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Publié par Saoudi Abdelaziz

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« Je crois que les Arabes sont en train de comprendre de nouveau que le nationalisme arabe est la seule voie qui peut préserver la sécurité et le développement du Moyen Orient» (Maan Bashur)

Par Maurizio Vezzosi et Giacomo Marchetti 26 septembre 2016

Maan Bashur, intellectuel et homme politique arabe, est le fondateur du Forum National Arabe au Liban, de la Fédération des Ligues et des Comités Populaires et la Conférence Nationale Arabe, et est actuellement le coordinateur de nombreuses campagnes pour soutenir le peuple palestinien. Après l'attaque et l'invasion conduite par les Etats-Unis en Irak, le gouvernement nord-américain l’a inclus dans la liste noire des partisans de la résistance irakienne.

 
Quelle est de votre point de vue la situation actuelle pour le peuple palestinien?

Celui de la Palestine est désormais un problème historique, commencé avec le projet qui a conduit en Palestine des Juifs de toute la planète pour donner forme à l'occupation sioniste : bien sûr, je n'ai rien contre les Juifs, mais je suis contre l'occupation. La lutte du peuple palestinien a commencé au début du XXe siècle et elle est encore très forte, beaucoup de jeunes Palestiniens tentent de résister à l'occupation, en particulier à Jérusalem et en Cisjordanie.
A Gaza, la situation est différente: Gaza a été libérée par la résistance, mais le million et trois cent mille Palestiniens qui y vivent après avoir été testés par trois guerres continuent de devoir faire avec l’état de siège militaire et économique d'Israël et d'autres états y compris arabes.
Malheureusement, la plupart des gouvernements du Moyen-Orient au lieu de soutenir la résistance palestinienne soutiennent le gouvernement israélien sous diverses formes: en particulier normalisant les relations avec celui-ci, quand même bien les forces populaires du Moyen-Orient y soient opposées.

À votre avis, quels sont à ce stade les objectifs d'Israël ?

Le projet sioniste doit faire face à de nombreux problèmes: par exemple, celui du refus de la normalisation des relations de divers Etats et celui des difficultés persistantes auxquelles il est confronté par la résistance. A la frontière nord des Territoires Palestiniens occupés c’est la résistance libanaise qui a infligé de grandes défaites au projet sioniste : un projet qui par ailleurs revendiquerait comme siennes toutes les terres comprises entre le Nil et l'Euphrate. Les personnes qui quittent l'entité sioniste sont plus nombreuses que celles qui s'y installent.

L'occupation sioniste est en train de faire face à une impasse stratégique, en train de perdre progressivement ses points forts : le prolongement du conflit, bien qu’à faible intensité, marque la défaite de l'idéologie sioniste.

Shimon Peres, par exemple, parlait d'un «marché ouvert» entre Israël et les Arabes, et en même temps disait qu'il voulait faire d'Israël une forteresse imprenable. Il est clair que les deux scénarios sont mutuellement incompatibles. Pour toutes ces raisons l'avenir de l'entité sioniste est absolument incertain. L'opinion publique internationale dans le passé a soutenu le projet d'Israël, à la fois financièrement et idéologiquement et militairement. Mais ce soutien a diminué et est de plus en plus faible jour après jour. Israël craint pour son avenir.

Existe-t-il à votre avis un lien entre cela et la guerre syrienne ?

Ce qui se passe en Syrie est étroitement lié à la stratégie sioniste: une stratégie qui se développe à travers la déstabilisation de l'ensemble du Moyen-Orient, et en particulier la Syrie, qui a toujours été un bastion de la résistance contre le projet sioniste. C’est pourquoi Israël veut la détruire. Le plan israélien, soutenu par les Etats-Unis, certains pays européens, et même certains dirigeants arabes, est de détruire les camps palestiniens autour de l'entité sioniste causant encore une autre diaspora, qui éloigne ultérieurement les Palestiniens des territoires occupés. Au début de la guerre, les forces qui ont tenté de déstabiliser la Syrie ont utilisé les camps palestiniens en Syrie, après les avoir infiltrés, pour isoler le gouvernement syrien - sur des accusations de tuer les Palestiniens - en particulier dans le cas du camp de Yarmouk. Ce qui est arrivé au Liban en 2007 à Nar el-Bared, ce qui est arrivé en Syrie, et ce qu’on voudrait qu’il arrive dans d'autres camps au Liban, est absolument indicatif de la volonté de détruire les camps pour rendre de cette manière moins vulnérable l'occupation sioniste.

