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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR.

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"Ainsi, en cette année si dure et si longue, alors que tant d’adversaires misaient sur son échec, le président Nicolás Maduro, déjouant tous les pièges, tous les obstacles et toutes les difficultés, a montré sa taille exceptionnelle d’homme d’Etat".

Par Ignacio Ramonet, 7 janvier 2017

Tout semblait fort compliqué pour les autorités de Caracas au début de 2016. Pour trois raisons : 1) L’opposition néolibérale avait remporté les élections législatives de décembre 2015 et contrôlait désormais l’Assemblée nationale ; 2) Les prix du pétrole, principale ressource du Venezuela, avaient atteint leur plus bas niveau depuis des décennies ; 3) Le président des Etats-Unis, Barack Obama, avait signé un Ordre exécutif déclarant que le Venezuela constituait une « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et pour la politique extérieure des Etats-Unis ».

Dans trois champs décisifs donc – politique, économique et géopolitique – la révolution bolivarienne paraissait sur la défensive. Tandis que la contrerévolution, aussi bien intérieure qu’extérieure, pensait avoir enfin le pouvoir vénézuélien à portée de la main.

Tout cela dans un contexte de guerre médiatique de longue durée contre Caracas, commencée avec l’arrivée à la présidence d’Hugo Chávez en 1999, qui s’est intensifiée dès avril 2013 et a atteint des niveaux exceptionnels de violence après l’élection du président Nicolás Maduro.

Ce climat de harcèlement médiatique agressif et permanent produit une désinformation insidieuse à propos du Venezuela, semant la confusion même chez de nombreux amis de la révolution bolivarienne. D’autant que, dans cette ère de la « post-vérité », la pratique du mensonge, de la fraude intellectuelle et de la tromperie manifeste n’est sanctionnée par aucune conséquence négative, ni en matière de crédibilité, ni d’image.

En cette « ère du relativisme post-factuel », même les données ou les faits les plus objectifs ne sont pas pris en considération. Même l’argument – si évident en ce qui concerne le Venezuela – du complot, de la conjuration, de la conspiration, n’est pas accepté. Le nouveau discours médiatique dominant dénonce et ridiculise d’avance « la prétendue théorie du complot » comme un argument inacceptable, caractéristique de « récits à l’ancienne », qui ne serait plus recevable…

Tout, donc, au début de l’année 2016, se présentait mal pour le président vénézuélien. A un point tel que le souffreteux opposant néolibéral Henry Ramos Allup, enivré sans doute par le fait de disposer d’une majorité parlementaire, osa assurer, en janvier 2016, dans son premier discours comme président de l’Assemblée nationale, que « dans un délai de moins de six mois », il chasserait Nicolás Maduro du pouvoir. Il avait probablement en tête le coup d’Etat institutionnel contre la présidente Dilma Rouseff, au Brésil, et misait sur une victoire contre le chef de l’Etat lors d’un éventuel référendum révocatoire.

Telle était la situation quand le président Maduro, dans une séquence magistrale de mouvements de pions sur l’échiquier politique, que nul ne vit venir, – dans le respect le plus total à la Constitution – prit tout le monde de court. Il renouvela, comme il en avait le droit, les membres du Tribunal suprême de justice (TSJ), instance supérieure du pouvoir judiciaire, dont la Salle constitutionnelle a le dernier mot en matière d’interprétation de la Constitution.

L’opposition, drapée dans son arrogance, commit alors deux erreurs majeures :

Elle décida d’ignorer les avertissements du TSJ et admit en séance trois députés de l’Etat d’Amazonas dont l’élection, en décembre 2015, était l’objet de « suspension pour irrégularités ». Devant cet affront, le TSJ évidemment proclama la non validité des décisions de l’Assemblée nationale en raison de la présence en séance de trois députés « non élus régulièrement ». En fait, le TSJ déclara l’Assemblée en état de désobéissance (desacato) et, en conséquence, décida que « toutes ses décisions seraient considérées nulles ». Ainsi donc, par ses propres erreurs, l’Assemblée non seulement n’a pas réussi à légiférer, ni à contrôler le gouvernement, mais bien au contraire, comme l’ont reconnu des experts internationaux en droit constitutionnel, elle s’est annulée elle-même, a dilapidé son pouvoir et s’est auto-dissoute. Ce fut la première grande victoire de Nicolás Maduro en 2016.

