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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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Originaire d’Alep dont il avait dirigé le Conservatoire jusqu'en 2012, Fawaz Baker, architecte et joueur de oud, assiste depuis le Liban à la destruction de sa ville.

"Survivre à cette guerre, c’était aussi une question de classe sociale dit-il. Les plus riches sont partis pour les États-Unis et le Canada, les autres en Europe, ceux qui avaient un peu moins de moyens sont allés au Liban, en Turquie… Et ceux qui restent coincés à l’intérieur d’Alep sont ceux qui n’ont plus rien. La hiérarchie sociale se retrouve dans l’horreur.

Est-il encore envisageable, pour un exilé comme vous, de retourner vivre à Alep ?

Pour l’instant, je ne vois pas ma place là-bas, mais le jour où ce sera possible, je rentrerai. Pour cela, il faudrait que je ne sois menacé ni par un camp ni par l’autre. Aujourd’hui, nous sommes tous menacés. Quel que soit le vainqueur de cette guerre, il faudra beaucoup de tolérance à chacune des parties pour qu’un climat de paix soit possible. Or il n’y aucune tolérance nulle part.

Je crois que lorsque les conditions seront remplies, beaucoup de Syriens reviendront parce que ça ne marche pas pour eux ailleurs et qu’ils n’ont pas envie de rester des réfugiés. En fait, dès qu’ils seront sûrs d’avoir un avenir pour leurs enfants, ils rentreront. C’est pour leurs enfants qu’ils sont partis, c’est pour eux qu’ils rentreront.

Savez-vous à quoi ressemble votre quartier aujourd’hui ?

J’habitais dans la vieille ville, une zone frontalière. Je suis parti car nous recevions trop de balles, il y avait des tirs de snipers en permanence. Aujourd’hui, ma maison est par terre, c’est une ruine qui ne fait pas plus de 70 cm de hauteur.

Pensez-vous qu’Alep peut être reconstruite ?

Je ne crois pas à la reconstruction ; depuis longtemps, j’ai appris à ne plus être optimiste. Aujourd’hui je me concentre sur ce que je sais faire : je travaille avec des enfants d’un camp de réfugiés au Liban, nous donnons un concert après-demain. Pour moi, c’est primordial. Le dialogue, les arts et la culture, ce n’est pas un luxe ; c’est ce qui nous évite de devenir des animaux en quête de pouvoir.

Cela ne m’intéresse pas de faire le procès des responsabilités dans cette guerre, ni d’en chercher les raisons. Je laisse ça aux juges et aux historiens. Parfois, en se focalisant sur les raisons, on prolonge les conflits. Et on continue d’enrichir tous ceux qui vivent de l’industrie de l’armement…

La priorité aujourd’hui est d’arrêter la tuerie et d’améliorer les conditions de vie des gens. Il est plus important d’apporter de l’eau à quelqu’un qui a soif que de chercher à tuer celui qui a coupé l’eau.

Extraits de propos recueillis par Amélie Poinssot pour Mediapart, sous le titre "Survivre à cette guerre, c’était aussi une question de classe sociale 13 décembre 2016

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