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Publié par Saoudi Abdelaziz

Enregistrement vidéo du petit rescapé d'Alep. DR

Enregistrement vidéo du petit rescapé d'Alep. DR

La mise en scène vidéo autour d'un bambin "rescapé des bombardements d' Alep" rappelle le paroxysme médiatique de l'hiver 2011, auquel nous avions consacré un article que nous remettons en ligne.

 

Après les armes de destruction massive en Irak, bientôt Tsimisoara en Syrie ?

Par Saoudi Abdelaziz, 2 décembre 2011

« Les forces syriennes ont tué plus de 250 enfants »,  « Paris s'active pour prévenir un désastre humain », titre Le Figaro. Antenne 2 était hier soir au diapason. Le système médiatique sort les gros calibres. Est-ce pour bientôt ? Sortira t-on dans les jours à venir l’information et les images choc qui exigeront dans l’urgence la décision de sauvetage des populations civiles ? L’histoire nous met en garde contre les informations fabriquées, mais l’histoire est aujourd’hui bien malmenée par la puissance de l’oubli organisé par le système médiatique mondial. 

Voilà ce qu' écrivait le philosophe Giorgio Agamben, en juin 1990, sur l’affaire des cadavres torturés de Tsimisoara qui avait créé une hystérie médiatique mondiale conduisant à la chute de Ceauscescu en Roumanie:

 

« Les murs inébranlables et les fers qui divisent les deux mondes furent brisés en quelques jours. Afin que le spectacle intégré puisse se réaliser pleinement également dans leur pays, les gouvernements de l’Est ont abandonné le parti léniniste, tout comme ceux de l’Ouest avaient renoncé depuis longtemps à l’équilibre des pouvoirs et à la liberté réelle de pensée et de communication, au nom de la machine électorale majoritaire et du contrôle médiatique de l’opinion (qui s’étaient tous deux développés dans les Etats totalitaires modernes).

Timisoara représente le point extrême de ce procès, qui mérite de donner son nom au nouveau cours de la politique mondiale. Une police secrète, qui avait conspiré contre soi-même pour renverser le vieux régime à spectacle concentré, et une télévision qui mettait à nu sans fausse pudeur la fonction politique réelle des médias, ont réussi à accomplir ce que même le nazisme n’avait osé imaginer - faire coïncider en un seul événement monstrueux Auschwitz et l’incendie du Reichstag.

 Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des cadavres à peine enterrés ou alignés sur les tables des morgues, ont été exhumés en vitesse et torturés pour simuler devant les caméras le génocide qui devait légitimer le nouveau régime.

Ce que le monde entier voyait en direct sur les écrans de télévision comme la vérité vraie, était la non-vérité absolue et bien que la falsification ait paru par moments évidente, elle fut authentifiée cependant comme vraie par le système mondial des médias pour qu’il soit clair que le vrai, désormais, n’était qu’un moment dans le mouvement nécessaire du faux. Ainsi la vérité et le faux devenaient indiscernables et le spectacle se légitimait uniquement à travers le spectacle.

 Timisoara est, en ce sens, l’Auschwitz de l’âge du spectacle : et de même qu’il a été dit qu’après Auschwitz, il est impossible d’écrire et de penser comme avant, de même après Timisoara, il ne sera plus possible de regarder un écran de télévision de la même manière.

 

Giorgio Agamben, juin 1990.

 

 

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