Ce n’est pas un hasard si aux Palestiniens qui vivent - ou ont vécu - en Syrie est arrivé ce qui est arrivé au fil des ans aux Palestiniens vivant au Liban - comme à Sabra et Chatila - ou dans d'autres zones au-delà des frontières de la Palestine occupée.

En 1972, pendant la guerre civile, j'étais dans le camp de Nabatieh avec Yasser Arafat: les avions israéliens sont venus et ont bombardé le camp. Arafat me dit : «La guerre pour la destruction des camps a commencé. »

Quels ont été les effets de la guerre en Syrie pour les Palestiniens ?


Dans les camps palestiniens avant le début de la crise syrienne, la situation était déjà critique, et comme vous pouvez le deviner, l'afflux de milliers de Palestiniens de Syrie l’a fait empirer de manière significative la rendant dramatique. Mais le problème ne concerne pas seulement les Palestiniens, mais aussi les milliers de Syriens qui ont quitté leur pays d'origine en raison de la guerre menée contre la Syrie et qui ont trouvé refuge au Liban et dans d'autres pays. C'est une catastrophe à tous les points de vue, et c’est une responsabilité internationale d’y faire face. Bien sûr, la solution est de rétablir la paix en Syrie pour permettre le retour dans leur terre, mais jusqu'à présent, ces personnes doivent être aidées.

En 2011, il a été décidé de commencer la guerre en Syrie dans l'intention de punir le peuple syrien pour avoir toujours apporté son soutien à la résistance palestinienne, et pour avoir soutenu celle irakienne pendant l'occupation américaine de 2003.

Au début de la guerre civile la rhétorique de nombreux politiciens occidentaux était de soutenir les Syriens "opprimés" par le "régime": une rhétorique tôt démentie par l'absence totale de tout soutien réel pour eux. « Aller combattre, nous sommes avec vous, mais si vous devez quitter le pays ne venez pas nous chercher. » Certains pays arabes impliqués dans cette crise n'a même pas accordé de visa à une seule famille syrienne.

Cela révèle le véritable objectif, le but réel de cette guerre: non seulement la défaite du gouvernement syrien, mais la dissolution de la Syrie et de son peuple, depuis toujours un rempart et une citadelle du nationalisme arabe.

La radicalisation de l'islam qui se développe depuis quelques années dans la société arabe ne semble pas laisser envisager de scénarios souhaitables ni au Moyen-Orient ni pour le reste du monde, vous ne pensez pas ?

Je crois que, progressivement, les Arabes se rendent compte de nouveau que celui du nationalisme arabe est le seul moyen qui peut préserver la sécurité et le développement économique du "Moyen-Orient". Certes, quelques expérimentations allant dans ce sens n'ont pas fonctionné dans le passé, surtout pour ne pas avoir su satisfaire les attentes des gens qui les avaient soutenues : ceci est la raison pour laquelle d'autres idéologies ont trouvé un terrain fertile au Moyen-Orient. Heureusement, cependant, il y a beaucoup de jeunes gens qui sont en train de redécouvrir le sens  du nationalisme arabe.

Traduction de l’anglais à l'italien par Maurizio Vezzosi et Giacomo Marchetti

Source : Le blog de Segesta3756 (Mediapart)

Site origine: http://contropiano.org/news/internazionale-news/2016/09/26/bashur-distruzione-siria-piani-tel-aviv-083972

 

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