, comme son confrère de TSA-Algérie, la fable métropolitaine. "Derrière une modernité apparente se trouve en réalité une vision régressive de l’économie. » écrivent deux chercheurs en économie:

« Emmanuel Macron défend tous les préjugés possibles »

Thomas Porcher est membre des Économistes atterrés. Frédéric Farah est chargé de cours à l’Université Paris III. Le 3 octobre 2016, Ils ont sorti ensemble leur deuxième livre, “Introduction inquiète à la Macron-économie”. Dans cet ouvrage, ils déconstruisent méthodiquement le discours du très médiatique ex-ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique.

Ces propos ont été recueillis le 14 octobre 2016

Thomas Porcher : Le phénomène Macron est très intéressant à étudier. Il est le symbole de cette dérive actuelle où la forme prime sur le fond. On nous propose le storytelling d’un homme politique différent, moderne, courageux et connaissant l’entreprise alors qu’en réalité Emmanuel Macron est un énarque, un haut fonctionnaire ayant travaillé pour une grande banque d’affaire avant de devenir conseiller du président de la République puis ministre de l’Économie. Honnêtement, Emmanuel Macron est le pur produit de ce système fabriquant les élites : Ena, haut fonctionnaire, cabinet présidentiel ou ministériel.

Frédéric Farah : Plus encore, Emmanuel Macron défend tous les préjugés possibles qu’une partie des médias et des politiques relaie depuis des années : la flexibilité comme remède, l’allergie des français aux réformes, la préférence française pour le chômage, l’Union européenne comme voie de salut, les chômeurs qui préfèrent le loisir. La liste est longue.

Rendre gorge à la vacuité de Macron, c’est aussi faire d’une pierre plusieurs coups. Emmanuel Macron est également le symptôme de cette partie de la gauche qui célèbre ses noces avec le néolibéralisme et qui a renoncé à transformer le monde. Pire, une gauche qui somme les citoyens d’accepter le monde tel qu’il est, avec tous ses désordres, et de s’y adapter.

Thomas Porcher : L’originalité d’Emmanuel Macron se résume uniquement au fait qu’il soit un nouveau visage du paysage politique français. Son discours, lui, n’a rien de nouveau. Ses propositions pour redresser la France s’inscrivent dans la continuité de ce qui a été fait depuis plus de trente 30 ans : casser les rigidités, flexibiliser le marché du travail, réduire le nombre de fonctionnaires, affaiblir le modèle social pour accorder l’économie française à la mondialisation. Or, ces remèdes ont déjà connu une large application et leur bilan demeure pour le moins décevant. En fait, derrière un discours se revendiquant comme moderne, portant aux nues Uber – une entreprise championne de l’évasion fiscale en modèle de réussite –, se trouve en réalité une vision très proche des économistes du XIXe siècle qui stigmatise les chômeurs, réduit les droits sociaux et porte uniquement les intérêts de quelques-uns.

Frédéric Farah : Ces idées sont économiquement discutables. Voilà plus de trente ans que nous privatisons nos entreprises, que nous flexibilisons notre marché du travail – pas moins de 17 réformes sur la protection de l’emploi ont été réalisées entre 2000 et 2013 en France – et que nous élargissons la sphère du marché. Quels en sont les résultats ? Plus de chômage et pas de croissance.

Quant à sa vision conservatrice, elle est présente sous des aspects d’une affable modernité. Les droits sociaux ne sont pas perçus comme des conditions de la réussite économique, mais comme des concessions que l’on peut remettre en cause en temps de crise. Or, les droits sociaux sont justement, en temps de crise, les derniers amortisseurs pour les populations les plus fragiles.

Thomas Porcher: Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, notre système économique et social incite les chômeurs à la fainéantise. Si nous cassons les rigidités sur le marché du travail par exemple, le Smic jugé trop élevé par le Medef, le droit du travail jugé trop contraignant et si, de l’autre, nous diminuons la durée et le montant des allocations chômage alors, les travailleurs seront obligés d’aller travailler pour quasiment rien. En fait, c’est un tour de passe-passe pour transformer le chômeur en travailleur pauvre à l’image des contrats “zéro heure” au Royaume-Uni qui, a défaut de proposer une solution viable aux bénéficiaires, ont permis d’effacer un million de demandeurs d’emploi des chiffres du chômage.

Frédéric Farah : Je suis d’accord avec Thomas même s’il est vrai que l’argumentaire de monsieur Macron est un peu fourre-tout et la cohérence n’est pas forcément au rendez-vous. Les discours dans ces derniers meetings en sont un bon exemple et il tente tellement de ratisser large qu’on finit par se demander quel est le fond de son propos. La vision de monsieur Macron me rappelle celle de Denis Kessler, vice-président du Medef, en 2007. En résumé, le problème est celui contenu dans le consensus de 1945 : la seule politique à mener est celle qui consiste à défaire les acquis sociaux et il n’y a pas d’alternative, comme dirait Margaret Thatcher.

Source : Le Comptoir

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