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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Réponse à Mustapha Hammouche.

 

Par Noureddine Bouderba, 17 octobre 2016

Monsieur Mustapha Hamouche insulte les travailleurs et parle d'un système de retraite qu'il ne connait pas.

Dans un article paru aujourd'hui dans Liberté, Mr Mustapha Hammouche ne va pas avec le dos de la cuillère pour insulter les travailleurs et critiquer les syndicats qui ont appelé à une gréve afin de s'opposer à la suppression de la retraite avant 60 ans et de défendre ce qui reste des acquis sociaux dans l'actuelle législation du travail.

Libre à lui de défendre les nouveaux riches et d'insulter les travailleurs qui triment à l'école , dans un chantier pétrolier du sud ou dans les ateliers d'el hadjar ou de la SNVI de Rouiba. Après tout nous sommes en démocratie et chacun est libre de choisir ses amis et de défendre le projet de société conforme à ses idées, ses intérêts ou à ceux de ses amis. Mais pour pouvoir critiquer un système l'objectivité nous dicte qu'il faut d'abord bien le connaitre et connaitre le référentiel auquel on veut le comparer.

Or Mr Mustapha Hamouche fait preuve d'une méconnaissance totale du système de retraite en Algérie et dans le monde ainsi que leur évolution.

1- Ainsi Il se trompe sur toute la ligne lorsqu'il affirme " L’objectif de 1983 était d’unifier les huit régimes de l’époque.Mais, bien que conçu en plein début de récession, le texte fut d’une grande prodigalité envers les ouvriers et employés : en plus de la retraite à soixante ans, il limite la condition de la retraite anticipée à trente-deux ans d’activité".

a) D'abords en 1983 l’Algérie n’était pas en début de récession qui a débuté en 1986. En 1983 on était encore devant les miroirs aux alouettes du PAP (programme anti pénurie).

b) parler de "grande prodigalité envers les ouvriers et employés" relève du cynisme. L'âge de départ à la retraite a été arrêté à 60 ans alors que l’espérance de vie à la naissance, fin 1982, était égale exactement à... 60.5 ans!
N'est ce pas ce que plutôt les syndicats français appelaient au début du siècle précédent "la retraite des morts" ???.

Il faut preciser qu'à cette époque la moyenne de l'ancienneté des travailleurs algériens cotisants ne dépassait pas 9-10 ans.
Normal lorsqu’on sait que l'occupation principale des algériens durant les années 1962-1975 était l'agriculture. Ce n'est qu'avec les plans quinquennaux des années 1970 que le salariat a commencé à se développer dans l'industrie.

c) Il se trompe aussi lorsqu’il affirme que la loi de 1983 a limité "la condition de la retraite anticipée à trente-deux ans d’activité" Ce qui est complétement erroné puisque la retraite anticipée n'a été instituée que 11 ans plus tard (en 1994) dans le cadre de la compression d’effectifs pour raison économique (le travailleur ne peut ni demander ni refuser cette retraite). La retraite sans condition d'age après 32 ans d'activité, différente de la retraite anticipée a été instituée à son tour en 1997 en mème temps que la retraite proportionnelle.

2)- Répétant ce que plusieurs experts avaient affirmé à tord dans son journal il n'hésite pas , sans aucune vérification de sa part à affirmer " Avec la loi de 1983 en cours, l’Algérie peut se glorifier de disposer, avec la… Tunisie, d’un des systèmes de retraite le plus généreux de la planète.". Rien que ça!

Là il se trompe encore lourdement puisque je peux lui citer , à titre non exhaustif, des pays qui ont des systèmes aussi "généreux" (je mets entre guillemet ce mot si cher au FMI et à la banque mondiale pour qui toute dépense sociale est une générosité qu'il faut combattre):

2-1. en Indonésie L’âge normal de la retraite est de 55 ans après 15 ans de cotisation. De plus Un travailleur peut liquider sa retraite quel que soit son âge pour autant qu’il ait cotisé au moins cinq ans.

2-2. en Turquie la retraite peut être demandée à partir de 55 ans pour les hommes et 50 ans pour les femmes Pour les assurés ayant cotisé durant 15 années. L’âge d’ouverture des droits est de 60 ans pour les hommes et de 55 ans pour les femmes, à condition de pouvoir justifier d’au moins 120 mois de cotisations effectives ou validées. Le départ à la retraite est possible à tout âge avec 300 mois (25 ans) de cotisations.

