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Publié par Saoudi Abdelaziz

L'exigence de l'emploi au féminin. Photo DR

L'exigence de l'emploi au féminin. Photo DR

Entre 1962 et 2014, l’effectif des femmes occupées a été multiplié par presque 20 en passant de 90 500 (5,2% des travailleurs des deux sexes) à 1,722 million (16,8%) en 2014. "Allons-nous vers l'inversion de cette tendance positive?" C'est ce que nous écrivions le 24 janvier 2017. Les statistiques publiées aujourd'hui par L'Agence nationale pour l'emploi (ANEM) semblent confirmer cette inquiétude.

En 2016, de mai à septembre le taux de chômage des femmes a augmenté de manière sensible, passant de 16,5% à 20%. Youghourta Bellache de l'université de Béjaïa précise : "Par ailleurs, si on intègre les femmes qui se déclarent disponibles pour travailler mais qui ne font pas de démarches pour chercher un emploi, qui sont près d’un demi-million, selon l’enquête ONS 2016, que les statisticiens du travail appellent le «halo du chômage», on aura un taux de chômage féminin de l’ordre de 38%, quasiment le double du taux affiché". Samira Imaladou qui signe le dossier consacré par El Watan au travail féminin note une "ruée vers les postes temporaires et occasionnels en attendant de trouver mieux".

Sombres perspectives pour l’emploi féminin

Le marché du travail de plus en plus fermé aux femmes

Par Samira Imadalou, 23 janvier 2017

Avec un taux de chômage en hausse chez les femmes 20% en septembre 2016 contre 16,5% en mai de la même année, des offres de plus en plus réduite en raison notamment du gel des recrutements dans la fonction publique considérée comme le principal pourvoyeur d’emplois féminin, les perspectives s’annoncent moroses pour le travail des femmes.

Les experts prévoient d’ailleurs l’accentuation du chômage et de la paupérisation chez la gente féminine. Si pour certains, l’emploi informel va jouer le rôle de tampon en absorbant une partie de ce chômage féminin, pour d’autres, même le travail au noir n’aura plus les capacités pour répondre aux demandes d’emplois, puisque les secteur ou l’informel s’est taillé une place sont également en crise.

Parallèlement, en matière d’entreprenariat, le tableau n’est pas bien meilleur.
Alors qu’elles sont deux fois plus touchées par le chômage que les hommes, les femmes sont pourtant 7 fois moins nombreuses à prendre le risque de l’aventure entrepreneuriale. Leur part dans l’auto-emploi dépasse à peine les 10%.

L’emploi féminin est en régression. Les derniers chiffres de l’Office national des statistiques (ONS) le montrent clairement. Ainsi, au même titre que les jeunes, les femmes ont de plus en plus de difficultés à s’insérer dans le marché de l’emploi, alors qu’elles sont de plus de plus nombreuses à décrocher des diplômes, toutes spécialités confondues.

Des diplômes qui ne leur permettent pas cependant de trouver un emploi dans un marché dont les portes se ferment face aux femmes. «Je suis à la recherche d’un travail depuis deux ans. J’ai déposé plusieurs dossiers pour passer des concours de recrutement et j’ai postulé dans bon nombre d’entreprises mais rien à ce jour», nous confie Meriem, titulaire d’un master en communication.

En attendant, cette jeune universitaire se contente de gérer une salle de jeux pour enfants. Et de surcroît dans un cadre informel. Même situation pour Lynda, diplômée de la formation professionnelle, qui fait chaque week-end le déplacement de Draâ Ben Khedda à Bab Ezzouar pour assurer le fonctionnement d’un cybercafé.

Là aussi, c’est de manière informelle. Ils sont forts nombreux les exemples illustrant les difficultés à trouver un emploi stable et sûr. D’où cette ruée vers les postes temporaires et occasionnels en attendant de trouver mieux via un coup de pouce ou un coup de chance. Vendeuse, enseignante dans une école privée, nounou, agent d’entretien, garde-malade, déléguée commerciale, serveuse…

Les femmes, particulièrement les plus jeunes d’entre elles, se retrouvent souvent dans l’obligation d’accepter les offres liées à ces créneaux, même si elles ne répondent pas à leurs aspirations et leurs ambitions, juste pour pouvoir gagner de l’argent afin de subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille.

Précarité

Les femmes les plus livrées à ces difficultés sont celles n’ayant pas suivi de formation particulière et ayant des conditions sociales dures. Elles sont souvent exposées au chômage. Elles se rabattent sur le travail à domicile (gardienne d’enfants, confection de gâteaux et autres pâtes alimentaires, couture…) pour des salaires dérisoires. Cela pour souligner la fragilité de l’emploi. Une précarité qui va en s’aggravant. Et pour cause, la crise économique que traverse le pays n’arrange guère la situation pour cette catégorie de la société, dont la vulnérabilité se fait de plus en plus ressentir.