Dans son obsession de renverser le président, l’opposition anti-chaviste décida également d’ignorer ce que stipule la loi (article 72 de la Constitution) sur les étapes indispensables et les exigences juridiques pour la tenue d’un référendum révocatoire en 2016. Inévitablement, l’opposition devait également connaître un retentissant échec sur ce point. Il n’y eut pas de référendum. Et ce fut une autre grande victoire de Nicolás Maduro.

Malgré cela, vers mars-avril 2016, les choses se sont énormément compliquées. Car, aux offensives habituelles des forces hostiles à la révolution bolivarienne, sont venues s’ajouter : une sécheresse impressionnante, la deuxième en importance depuis 1950, et une terrifiante canicule, conséquence climatique du phénomène El Niño. Or il faut savoir qu’au Venezuela, 70% de l’énergie est fournie par des centrales hydroélectriques, dont la principale est installée sur le super-barrage El Guri. Avec l’absence de pluies, les niveaux d’eau de ce barrage avaient diminué jusqu’à atteindre presque le point de rupture.

La contre-révolution a tenté de profiter de ces circonstances pour multiplier les sabotages électriques, cherchant à créer un chaos énergétique et à provoquer la colère sociale et des insurrections. Le danger était énorme, car au problème électrique s’ajoutait de surcroît le manque d’eau potable, conséquence de la sécheresse persistante.

Mais, une fois de plus, le président Maduro a réagi rapidement en adoptant les mesures appropriées : il a décidé de remplacer des millions d’ampoules à incandescence par des ampoules à faible consommation d’énergie ; il a ordonné le remplacement des vieux climatiseurs par d’autres moins gourmands en énergie ; il a décrété la demi journée de travail dans l’administration publique, et mis en œuvre un plan national spécial de rationnement de la consommation d’électricité et d’eau.

Grâce à ces mesures audacieuses, le président a réussi à éviter l’effondrement énergétique. Et il a ainsi obtenu une de ses victoires les plus populaires de l’année 2016.

Un autre problème important que le gouvernement a dû affronter (le plus grave peut-être) – conséquence en partie de la guerre économique contre la révolution bolivarienne – est l’approvisionnement alimentaire. Il faut rappeler qu’avant 1999, 65% des Vénézuéliens vivaient en situation de pauvreté et seulement 35% pouvaient bénéficier d’une bonne qualité de vie. C’est-à-dire, sur dix Vénézuéliens, seulement trois consommaient régulièrement de la viande, du poulet, du café, du maïs, du lait, du sucre… Tandis que pendant les 17 dernières années, la consommation alimentaire (grâce à l’investissement social massif de la révolution) a augmenté de 80%.

Ce changement structurel explique par lui-même pourquoi subitement la production nationale d’aliments, bien plus importante qu’on ne le croit, est devenue insuffisante.

Avec l’augmentation massive de la demande, la spéculation aussi a explosé. Devant une offre structurellement limitée, les prix se sont envolés vertigineusement. Et le phénomène du marché noir ou « bachaqueo » s’est propagé. Il consistait à acheter des produits subventionnés par le gouvernement à des prix inférieurs à ceux du marché pour les revendre à des prix supérieurs à ceux du marché. Ou à les « exporter » massivement vers les pays voisins (Colombie, Brésil) pour les revendre au double ou au triple du prix subventionné. Ainsi le Venezuela se « vidait » de ses dollars – de plus en plus rares en raison de l’effondrement des prix du pétrole – pour nourrir des « vampires » qui dépouillaient les plus humbles des produits de base pour s’enrichir de façon spectaculaire.

Une telle immoralité ne pouvait durer. Une fois encore, le président Maduro agit avec fermeté. D’abord – très important – il a changé la philosophie de l’aide sociale. Et il a rectifié une erreur majeure commise au Venezuela depuis des décennies. Il a décidé que l’Etat, au lieu de subventionner les produits, devait subventionner les personnes. Afin que seulement les pauvres, ceux qui en ont réellement besoin, puissent avoir accès aux produits subventionnés par le gouvernement. Pour tous les autres, les prix des produits sont les prix justes fixés par le marché. Ce qui réduit la spéculation et le bachaqueo.

Deuxième mesure décisive : le président a annoncé que désormais le gouvernement orienterait ses efforts vers le changement du modèle économique du pays, passant d’un « modèle rentier » à un « modèle productif ». Et le président a défini « quinze moteurs » pour dynamiser l’activité économique tant du secteur privé que du secteur public et de l’économie communale.