2-3. au Congo l'âge de la retraite est fixé à 57 ans pour les travailleurs d'exécution (s'ils ont cotisé pendant 22 ans), 60 ans pour les agents de maîtrise et les cadres (s'ils ont cotisé pendant 25 ans) et 65 ans pour les cadres hors catégories (s'ils ont cotisé pendant 30 ans)

2-4. en Russie l’âge normal d’ouverture des droits à la pension professionnelle de vieillesse est de 60 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes, avec un minimum de cinq années de cotisations.Outre les périodes d’activité, les périodes suivantes sont prises en compte aux fins d’ouverture des droits : périodes de service militaire et autres types de services rendus à l’État, périodes indemnisées par une assurance sociale publique, périodes de soins, périodes de chômage indemnisé, participation à des travaux d’intérêt général rémunérés ou voyage en cas d’affectation par le service national de l’emploi, périodes de détention ou d’exil pour les personnes condamnées à tort et réhabilitées.
Des périodes d’assurance peuvent également être accordées, à concurrence de cinq années au total, à la personne qui suit son conjoint, chef de famille, alors qu’il accomplit son service militaire ou civil. Les personnes souffrant de maladies causées par des radiations ou autres accidents dus à l’homme peuvent également prétendre à une pension de vieillesse, à condition qu’elles soient âgées de plus de 50 ans (pour les hommes) ou 45 ans (pour les femmes) et justifient d’au moins cinq années d’activité.
etc...etc....

3- Il affirme que "L’expérience universelle a montré que l’âge de la retraite doit reculer avec le développement de la société. En Europe, par exemple, la moyenne de l’âge de départ à la retraite oscille entre soixante-deux et soixante-cinq ans". Ce qui est vrai même si cela s'est fait contre l’intérêt des travailleurs européens et au profit du seul intérêt du capital.
Mais là encore il oublie de nous préciser que le pourcentage des personnes âgées de plus de 60 ans en Europe est 03 fois supérieur à celui de l’Algérie (25 % contre 8.7 %). Il oublie de préciser aussi que le ratio (personnes en age de retraite par rapport aux personnes d'age actif) est lui aussi trois fois supérieur en Europe (42 % contre 14 % en Algérie)
Il oublie de nous dire par exemple qu'en 2015 le pourcentage des personnes âgées de 60 ans et plus en Algérie était (avec 8.7 %) inférieur de moitié à la proportion des français âgés de 60 ans et + (17 %) en ...1982!. Pourtant c'est cette même année que le gouvernement français avait décidé non pas d’augmenter l’âge de la retraite mais de la diminuer de 65 à 60 ans.

Et dire que monsieur Hamouche trouve d'une grande prodigalité la loi algérienne de 1983 qui avait fixé l'age de la retraite à 60 an!

4- Continuant sa diatribe contre "les acquis sociaux des couches défavorisées” il affirme "Même en France, pays le plus conservateur en matière de politique sociale (sic), cet âge est, depuis 2011, progressivement repoussé de soixante à soixante-deux ans. Avec des conditions telles (plus de quarante ans de cotisation) qu’il est rare qu’elles soient réunies à soixante ans. Le Maroc est déjà passé à soixante-trois ans."

La aussi il oublie de préciser la différence des profils démographiques des populations françaises et algérienne comme démontré plus haut comme il omet aussi d'ajouter qu'en France il existe des possibilités de départ anticipé en cas de handicap, de longue carrière, de pénibilité et pour les femmes qui élèvent des enfants:

4-1- Retraite anticipée pour carrière longue. Une personne qui a commencé à travailler à l'âge de 15 ans pourra partir en retraite anticipée à l'âge de 56 ans s'il a cotisé pendant 41 ans. A titre comparatif avec la nouvelle loi un travailleur algérien qui a commencé à travailler à 16 ans sera obligé d'attendre l'âge de 60 ans c'est à dire de cotiser pendant 44 ans!
Y a t-il plus discriminatoire?

4-2- Les mères de famille bénéficient d'une majoration de durée d'assurance-retraite de 02 ans pour chaque enfant élevé.

4-3- Le départ anticipé pour carrière pénible ou en cas de handicap à partir de l'âge de 60 ans est assuré.

Avant de terminer juste une question :
Mais pourquoi Mr Hamouche ne s'attaque pas à ceux qui s'accaparent la rente sans créer des emplois et qui ne paient pas leur impôt. Ceux qui ont , grâce à la politique ultra libérale de privatisation, dilapidé la base industrielle du pays. Ceux qui exploitent les travailleurs sans les déclarer à la sécurité sociale . Ou enfin ceux qui continueront à bénéficier d'une retraite sans condition d'âge après 20 ans d'activité seulement et avec une pension équivalente à 100 % salaire et évoluant avec lui à vie.

Mais là ce serait trop lui demander: s'attaquer aux groupes qu'il défend!

Source: https://www.facebook.com/nouredine.bouderba/posts/1782500335321261?pnref=story

La retraite proportionnelle, une cause contestable

Par Abed Charef, 18 octobre 2016

 La retraite proportionnelle est une anomalie économique et sociale. Pourtant, la plupart des organisations syndicales indépendantes se sont engagées dans un bras de fer pour la défendre, ce qui montre à quel point le débat est faussé dans le pays.

Dans cette dérive, des acteurs de premier plan glissent vers des revendications indéfendables, allant jusqu’à oublier le sens de base de concepts comme le travail, la solidarité, la retraite et le service public.

