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Publié par Saoudi Abdelaziz

Abdelaziz Djerad, professeur en relations internationales, ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères:

«Depuis le début du conflit, Alep constitue un enjeu stratégique»

Propos recueillis Écrit par Rafik Aiouaz, 17 décembre 2016. Reporters-dz

Reporters : Alep a été libérée des mains des djihadistes, quels éléments et acteurs ont contribué à sa reprise par l’armée de Bachar El Assad ?
Abdelaziz Djerad : La ville d’Alep constitue depuis le début du conflit syrien un enjeu politique et stratégique majeur entre le régime syrien et l’opposition syrienne. La ville se situe au nord-ouest du pays, pas loin de la frontière avec la Turquie. L’opposition armée syrienne a, dès le début du conflit en 2010-2011, occupé la partie est de la ville qui s’est retrouvée coupée en deux, la partie ouest étant aux mains du régime syrien. Il faut préciser qu’Alep représente à elle seule l’image réduite de la société syrienne. Une population de près de 2 millions d’habitants composée de 65% de sunnites, 20% de Kurdes, 10% de crétiens et 5% d’alaouites Le terme « libéré», ne correspond pas à la réalité de la situation, tant que la Syrie et les protagonistes ne se retrouvent pas autour d’une table de négociations pour aboutir à une solution politique. N’oublions pas que d’autres régions de la Syrie sont en guerre et que le problème de Daech reste encore présent.

Quels ont été les différents rapports de force depuis le début de la bataille d’Alep ?
La bataille d’Alep, comme on l’a appelé, a débuté l’été 2012, lorsque le mouvement militaire Lina-al Tawhid, affilié à l’armée syrienne libre, a occupé l’est de la ville. D’autres mouvements armés, Fatah Haleb, El Nosra, notamment se manifestent sur le terrain à partir de 2015. Daech apparaît en 2014 mais fut éliminée par l’opposition syrienne une année après. Quant aux Kurdes, ils occupent la partie nord de la ville.
L’intervention militaire russe, en 2015, a créé un nouveau rapport de forces en faveur du régime syrien. Il faut préciser que le soutien armé des monarchies du Golfe à l’opposition syrienne a favorisé l’affrontement militaire dans ce pays et a exacerbé les clivages politiques en éloignant toute solution par la négociation.
Les pays occidentaux, et à leur tête les USA, ont mené une guerre par procuration qui enfonce la Syrie et l’Irak dans une impasse qui peut durer des décennies, comme je le mentionne dans mon récent ouvrage Géopolitique, repères et enjeux.

Quelles conséquences sur la Syrie et sur l’échiquier régional ?
Evidemment que la situation en Syrie est désastreuse. Ce pays a été anéanti par un régime totalitaire, des monarchies du Golfe qui ont armé et financé un terrorisme à dimension régionale et planétaire et des puissances occidentales qui imposent une vision stratégique pour faire éclater le monde arabo-musulman en micro-entités.

Comment vont se positionner les acteurs régionaux et internationaux ?
A l’état actuel, le positionnement des différents acteurs se fera sur ce nouveau rapport de forces imposé par l’alliance stratégique entre la Russie, l’Iran et la Turquie.
Les Occidentaux attendront l’installation de Donald Trump à la Maison-Blanche pour dégager une démarche commune et plus cohérente, car actuellement ils semblent désemparés.
Il est clair que toute solution politique tiendra compte des négociations qui s’annoncent très complexes entre les partenaires que nous venons de citer et à leur tête les Etats-Unis et la Russie.


Quel avenir pour le régime de Damas ? Bachar El Assad sera-t-il renforcé ?
La solution politique ne peut aboutir qu’à une évolution du système politique syrien. L’essentiel est de préserver l’unité de la Syrie en tant qu’Etat et en tant que société.

Source : Reporters-dz

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