Ces deux décisions essentielles ont convergé dans une création originale, imaginée par le président Maduro : les CLAP (Comités locaux d’approvisionnement et de production) qui constituent une nouvelle forme d’organisation populaire. Foyer par foyer, les représentants des communautés organisées remettent des sacs ou des boîtes pleins d’aliments à un prix régulé. Beaucoup de ces aliments proviennent d’ailleurs de la nouvelle production nationale. Les CLAP devraient approvisionner lors les prochains mois de 2017 environ quatre millions de familles à revenus modestes. Garantissant ainsi l’alimentation de base du peuple. Et signant donc une nouvelle grande victoire du président Maduro.

Une autre victoire non moins importante en cette difficile année 2016 a été le taux record des investissements sociaux, qui représentent 71,4% du budget national. C’est un record mondial. Aucun autre Etat au monde ne consacre presque les trois quarts de son budget à l’investissement social. En matière de santé, par exemple, le nombre d’hôpitaux a été multiplié par 3,5 depuis 1999. Et le montant des investissements dans ce nouveau modèle humaniste de santé publique a été multiplié par dix.

Dans le cadre de la Misión Barrio Adentro, dont l’objectif est l’accès aux soins des malades des zones urbaines les plus modestes du pays, il y a eu près de 800 millions de consultations qui ont sauvé la vie d’environ 1,4 millions personnes. Les facultés de médecine ont formé 27 000 médecins et 30 000 autres nouveaux médecins doivent obtenir leur diplôme en 2017. Huit Etats du Venezuela sont couverts à 100% par la Mission Barrio Adentro, alors que l’objectif fixé était de seulement six Etats.

Une autre victoire sociale fondamentale, non mentionnée par les grands médias dominants, concerne les retraites. Avant la Révolution, seulement 19% des personnes en âge d’être retraitées recevaient une pension, le reste subsistait souvent dans la misère ou à la charge de leur famille. En 2016, 90% des personnes en âge d’être retraités reçoivent une pension, et cela, même s’ils n’ont pas pu cotiser à la Sécurité sociale pendant leur vie active. Un record en Amérique du Sud.

Une autre victoire spectaculaire – une fois de plus non mentionnée par les médias dominants – est celle de la Misión Vivienda, dont le but est de construire des logements sociaux à prix régulé pour les familles les plus modestes.

En 2016, cette Mission a remis 359 000 logements (à titre de comparaison, un pays comme la France a construit à peine 109 000 logements sociaux en 2015). Il faut y ajouter les 335 000 logements rénovés dans le cadre de la belle Misión Barrio Nuevo, Barrio Tricolor. Mission qui a reçu les éloges du génie de l’architecture Frank Gehry, créateur du Musée Guggenheim de Bilbao et du Musée Louis Vuitton à Paris, qui a affirmé vouloir y participer. Nous parlons donc de presque 700 000 logements sociaux construits ou rénovés en 2016. Un chiffre sans équivalent dans le monde.

Depuis le début de son mandat, en 2013, le président Maduro a déjà remis à des familles modestes presque un million et demi de logements. Un record mondial passé sous silence par des médias hostiles à la Révolution bolivarienne. Et que même ses amis négligent parfois de mentionner.

Pour finir, rappelons quelques autres victoires éclatantes obtenues dans le domaine géopolitique. Par exemple, avoir empêché l’Organisation des Etats Américains (OEA), contrôlée par Washington, de condamner le Venezuela, comme le voulait le Secrétaire général de l’Organisation, Luis Almagro, qui voulait en appeler à la Charte démocratique contre le Venezuela.

Ou le succès du 27ème Sommet du Mouvement des pays non-alignés (MNOAL), qui s’est tenu en septembre 2016 au Centre de conventions Hugo Chávez, dans l’île de Margarita, en présence de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement et de représentants de quelque cent vingt pays qui ont manifesté leur solidarité avec le Venezuela.

Mais la principale victoire du président Maduro dans ce domaine a été la réussite de l’accord entre les pays OPEP et non OPEP pour une réduction concertée des exportations de pétrole, fruits de nombreux voyages du président en quête de cet objectif. Cet accord historique, signé en novembre 2016, a immédiatement freiné la chute du prix des hydrocarbures, qui s’effondrait depuis le milieu de l’année 2014, quand le prix dépassait 100 dollars le baril. Grâce à cette victoire capitale, le prix du pétrole, qui était de 24 dollars en janvier, dépassait les 45 dollars à la fin décembre 2016.

Ainsi, en cette année si dure et si longue, alors que tant d’adversaires misaient sur son échec, le président Nicolás Maduro, déjouant tous les pièges, tous les obstacles et toutes les difficultés, a montré sa taille exceptionnelle d’homme d’Etat. Et de leader indestructible de la révolution bolivarienne.

Source : Mémoire des luttes

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