 A la décharge des organisations syndicales qui se sont lancées dans ce mouvement de contestation, il faut rappeler que le problème a été créé par le gouvernement, engagé dans une démarche totalement irresponsable, pour déboucher sur cette impasse.

 Premier rappel : le concept de retraite vise à donner à des personnes qui, en raison de leur âge, ne sont plus en mesure de travailler dans des conditions décentes, une garantie de revenu pour leur permettre vivre dans la dignité.

Prendre sa retraite à partir de la cinquantaine, ou accepter une retraite partielle pour mener une autre activité, ne relève pas de la solidarité. Avec l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé, il est normal que l’âge de la retraite recule. C’est une tendance observée dans le monde entier.

 L’exception, pour ceux qui sont physiquement diminués ou dans l’impossibilité de mener une activité normale, doit être traitée dans un autre cadre : pension d’invalidité pour compléter la retraite, par exemple.

 Le gouvernement accumule les erreurs

 Second rappel : face à une impasse économique, le gouvernement a lancé, de manière massive, la retraite proportionnelle, qui ouvrait aux travailleurs la possibilité d’accéder à un petit revenu, en contrepartie de quoi ils acceptaient d’être licenciés.

 Cela faisait partie d’un package -indemnités de licenciement, externalisation de certaines activités des entreprises publiques confiées à d’anciens travailleurs, etc.- qui pouvait tenir la route à un moment donné. Cela se passait à la fin des années 1990, lorsque le gouvernement a accepté les recommandations du FMI pour tenter de sauver l’économie algérienne.

 Plus tard, dans l’euphorie de l’embellie financière 2008-2011, le gouvernement a changé son fusil d’épaule. Aveuglé par la manne financière offerte par la hausse du prix du pétrole, il a contraint les entreprises publiques et les administrations à envoyer à la retraite toute personne atteignant 60 ans.

 Le gouvernement de M. Sellal pensait que des départs à la retraite créeraient de manière mécanique de nouveaux emplois, grâce aux postes ainsi libérés. Il oubliait les dégâts occasionnés, notamment les capacités de la caisse de retraite à faire face à l’explosion du nombre de retraités, ainsi que les pertes d’expérience et de savoir-faire que cette mesure allait entrainer au sein des entreprises.

Impératifs budgétaires

Le retournement de conjoncture a fait le reste. Aujourd’hui, le gouvernement veut gérer la retraite selon des impératifs budgétaires, non selon les règles de la solidarité entre générations. Il ne veut pas réformer pour aller à une meilleure gestion, mais parce qu’il n’a pas d’argent pour faire face à la situation.

 Il avait toutes les possibilités de réformer tranquillement la retraite sur le long terme : lancer le débat, engager le dialogue avec tous les partenaires sociaux, changer progressivement l’âge de la retraite sur dix ou quinze ans, faire les projections nécessaires pour aller à la pérennité du système en assurant son propre financement, élargir l’assiette de financement des retraites et en faciliter l’accès à de nouveaux bénéficiaires, pour inclure tout un monde économique qui en est encore exclu, comme le monde rural et les travailleurs de l’informel, etc.

 Mais le gouvernement n’a rien tenté quand il avait de la marge. Il veut agir aujourd’hui dans la difficulté. Le ministre du travail, de l'emploi et de la sécurité sociale, Mohamed El Ghazi, a insisté sur le déséquilibre de la caisse de retraire, précisant que les mesures relatives à la retraite proportionnelle sans condition d’âge a coûté 405 milliards de dinars.

 Il met en avant cet aspect financier, mais il occulte l’autre facteur, le plus puissant, celui du sens de la solidarité et du travail : quand des Algériens en pleine force de l’âge cessent toute activité, la solidarité perd tout son sens. Quand des Algériens bénéficient d’une retraite proportionnelle pour exercer une autre activité, cela est contraire à l’esprit de la retraite et à la solidarité entre générations.

 L’art d’aggraver le problème

 En voulant régler le problème budgétaire auquel il est confronté, le gouvernement en a créé un autre. La première maladresse a été commise par un « ami » du gouvernement, M. Ali Haddad, président du Forum des Chefs d’entreprises. C’est lui qui a divulgué le projet, à la veille de la tripartite, en juin. Il était impossible de faire pire pour lancer le projet.

Cette annonce, aussi maladroite que précipitée, a provoqué une levée de boucliers légitime de la part des syndicats, contraignant le gouvernement à faire machine arrière. Au final, l’exécutif a accepté que la retraite proportionnelle soit maintenue, mais juste pour l’année en cours.

Résultat immédiat : des dizaines de milliers de personnes, ne faisant pas confiance au gouvernement, ont décidé de prendre une retraite proportionnelle, ce qui va provoquer une aggravation du déficit de la caisse de retraite à court terme, tout en créant un vide dans les secteurs où ils travaillaient. Les secteurs de l’éducation, le paramédical et la fonction publique risquent ainsi de connaitre une véritable saignée d’ici la fin de l’année.

Source : Maghreb Emergent

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