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Publié par Saoudi Abdelaziz

18 mars 2014 à Ghardaïa. Photo DR

18 mars 2014 à Ghardaïa. Photo DR

Quel fut le rôle des services de sécurité dans les évènements qui  ont endeuillé et traumatisé durablement le M'Zab? Le secrétaire général du FLN vient de mettre en cause la gestion du DRS. On sait que la crise a dégénéré quasi librement pendant trois ans. La demande du FFS pour la création d'une commission d'enquête parlementaire, avait été enterrée dans le marais du système, lequel a livré aux médias quelques boucs émissaires. Saïdani a sans doute ses propres mobiles pour mettre Mediene dans l'embarras, mais pour l'Algérien ordinaire toute initiative du FLN pour lever le voile sera la bienvenue.

 

Les médias et la police font monter la tension

Le 19 février 2013 Kouider Oulad Messaoud Koumar publiait sa mise en garde aux médias après un article d'El Watan : "Sous le titre «Le conflit tribal ressurgit à Ghardaïa», votre quotidien n° 6775 du 26 janvier 2013, relayé le 27 janvier 2013 par le n° 6776 rapporte ce qui suit : «Nouvelle tension à Ghardaïa. Le conflit entre les deux communautés, Mozabite et Arabophone (Châamba) ressurgit et risque de s’aggraver». C’est ce genre de traitements médiatiques qui risquent plutôt d’alimenter les tensions surtout en ces moments sensibles où l’Algérie se trouve cernée de toute part et où chaque partie et parti tentent d’exploiter la moindre faille pour enfoncer sa lame afin de provoquer sa destruction".

 Dans un communiqué du 29 mars 2013, Mosbah Hammou, chargé des fédérations du sud du FFS dénonce l’utilisation des balles en caoutchouc par les forces antiémeutes contre les manifestants, blessant plusieurs parmi eux. Des policiers en uniforme civil ont été surpris en train de saboter les éclairages publics, saccager des propriétés privées et tenter de brûler quelques boutiques; tout cela pour réveiller les tensions anciennes entre les habitants de la région. Pour la fédération FFS il s’agit pour le pouvoir de «  monter l’opinion publique contre le mouvement des chômeurs et d’autres organisations et mouvements pacifiques qui revendiquent leurs droits ». Et plus généralement de  « jeter le discrédit sur la mobilisation et l’action civique et politique pacifique ». : « Après avoir échoué dans ses tentatives de contrôler ce mouvement qui intéresse principalement la jeunesse, le pouvoir tente de l’affaiblir, de le décapiter ou de le casser en créant des organisations parallèles, en favorisant la radicalisation du mouvement, et en menant des campagnes de propagande visant à retourner l’opinion publique contre les manifestants ».

L'Explosion vient de "l'étranger"...

Le 17 mars 2014, de gros titres barraient les unes de la presse quotidienne : "chaos" et "Etat d'urgence à Ghardaïa",  "terroristes abattus", "base militaire française près de la frontière algérienne". Louisa Hanoune ajoutait son grain de sel : Des GI's ont été installés en Espagne pour être préparés à être parachutés sur Alger... "Nous sommes persuadé qu’un complot a été mis en place pour déstabiliser l’Algérie, affirmera de nouveau le 24 mars 2014, Louisa Hanoune. "Le complot "contre l'Etat national" est déjà à un stade avancé" renchérit côté le philosophe chroniqueur, Mohamed Bouhamidi qui révèle une semaine plus tard les détails d'une sorte d'opération combinée: " Le jour venu de l’intervention, le Maroc qui s’apitoie sur le sort du Mzab jouera le rôle de la Turquie, la Libye en déliquescence jouera le rôle de l’Irak, la Tunisie devait jouer le rôle de la Jordanie qui ne veut mais ne peut contrôler ses salafistes surtout qu’elle reçoit l’argent du Golfe et les militaires US dans son sud. On peut imaginer que les kurdes seront présents à travers la question touarègue que la France mijote depuis cinquante ans dans l’Azawad. Toutes les conditions semblent réunies pour que pousser le projet d’un Etat saharien riche en ressources naturelles. Le M’zab, c’est le détonateur mais les Touaregs peuvent aussi être l’explosif en attendant d’autres carburants."  

...ou des trafiquants de drogue

Au paroxisme des affrontements, écrivant du M'zab, le journaliste dEl Watan Ali Boukhlef rapporte : "De nombreux témoignages indiquent que des gens encagoulés surgissent des oasis environnantes et attaquent de nuit. C’est à se demander où est l’Etat dans une zone géographiquement bien cernée".  Journaliste dans ce quotidien et sourcée au DRS, Salima Tlemçani explique : les troubles sont provoqués par des trafiquants de drogue aux abois. "Desserrer l’étau en créant une situation de non-droit. C’est cela l’objectif recherché par les fauteurs de troubles". Le blogueur qui avait en tête ces commandos banalisés chargé en octobre 1988 de faire dégénérer les manifestations pacifiques, était dubitatif  : "L'efficacité des services de sécurité algériens (DRS, Gendarmerie-DGSN) dotés de réseaux extrêmement denses d'indicateurs, notamment dans le "milieu", est pourtant proverbiale". Se seraient-ils transformés en passoires dans le champs clos du M'zab?".

Pas d'enquête parlementaire...

Juin 2015. "La population de Ghardaia aspire à vivre dans la paix et dans la sérénité" affirme Mohamed Nebbou qui a pris la tête d'un délégation du FFS qui s'est rendu au Mzab, où l'on observe une recrudescence de tension ces derniers jours. Dans un communiqué public, le premier secrétaire du FFS réitère la demande d’instituer une commission d’enquête parlementaire pour faire toute la lumière sur les événements survenus dans cette wilaya. Au nom du FFS, Mohamed Nebbou "dénonce énergiquement l’attitude du Wali de Ghardaia qui a refusé de recevoir une délégation des parlementaires du parti". Il exige  la libération immédiate de Noureddine Ben Mohamed Khebiti, un militant du parti, arrêté le deux jours plus tôt "pour des motifs non fondés".  

... mais des boucs émissaires

Commission d'enquête? C'est inutile, puisqu'un mois plus tard, c'est l'arrrestation ultramédiatisée de Kamel Eddine Fekhar présenté comme l'inspirateur et le coordonnateur des affrontements. Un retraité de Ghardaïa, résume l'état d'esprit : «C'est devenu le coupable idéal qu’on charge de tous les crimes commis et non commis, c’est une façon de nous dire : dénoncez-vous, vous les Mozabites, dites que vous êtes les responsables de vos morts et de la destruction qu’il y a eus et on vous f…la paix».  A Hamou Mesbah, fédéral du FFS, cette arrestation et sa mise en scène inspirent de l’ironie rapporte El Watan : «C’est comme s’ils avaient capturé Al Baghdadi (calife de Daech) en personne ou Mokhtar Belmokhtar.» «C’est un militant politique, rappelle-t-il, avec qui nous ne sommes pas d’accord, un militant des droits de l’homme et qui ne s’est rendu responsable d’aucune incitation à la haine ni d’aucun crime".

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