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Publié par Saoudi Abdelaziz

Minaret seldjoukide détruit en 2013. Photo DR

Minaret seldjoukide détruit en 2013. Photo DR

Restera-t-il quelque chose? Au carrefour de plusieurs routes commerciales depuis le IIe millénaire av. J.-C., Alep a successivement subi la domination des Hittites, des Assyriens, des Akkadiens, des Grecs, des Romains, des Omeyyades, des Ayyoubides, des Mamelouks et des Ottomans. Ils ont tous laissé leur empreinte sur la ville: dans les siècles anciens, les occupants ne détruisent pas tout ce que leurs prédécesseurs ont construits.

Parenthèse. En 2010, la ville d'Alep comptait plus de 97 000 entreprises privées. avant guerre. La première industrie était le textile et le travail du cuir. Alep avait une grande expérience dans la chimie, la pétrochimie, et plus récemment l’industrie pharmaceutique (60 % de la production nationale). Les autres usines se concentraient sur l’ingénierie (papier, métal) et l’agroalimentaire. La zone industrielle de Cheikh Najjar, à l’est de la ville, employait 40 000 travailleurs et drainait 2 milliards de dollars d’investissement en 2010. Elle est devenue dès 2013 une « ville fantôme ». 

La vieille ville, il y a cinq ans

Alep est un exemple exceptionnel de ville ayyoubide du XIIe siècle avec ses fortifications militaires, élément essentiel édifié après la victoire de Saladin sur les Croisés. Les douves et le mur défensif surplombant un glacis massif pavé et escarpé, et la grande porte avec son système de mâchicoulis, constituent un ensemble de premier ordre d'architecture militaire, à l'apogée de la domination arabe.

Depuis le XIIe siècle, sur plus de 10 kilomètres d'allées en contrebas de la citadelle, les petites boutiques du vieux marché s'alignent suivant leur spécialité dans un désordre très organisé.
Le marché d'Alep (souk en arabe, bazar en persan) est un bel exemple de l'organisation des anciens quartiers commerciaux dans les villes arabes.
Installés au cœur des cités antiques, ils étaient constitués de toiles tendues sur les anciens monuments puis furent remplacés par des boutiques en dur qui ont fait disparaître la belle ordonnance grecque ou romaine.

Au IX s., les Qarmates, membres d'une secte égalitaire, organisèrent ces ensembles en veillant à la qualité des produits et créant des taxes.

L'ordre, malgré les apparences est partout : au plus près de la mosquée se trouvent les activités les plus pures (orfèvres, vendeurs de tissus ou livres).
Puis viennent les produits moins nobles : épices, alimentation puis tannerie.
Les boutiques, minuscules, se ferment par un volet de bois qui sert de comptoir.
Elles s'alignent le long de ruelles très étroites qui ne permettent souvent que le passage d'ânes ou de petites charrettes qui se faufilent dans cet univers de couleurs et de saveurs.

LA GRANDE MOSQUEE

Au cœur de la vieille ville, elle a été voulue par le calife omeyyade Souleiman au VIIIe s. mais la majeure partie de la construction date des Mamelouks, au XVe s.
Elle a été bâtie dans l'enceinte de la cathédrale, qui avait elle-même pris la place de l'agora romain.
Son minaret carré de 45 mètres de haut est un des chefs-d'oeuvre de l'art seldjoukide
.

LE KHAN AL-WAZIR

Le caravansérail désigne dans le monde oriental l'auberge où s'arrêtent voyageurs et marchands, avec, autour d'une cour carrée, les locaux pour les ballots de marchandises et les bêtes, et à l'étage les chambres.
Ce caravansérail monumental du XVIIe s., parfaitement conservé, rappelle qu'Alep était avant tout un site commercial. On peut noter, sur les deux fenêtres de sa façade, d'un côté une croix et de l'autre le haut d'un minaret. La légende raconte qu'elles sont l'oeuvre de deux artisans, l'un chrétien et l'autre musulman. Elle rappelle que la Syrie, sous l'autorité des califes, a toujours connu une grande diversité religieuse.

L'HOPITAL ARGOUN

Construit au XIVe s., le bâtiment resté intact présente dans les anciennes cellules des malades une exposition sur la riche histoire de la médecine arabe.

 

JDEÏDE, LE QUARTIER CHRETIEN

Construit à partir du XVIIe s. par les marchands chrétiens maronites et arméniens enrichis dans le commerce du textile, ce quartier se compose de petites ruelles dallées et passages voutés.

LE SAVON D'ALEP

Si la pistache a participé à la fortune d'Alep, c'est le savon qui a fait sa gloire. Connu depuis l'Antiquité, son usage a été développé par l'Islam qui fait de la propreté du corps une de ses priorités.
Toujours en activité, les savonneries font la réputation d'Alep depuis l'époque ayyoubide, au XIIes. À la veille de la guerre civile, elles produisaient encore 25 000 pièces par jour (6 tonnes).
Composé d'un savant mélange d'huile d'olive, d'eau, de soude et de laurier bouilli dans d'énormes chaudrons, le savon est coulé sur le sol des fabriques où il demeure plusieurs mois, le temps que la pâte durcisse et se couvre d'une croûte verte empêchant la déshydratation du mélange. L'ensemble est ensuite débité en pains qui vont de nouveau sécher pendant neuf mois. Ils étaient alors autrefois vendus aux enchères dans le souk as-Saboun (« marché du savon »).

LE MUSEE D'ALEP

Bâtiment moderne sans charme, le musée archéologique d'Alep a pourtant une importance considérable : il renferme les trésors archéologiques de la région, en particulier des villes de Mari (XXXe s. av. J.-C.), d'Ebla (XXIV s. av. J.-C.) et d'Ougarit (XIIIe s. av. J.-C.) qui sont aux sources de la civilisation.
Une partie des vestiges du temple araméen de Tell Halaf (Xe s. av. J.-C.) y sont également visibles.
Ils sont d'autant plus précieux que la majorité des découvertes, en particulier les statues colossales en basalte, a été détruite ou gravement endommagée dans des bombardements à Berlin en 1943. À partir de milliers de débris, certaines ont été reconstituées et se trouvent aujourd'hui au musée de Pergame (Berlin).

 

Sources: Herodote, Unesco

Photos UNESCO

Photo Unesco

Photo Unesco

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