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Publié par Saoudi Abdelaziz

«Le terrorisme est un rouage central de nos économies»

Présent au dernier salon international du Livre d'Alger, le journaliste genevois Richard Labévière*, auteur de l’ouvrage « Terrorisme, la face cachée de la mondialisation » avait été interviewé par la chaîne III francophone algérienne (voir plus bas). Le mardi 20 décembre à 18h00 il donnera une conférence à l'Institut français d'Alger (entrée libre). Ce matin, le quotidien suisse Le Journal de Génève publie une interview du journaliste genevois.

Par Alain Jourdan, 9 décembre 2016

Ses ouvrages laissent rarement indifférents et ouvrent parfois la voie à la polémique. Richard Labévière assume. Le journaliste, passé par RFI et la RTS, revendique une certaine liberté de penser. Avec «Terrorisme face cachée de la mondialisation», il décortique les raisonnements et les mécanismes qui ont précédé et accompagné la montée de l’islamisme radical dans le monde. Un travail richement documenté qui n’épargne personne.

Vous expliquez que la mondialisation a besoin du terrorisme et de la violence qu’il engendre. Vous n’allez pas trop loin?

D’abord je vous rassure, je ne suis pas un adepte des théories du complot. Ensuite, il est difficile de résumer le livre et mon analyse en une phrase. Je dis simplement qu’à la fin de la guerre froide, nos sociétés ont eu besoin de se trouver un nouvel ennemi. Aujourd’hui c’est le terrorisme. Après les attentats du 11 septembre 2001, le budget de la défense américaine a explosé et il a boosté le complexe industrialo-militaire. Même chose en Europe. A présent, le terrorisme n’est plus une pathologie, c’est un rouage central de nos économies.

Vous pensez vraiment que le terrorisme a un impact aussi important sur notre quotidien?

Le secteur du contre-terrorisme et de la sécurité crée plus d’emplois que l’industrie de l’automobile. Nous avons vu apparaître des sociétés militaires privées. Pour prévenir et lutter contre la violence, nous installons des caméras de surveillance partout. Ce sont des marchés en pleine expansion.

Vous dites aussi que les Etats n’ont pas eu les bonnes réactions. Expliquez-vous.

On ne combat pas une idéologie par les bombes. Le problème ne peut pas se résoudre militairement. D’ailleurs les militaires sont souvent plus clairvoyants que les responsables politiques sur la question. Nous voyons bien qu’à chaque riposte, les effets sont désastreux. Les interventions en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie n’ont fait qu’aggraver le problème. Après les attentats de Paris, François Hollande a ordonné des frappes en Irak. C’était une erreur. Les gamins qui ont attaqué le Bataclan sont le produit de nos propres pratiques. Derrière cela, il y a la faillite du système éducatif français qui ne fabrique plus de petits républicains.

En revanche, vous affirmez que les bailleurs de fonds du terrorisme sont connus depuis longtemps…

Toutes les enquêtes conduisent aux monarchies pétrolières du Golfe. Les Panama Papers ont montré que l’argent transitait par des places offshore. Ce sont les mêmes circuits que ceux utilisés par l’économie globalisée. Ils incarnent cette mondialisation sans foi ni loi qui cause tant de désastre au quotidien. Nous voyons bien que nous vivons dans un immense capharnaüm. On me demande souvent quand aura lieu la Troisième Guerre mondiale… mais nous sommes en plein dedans!

Source : Le Journal de Génève

 

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