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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ouargla, 10 décembre 2016. Photo DR

Ouargla, 10 décembre 2016. Photo DR

 «Nous savons à présent que notre lutte pour un emploi décent doit absolument passer par la liberté de manifester sans craindre la répression» constatait Tahar Belabès, un des leaders du mouvement social de Ouargla, au cours d'un meeting tenu lié à la journée mondiale des Droits de l'homme. Ce meeting est une première dans cette ville exemplaire. Qui a oublié la fameuse manifestation de chômeurs du 14 mars 2013? Les "autorités" ne semblent pas avoir assimilé cette réalité désormais bien ancrée historiquement, elles continuent le harcèlement judiciaire contre les militants pacifiques...

Manifestation de la CNDDC à Ouargla

« La Déclaration universelle des droits de l’homme tranchera entre nous»

Par Houria Alioua, 11 décembre 2016

La manifestation, qui a mobilisé les militants de la Coordination nationale de défense des droits des chômeurs (CNDDC) a vu la présence d’étudiants, de journaliers, de chauffeurs et même de retraités.

Ouargla. 10 décembre 2016. 9h30. Place du Peuple. Un froid de canard régnait sur la grande rose des sables qui surplombe Souk El Hedjar, carrefour commercial historique de Ouargla. La foule vaque à ses occupations en ce week-end qui promet des bonnes affaires à proximité. Nacer, premier arrivé, brandit un écriteau affichant «Liberté et justice sociale». Son copain Madani est la vedette du jour avec sa pancarte appelant à défendre les droits des citoyens. Pour lui, «Ouargla célèbre pour la première fois la Journée des droits de l’homme, elle veut s’émanciper».

Cette journée proclamée par l’ONU depuis 1950 revêt cette année une importance particulière pour ces activistes qui ont organisé une vaste campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux.

Le point culminant de la série de posts publiés ces derniers jours fut l’appel de Tahar Belabes à toutes les forces vives de la société civile : «Oublions nos différends, notre cause est commune. Que la répression cesse et que nous jouissions tous de la liberté d’expression.» Droit fondamental suprême, pour le leader des chômeurs «qu’il s’agisse d’emploi, de logement ou de santé, le combat continue».

«Tendez-nous l’oreille...»

Agrippés à la rose des sables, un monument qu’ils se sont approprié, les manifestants appelaient les passants à s’engager : «Nous parlons pour vous, prêtez-nous une oreille attentive !» L’appel n’a pas tardé à interpeller les badauds.

Pendant une bonne heure et demie, ces cris contre l’injustice, la matraque policière, l’incarcération abusive des militants de tous bords à travers le pays ont résonné dans cet espace très fréquenté. Les gens ont fini par s’arrêter. Un chauffeur de bus s’est arrêté en plein boulevard, réclamant une pancarte qu’il a brandie très haut, la plaçant sur son véhicule. Le groupe veut démontrer que les poursuites udiciaires n’ébranlent en rien ses convictions.

Comme à son habitude, le discours de Tahar Belabès a mis les décideurs devant leurs responsabilités historiques : «Le ministre du Travail vient de déclarer toute honte bue que sa politique répondait à une menace de révolte des jeunes du Sud. Quel est ce gouvernement prouvant chaque jour son échec et qui veut faire porter au peuple ses incohérences et son incompétence ?» Cette mobilisation ne laisse pas de marbre le nouveau wali de Ouargla.

Si ses prédécesseurs feignaient ignorer le mouvement des chômeurs, hormis dans les rapports au gouvernement, Abdelkader Djellaoui a vivement réagi aux doléances de la manifestation du 24 novembre dernier réclamant le dégel des projets. Sur les ondes de la radio locale, le wali a en effet précisé que «ces projets étaient reportés et non pas gelés». Autre réponse, moins tempérée, celle de la justice qui a intensifié ses investigations en poursuivant les participants à la marche par des convocations et des jugements par contumace. Belabbes, mettant au défi la justice d’organiser une conférence de presse sur le dossier des activistes poursuivis, s’écrie : «Ouargla a changé depuis le 14 mars 2013, c’est la Déclaration universelle des droits de l’homme qui tranchera entre nous.»

Libérez les prisonniers d’opinion

Les manifestants quittent la rose des sables pour la place du Peuple. Il fait moins froid, la foule s’agglutine : «Libérez Hassan Bouras et tous les prisonnier d’opinion», «Non au muselage, non au tout-sécuritaire», «Libérez le dossier de l’emploi», «Halte à l’instrumentation de la justice». Des slogans mis en évidence par Nacer, ses camarades et la petite Manar symbolisant l’espoir d’une concrétisation future des aspirations sociales et citoyennes des chômeurs.

«Notre mobilisation se veut un message fort à qui de droit, le chômeur n’est pas le désœuvré qu’on veut qu’il soit, il a prouvé sa maturité et son implication sociale», affirme Nacer, qui a tenu à être photographié avec sa banderole. «Nous savons à présent que notre lutte pour un emploi décent doit absolument passer par la liberté de manifester sans craindre la répression», tonne Tahar.

Source : El Watan

 

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