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Publié par Saoudi Abdelaziz

© Sadri Khiari

© Sadri Khiari

Jounaïdi Abdeljaoued, le secrétaire général du parti Al Massar s'engage sur sa page facebook « à faire don, pendant une année, de 25% de (sa) pension de retraite pour éviter au pays de s’endetter encore plus" . "Que fait le gouvernement, écrit-il encore, pour faire appel à des volontaires comme moi, et je suis sûr qu’ils sont nombreux, pour contribuer à sortir notre pays de la crise profonde et assurer un minimum de justice sociale ».

Il faut interdire le parti El Massar de toute urgence !

Je sais, Al Massar n’a aucune influence. Mais ce qui m’inquiète, ce n’est pas l’influence de ses positions politiques. C’est plutôt l’influence de ses positions a-politiques que je redoute.

Par Sadri Khiari, 24 octobre 2016

En mon âme et conscience, au nom des valeurs universelles du vivre ensemble, moi, l’auteur de ces lignes, sain d’esprit et de corps, je déclare solennellement la nécessité de dissoudre le parti Al Massar dans les plus brefs délais.

J’ai réfléchis très longuement avant d’arriver à une telle conclusion et j’ai longuement hésité avant de me décider à la rendre publique. Ça n’a pas été facile. Je vais encore perdre des amis. J’en ai déjà perdu un paquet depuis la révolution. Mais une révolution où l’on ne perd pas ses amis n’est pas vraiment une révolution.

Venons-en aux faits. Jounaïdi Abdeljaoued, le secrétaire général du parti Al Massar a fait une déclaration gravissime il y a quelques jours. Sur sa page facebook, il a affirmé être prêt « à faire don, pendant une année, de 25% de (sa) pension de retraite pour éviter au pays de s’endetter encore plus », s’étonnant par ailleurs que le gouvernement ne tente pas de susciter de semblables dispositions : « Que fait le gouvernement, écrit-il encore, pour faire appel à des volontaires comme moi, et je suis sûr qu’ils sont nombreux, pour contribuer à sortir notre pays de la crise profonde et assurer un minimum de justice sociale ».

On pourrait faire de cette proposition une lecture politique. Une lecture politique critique, donc, sinon elle ne serait pas politique. Y voir notamment un appui implicite à la loi de finance actuellement en discussion à l’Assemblée. Une loi qui, de l’avis de tous ceux qui se soucient peu ou prou (moi, c’est plutôt prou) de ce « minimum » de justice sociale dont parle J. Abdeljaouad, est une loi inique et inefficiente qui repose sur le portefeuille déjà vide des salariés. Pourquoi le dirigeant d’Al Massar ne soutient pas explicitement la loi de finance ? C’est simple. Souvenez-vous : il y a quelques semaines, Samir Taïeb, ex-patron d’Al Massar, fraîchement nommé ministre de l’Agriculture, a fait une déclaration surprenante qui aurait dû provoquer l’hilarité générale.

En substance, il a affirmé ainsi que, quoique membre du gouvernement, il était toujours dans l’opposition !

Remarquons, en passant, que si le nouveau ministre a pu tenir des propos si incongrus sans susciter de polémique, c’est évidemment parce que pas grand monde n’attache d’importance à ce qu’il dit ni au micro-parti dont il est issu, un parti qui est d’ailleurs au gouvernement pour la seule raison qu’il ne représente rien.

Jounaïdi, c’est pareil. Etant dans l’opposition, il ne peut décemment soutenir une loi de finance si justement décriée. Mais, étant également un parti du gouvernement, il est amené, vaille que vaille, à en appuyer au moins implicitement les projets les plus importants. Il ne peut pas défendre l’idée que soit imposé aux salariés et aux retraités, un gel ou une réduction de leurs déjà maigres revenus, alors, en s’érigeant lui-même en modèle, il en appelle au volontariat. C’est ainsi que, selon moi, doit être compris son post sur facebook.

Cependant, cela ne saurait constituer une raison valable pour interdire Al Massar. Après tout, direz-vous, en démocratie, il est assez courant de voir des partis qui se réclament de la gauche soutenir un gouvernement patronal sans que cela ne justifie une interdiction.

C’est regrettable mais c’est vrai. Aussi n’est-ce pas pour cela que j’en appelle à sa dissolution mais pour des raisons d’hygiène mentale nationale. Car ce qui caractérise avant tout la déclaration du camarade Abdeljaoued, dont je ne suis pas sûr qu’il perçoive lui-même la signification politique, c’est avant tout sa stupidité, sa grande stupidité, et je pèse mes mots. Comment le représentant numéro un d’un parti qui se targue (à tort, du reste) d’avoir trois quart de siècle d’existence peut-il en arriver à donner de telles inepties pour une orientation politique ? Comment, en ces temps de basculement, de crises et de violents conflits, le dirigeant officiel d’un parti n’a-t-il à proposer comme solution que de prendre pour modèle sa propre – et malvenue – générosité ? Al Massar est, comme chacun sait, un parti au fonctionnement démocratique où les décisions, qu’exprime publiquement son secrétaire général, sont prises collectivement à la suite d’une discussion plurielle entre ses membres.

Vous vous imaginez les rapports, les exposés, les multiples débats en réunion, pour que finalement ce parti, par la voix de son principal dirigeant, accouche d’une telle stupidité ? C’est grave, non ?

Je sais, Al Massar n’a aucune influence. Mais ce qui m’inquiète, ce n’est pas l’influence de ses positions politiques. C’est plutôt l’influence de ses positions a-politiques que je redoute. Je n’ai pas fait d’enquête mais un rapide coup d’œil sur la page facebook de Jounaïdi Abdeljaoued laisse penser qu’aucun de ses posts n’a eu autant de « partages », de « like » ni plus de commentaires laudatifs que la dernière ânerie qu’il a pondu. Bientôt, sur la page officielle d’Al Massar, on trouvera des photos de chats, de bébés qui ont une gueule de ftira et Jounaïdi Abdeljaoued demandera au gouvernement de faire de la Saint Valentin une fête nationale.

Vous saisissez ? Non, répondrez-vous, sans doute plus raisonnables que moi, pourquoi songer à dissoudre Al Massar, il est en train de se dissoudre lui-même…

Source : Nawaat-tunisia

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