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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ahmed Cheniki, universitaire et écrivain algérien. Photo DR

Ahmed Cheniki, universitaire et écrivain algérien. Photo DR

Le recul du bulldozer?

"Alors voilà, c’est la fin de l’année, moment propice aux bilans, écrit ce matin Arezki Metref dans Le Soir d'Algérie. Cette année aura été rude. Et c’est peu dire. Ce n’est pas le lieu ici de dresser des bilans. Et de quoi d’abord ?
Mais il conviendrait de relever, en guise de bilan, un fait qui me semble capital. Le recul de l’Etat devant certaines revendications de travailleurs ou de citoyens est un scoop. Depuis que l’Algérie est indépendante, il me semble que c’est la première fois que le bulldozer répressif de l’Etat face à toute revendication, a fortiori quand elle est juste, laisse place à la volonté de dialogue et même à des compromis. Ça me semble inédit. L’avenir nous dira si c’est une option politique ou si c’est seulement une tactique devant la grande difficulté à continuer à payer la paix sociale avec des caisses relativement vides.
Les conséquences de la chute du prix du pétrole qui ont dicté une loi de finances 2017 particulièrement austère, pourront nous offrir la pénible opportunité de vérifier si le «recul» de l’Etat est une réelle volonté d’écouter les citoyens".

 

A propos d’une polémique : vacances scolaires raccourcies puis rallongées

Le 23 décembre 2016. Par Ahmed Cheniki, écrivain et universitaire

Ma vocation n’est pas de supporter les uns ou les autres, comme dans un stade. Certes, je suis un fan de football, mais ici ma fonction est de réfléchir. Pour l’école, j’ai personnellement une vision qui ne correspond pas aux canons dominants, traversés par les bruissements néolibéraux.

L’histoire des vacances raccourcie puis absurdement rallongée est l’affaire d’une ministre désignée, marquée par les jeux du discours unilatéral et trop peu démocratique du gouvernement qui prend des décisions sans un travail de concertation préalable. Sa position par rapport à un dossier grave, celui de la retraite par exemple, participerait d’un choix idéologique, néolibéral.  J’aurais aimé, comme beaucoup de parents et d’élèves, être associé à une discussion sur cette question de la réduction des vacances scolaires. Mais non, nous serions encore peu mûrs pour être associés à un débat. On recourt à un discours scientiste caractérisé par de grosses failles pour justifier des mesures absurdes. Ainsi, la « science » est convoquée à toutes les sauces, comme si nous étions revenus à l’illusion positiviste du dix-neuvième siècle. On parle aussi de « critères » internationaux sans nous dire lesquels, cultivant le mythe d’une action « moderniste » en évitant de définir les termes ou d’expliquer les enjeux.

On n’arrête pas de convoquer les territoires étrangers quand ça les arrange, mais ici, la France, par exemple, est exclue, par un enchantement paradoxal, parce que là-bas, les vacances d’hiver et du printemps sont longues (15 jours pour chaque période).

On diminue davantage les élèves qui seraient inaptes à penser pour rendre responsables les enseignants qui seraient de fieffés manipulateurs dont l’objectif serait tout simplement mercantile. Le même motif avait été employé par le ministre du travail, soutenu d’ailleurs par la ministre de l’éducation, pour culpabiliser les travailleurs qui chercheraient à bénéficier de la retraite anticipée pour trouver un autre boulot sans interroger les conditions sociales de beaucoup d’entre eux qui sont déplorables.

On ne sait pour quelle raison dès qu’apparait un point de vue différent, on crie au complot et à la manipulation. Une sorte de paranoïa gagne les tranchées du discours dominant, soutenu par les effluves répressifs de la puissance matérielle, dès qu’on prend la liberté de se délivrer d’un espace sacralisé, voix unique, monologique, qui impose ses vues à des contradicteurs qualifiés d’ « archaïques », de personnes qui incarneraient « la famille qui recule », de « champions de l’immobilisme », l’impératif est de rigueur et le vocabulaire policier prend le dessus.

On fait appel à des « experts » souvent désignés par des espaces qui n’ont absolument rien à voir avec le sujet. Les clichés et les stéréotypes, les arguments d’autorité marquent le discours des supporters de deux camps, les supporters de la ministre de l’éducation et les autres, comme si nous étions dans un stade ou dans une salle de boxe.

Le discours de Lacheraf sur l’école est tout à fait différent, il est marqué par de solides fondements philosophiques et un travail sérieux de questionnement du terrain (état des lieux). Il n’a nullement oublié le fait que l’école est lieu et enjeux de luttes idéologiques. Certes, il a démissionné (il n’a pas été limogé, comme cela avait été dit), c’est vrai que l’auteur de « Algérie, Nation et société » était un véritable intellectuel, un homme d’expérience qui avait le soutien de Boumediene, ce qui est essentiels dans des systèmes autocratiques.

Le débat devrait aller au fond des choses, interroger la place et la fonction de l’école dans la société, partir obligatoirement du point nodal qu’est un projet de société, un pacte national qui associerait toutes les franges et les forces de la société.

L’histoire de la réduction des vacances scolaires pose le problème de l’aphonie caractérisant la relation entre les pouvoirs publics et la société profonde. Ce n’est qu’un épiphénomène. Ces sorties des élèves posent avec acuité la nécessité de redéfinir les relations de la société avec les espaces institutionnels et de mettre en œuvre une véritable concertation qui pourrait le point de départ à une refondation sociale, culturelle et politique et à la mise en œuvre d’un système réellement républicain.

Source: Liberté

POST-SCRIPTUM

"Près de trois quarts des Algériens se disent satisfaits de leur vie, contre 26% d’insatisfaits". 72% précise l'enquête EU Neighbours South commandée par la Commission européenne pour évaluer notre état d'esprit. Avec ce chiffre surréaliste, peut-on vraiment accorder du crédit à cette enquête, lorqu'elle affirme qu'en Algérie "une vaste majorité"  voit l’UE comme "un partenaire important qui devrait jouer un rôle plus important ". Pourquoi changer ce qui marche suggère Bruxelles. Il n'y aurait donc aucune urgence à renégocier les accords économiques avec l'Union européenne, comme le réclament les économistes et le gouvernement algérien.

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