En effet, les restrictions budgétaires, le gel des recrutements dans la Fonction publique (santé, éducation, administration) et le non-remplacement des départs à la retraite sont loin de jouer en faveur de l’emploi féminin. Un segment qui a vu ses parts baisser en l’espace de six mois, puisque le taux de chômage des femmes a gagné trois points et demi au cours de cette période, passant de 16,5% à 20%. Soit un cinquième des femmes interrogées dans le cadre de l’enquête de l’ONS étaient toujours à la recherche de travail en septembre 2016. Entre-temps, il est clair que la situation n’a pas beaucoup évolué, sachant que la quasi-majorité des recrutements se font à la rentrée sociale.

Impact de la crise

Au contraire, les experts s’attendent à ce que la vulnérabilité de la gent féminine sur le marché de l’emploi s’accentue dans les mois à venir. «Il y aura de moins en moins de femmes dans le monde du travail. Avec la crise, l’emploi informel va diminuer pour absorber cette demande», prévoit l’économiste Mohamed Badis, pour qui le taux de chômage pourrait atteindre prochainement les 24-25%. Et ce, d’autant que la grande majorité des projets en chantier sont fortement pourvoyeurs d’emplois masculins.

C’est le cas dans l’industrie mécanique, la sidérurgie, les cimenteries et les activités portuaires. «Au problème du recrutement, s’ajoutera celui de l’évolution de carrière des femmes, surtout qu’avec le recul de l’âge de la retraite, beaucoup de postes de responsabilité seront détenus par des hommes, empêchant ainsi les femmes de les remplacer. On aura un double plafond de verre alors», ajoutera M. Badis.

Quotas

Autant d’éléments qui font dire à notre expert : «Il faut s’attendre à ce que la crise de l’emploi féminin s’aggrave.» Comment faire alors pour assurer un certain équilibre entre l’emploi féminin et masculin. M. Badis proposera le système des quotas. Mais là aussi, faudrait-il qu’il y ait une volonté politique. Faudrait-il aussi que les femmes pèsent sur l’échiquier politique. En attendant les prochaines législatives et communales, pour l’heure, elles ne font pas le poids comme c’est le cas dans l’entrepreneuriat qui reste un échappatoire pour bon nombre de femmes.

Pour d’autres, l’absorption de cette demande massive de travail féminin accrue sous le double effet de l’accroissement démographique et de l’amélioration du niveau d’instruction impose une réflexion sur l’adéquation entre la formation et l’offre d’emploi. En attendant, la ruée vers l’informel s’intensifie face cette absence de perspectives sur le marché de l’emploi légal.

Et dans ce cadre, les «chances» de trouver un travail au noir ne sont plus les mêmes qu’avant. Et pour cause, les secteurs pourvoyeurs d’emplois informels sont aujourd’hui en crise. Une étude du Bureau international du travail (BIT), réalisée en 2014, avait relevé la prédominance du travail au noir des femmes dans la manufacture et l’habillement.

Soulignant que ce dernier secteur est le plus rongé par l’informel à hauteur de 80%, l’étude en question a conclu que ces branches sont investies en force par les femmes (54,8% pour l’ensemble des branches manufacturières et 91,8% dans la branche habillement). Or, cette filière n’a plus la même place qu’avant avec les importations massives des textiles. C’est plutôt dans la commercialisation (magasins de prêt-à-porter par exemple) qu’on retrouve la forte présence de femmes recrutées illégalement (sans affiliation sociale).

Le poids de l’informel

Parallèlement, la même étude avait conclu que les femmes ne représentent que 14,7% dans l’ensemble du secteur informel non agricole. Quant à l’emploi informel dans le secteur formel, censé être en conformité avec les législations en vigueur, il totalise un effectif proche de 918 000 personnes, pour la plupart des femmes, non déclarées par des entreprises. Une pratique courante chez les sociétés privées. C’est le cas dans les jardins d’enfants, les écoles privées, les cliniques privées, l’agroalimentaire.

Si depuis la date de l’élaboration de l’étude du BIT, beaucoup de choses ont changé, notamment l’avènement de la crise, beaucoup de points restent toutefois à clarifier concernant cette question. Les données ne sont malheureusement pas disponibles en dehors des chiffres périodiques de l’ONS.

Lesquels sont remis en cause par certains experts. Ainsi, Musette Mohamed Saïd, directeur de recherche au Cread, a, lors d’une de ses sorties, souligné que les chiffres de l’ONS ne reflètent pas une profonde vision de l’emploi féminin. Ce qui rappelle le manque d’enquêtes et d’études profondes sur l’emploi féminin.
 

INDICE

Entre 1962 et 2014, l’effectif des femmes occupées a été multiplié par presque 20 en passant de 90 500 (5,2% des travailleurs des deux sexes) à 1,722 million (16,8%) en 2014.

Les professions d’encadrement (directeur, cadre dirigeant et gérant) représentent seulement 1,6% de l’emploi féminin total contre 2,9% chez les hommes.

Source : El Watan

Première mise en ligne le 24 janvier 2017

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