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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Nos happy few  n’ont pas plus  été capables de saisir, et de se faire le relais, d’une opinion algérienne globalement dégoûtée par les options guerrières  et la corruption de la dame qui riait devant le lynchage de Kadhafi, qu’ils n’ont saisi l’ambiance aux USA où des américains, tout aussi écœurés, votaient massivement Trump".  

 le 10 novembre 2016. Libre Algérie

L’ambassade des USA à Alger a organisé une soirée électorale le mardi 8 novembre à laquelle étaient conviés quelques  algériens qui se sont allègrement prêtés au jeu de « faisons semblant de choisir ensemble le président des USA ». Au final 4 voix se sont portées sur la candidate des verts, 17 sont allées à Trump et plus d’une centaine ont échu à Hillary Clinton.

On pourrait s’étonner devant l’obstination d’une partie de nos élites à être si massivement médias- occidentalo-suivistes mais là n’est pas le seul problème. Le résultat des urnes algéroises de cette soirée mémorable rappelle irrésistiblement la fameuse  anecdote britannique sur le vieux domestique noir allant se faire tailler sur mesure un habit de gentleman et, admirant son reflet dans le miroir, éclate en pleurs sur « la perte de la colonie des Indes, la perle de la couronne ! ». Il aura suffi au vieux domestique d’enfiler le costume de ses maîtres pour qu’il se prenne pour un colonialiste déplorant la perte de son empire. Ainsi va l’aliénation.  

Nos happy few  n’ont pas plus  été capables de saisir, et de se faire le relais, d’une opinion algérienne globalement dégoûtée par les options guerrières  et la corruption de la dame qui riait devant le lynchage de Kadhafi, qu’ils n’ont saisi l’ambiance aux USA où des américains, tout aussi écœurés, votaient massivement Trump.  

 Mais nos malheureux compatriotes n’ont pas fait pire que leurs homologues français dont un sondage dit qu’ils auraient à 86% élu Hillary Clinton ou  des…saoudiens qui ont été 68% à proposer l’ex secrétaire d’état au poste de 45ème président des USA. Et bien sur tout ce beau monde, les saoudiens en tête, soutenait surtout l’arrivée d’une femme à la tête de l’Empire ! Depuis les premières lueurs de l’aube du 9 Novembre on a pu voir, entendre et lire l’étendue de la déconvenue de tous ces « électeurs » de la bulle globale.  On ne dira pas ici si la démocratie a gagné ou perdu en Amérique avec l’élection de Donald Trump. Ce n’est pas le sujet. Mis ensemble, à eux seuls les discours des Présidents Obama, Trump et de l’ex candidate Hillary Clinton ont dessiné en filigrane, derrière une montagne d’immondices,  les options en compétition  pour retarder le déclin de la « Nation exceptionnelle » en ce 21ème siècle.

 Qu’est-ce qui a fait que la balance a fini par pencher en faveur de Trump? Qu’est-ce qui a fait que son ardeur à mobiliser (entre autres) massivement la base populaire blanche, les industriels protectionnistes et le rêve d’un renouveau isolationniste, a pesé plus que les lobbys de washington, le parti de la guerre et ses médias, la Sillicon Valley et ses Transhumanistes ?

Ce qui a pesé est probablement la perte de la domination militaire absolue, la fameuse « Full spectrum dominance ». On en saura certainement davantage dans les semaines et les mois qui viennent, mais seule la certitude qu’il n’était plus possible de continuer à tétaniser le monde entier à coup de supériorité militaire absolue (lire 1, 2 et 3) a pu gagner à Trump les soutiens institutionnels indispensables à son triomphe populaire. C’est en Syrie, en Ukraine, au Yémen et en Mer de Chine que l’Amérique a été confrontée à ses limites face à l’inexorable basculement du monde. Les « Printemps arabes » et les « révolutions colorées » qui devaient accélérer  l’avènement d’un nouveau siècle américain ont tourné à la mise en évidence de transformations majeures dans les rapports de force sur la scène de la géopolitique globale : La Russie, la Chine, l’Iran et d’autres acteurs ont appris à jouer serré et à marquer des points.

Mais si l’Amérique vient de reconsidérer la manière de conduire le virage du siècle, ceci n’augure aucunement d’un effet positif automatique sur le reste du monde. Seules survivront les sociétés capables de construire une volonté nationale souveraine. L’Amérique vient de concéder une seule chose : Elle accepte à contrecœur de composer avec des partenaires et plus uniquement des vassaux. Mais, plus que jamais, elle n’oublie pas qu’elle est fille du génocide opéré par les européens sur la population amérindienne. Le grand jeu va continuer pendant que le système agonise.

Un des classiques de la littérature « universelle »Robinson Crusoé, est justement basé sur une anecdote, ô combien symptomatique, de la façon dont se construisent les fameux « avantages comparatifs ».En concurrence sur le chemin de la conquête de l’Amérique, les marines espagnole et britannique se menaient une guerre féroce sur les mers. Les vaisseaux faisaient souvent halte près d’une île au large des côtes du Chili qui prendra plus tard le nom du héros de Daniel Defoe, Robinson Crusoé. Les marins espagnols y avaient introduit des chèvres  pour améliorer leur alimentation et s’approvisionner en viande fraîche, l’Amiral britannique George Anson qui découvrit l’astuce profita de l’aubaine puis avant de quitter l’île y lâcha des molosses en vue d’exterminer les chèvres. Les marins espagnols qui arriveront plus tard affamés et à bout de ressources ne trouveront pas de quoi survivre. L’histoire rapportée par Alexandre Selrik inspirera romanciers, législateurs et…Darwin himself.

Alors à toutes les chèvres globalisées qui pleurent sur la candidature d’Hillary, les molosses du chaos (qu’ils s’appellent DAESH ou poudre de perlimpinpin)  ont été crées par l’Empire pour qu’ils se nourrissent aussi de vous ! Ou vous vous investissez dans la construction de vos sociétés pour y forger autour du peuple une volonté nationale d’airain capable de développer le pays et de tenir face aux turbulences en cours, ou vous continuez à croire que le costume de gentleman suffira à vous servir d’armure dans la globalisation impériale. Et tout le monde sait(ou devrait savoir) combien les modes et le « politiquement correct » suffisent à attendrir les crocs des molosses.

NOTES

1-Washington-Moscou en Syrie : vers un affrontement militaire direct ?

2-Deir Ezzor: et si les Etats Unis n’avaient pas commis d’erreur?

3-L’armée russe affirme sa supériorité en guerre conventionnelle

Source : Libre Algérie

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