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Publié par Saoudi Abdelaziz

La subvention des prix du pain, du lait et du sucre est devenue en Algérie une composante structurelle du pouvoir d'achat de la grande masse des salariés. Les prix ne changeront pas  en 2017, mais "le gouvernement compte abandonner définitivement sa politique de subvention à tout-va", a annoncé hier le ministre des Finances, Badji Baba Ammi.

"Fini les subventions pour tous" titre avec allégresse El Watan sur 8 colonnes à la Une, choisissant une illustration tournant en dérision la subvention pour le lait. Les automobilistes, nombreux parmi les lecteurs du quotidien, sont épargnés par le caricaturiste.

"Résistante sociale"...

La fin des subventions sera-t-elle pour 2018? Le ministre la subordonne "au parachèvement de ce nouveau système" (Subventions personnalisées, ndlr). Hier, dans sa chronique du week-end d'El Watan, El Kadi Ihsan, favorable à cette mesure était néanmoins prudent: "En fonction de l’évolution de la conjoncture, de la résistance sociale aux mesures impopulaires, l’exécutif avancera de nouveaux pions pour réduire les montants des transferts sociaux dans les catégories ou ils se justifient le moins".

"Resistance sociale", le mot est lâché. Pour le pain, le lait ou le sucre, la résistance ne viendra certainement pas des couches privilégiées et de leurs élites, car ces denrées occupent une part insignifiante dans le budget des familles riches. La fin des subventions des denrées alimentaires, une des revendications phares du néolibéralisme, a leur préférence.

La résistance sociale se manifestera plutôt là où ces produits de base contribuent pour une part essentielle au budget des ménages. La subvention des prix est devenue à la longue une composante structurelle du pouvoir d'achat de la grande masse des salariés algériens. Privés par ailleurs de l'accès permanent et en quantité suffisante aux fruits et légumes, à la viande et autres produits frais réservés aux "déciles" supérieurs.

... et rapport des forces

L'Algérie est donc confrontée à des choix cruciaux. A terme, pour trouver des ressources hors hydrocarbures en vue d'équilibrer le budget l'Etat, il existe deux orientations:

Soit taper dans la poches des salariés et des ménages "normaux", creuser les inégalités sociales en restreignant le pouvoir d'achat, en élevant de nouvelles barrières financières à l'accès aux soins et aux études, barrières répondant d'ailleurs aux aspirations élitistes des détenteurs de hauts revenus;

Soit faire contribuer les hauts revenus, en soutenant notamment les agents du fisc dans leur traque des fortunes non déclarées, en taxant fortement les produits de luxe, etc. Chacun sait ce qu'il faut faire pour puiser dans la poches des privilégiés. Mais, c'est plus difficile car cela demande que l'Etat assume enfin son devoir fiscal, en ouvrant les yeux sur les fraudes des privilègiés-clients du système.

Le mode de confection du budget de l'Etat  dépend de la base sociale dont on a choisi prioritairement de respecter les intérêts. C'est un choix politique. Comme tout choix politique, il dépendra du rapport de forces. Subventions ou pas, les salariés et le peuple d'en bas dont ils sont la locomotive défendront becs et ongles leur pouvoir d'achat.

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