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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le parlementaire italien Pier Ferdinando Casini: La France et l'Egypte veulent diviser a Libye en trois parties.Photo DR

Le parlementaire italien Pier Ferdinando Casini: La France et l'Egypte veulent diviser a Libye en trois parties.Photo DR

"Les Etats-Unis pensent que le monde leur appartient" explique le grand linguiste américain Noam Chomski. Il résume en une phrase ce syndrome impérial : "Posséder le monde. C’est aussi naturel que l’air que vous respirez. Cela ne peut pas être remis en question". Avec le droit à la violence qui va avec. Certains clients  de l'Amérique impériale, comme Israël, sont autorisés à exercer ces droits. Dans le quotidien d'Oran, Habib Kharroubi explique comment la France et d'autres clients, européens, se disputent en Afrique du Nord le droit à la violence pour prendre les meilleurs morceaux de la Libye pétrolière.

 

Noam Chomski : "Les Etats-Unis pensent que le monde leur appartient"

Quelques extraits (Les inters sont du blog).

Comment éviter de nouvelles pertes

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis étaient vraiment à l’apogée de leur puissance. Ils avaient la moitié des richesses du monde, et tous leurs concurrents avaient été  gravement endommagés ou détruits. Ils avaient une position de sécurité incroyable et élaboraient des plans pour diriger le monde, ce qui n’était pas irréaliste à l’époque.

Juste après la Seconde Guerre mondiale, George Kennan, chef du personnel de la planification de la politique du département d’État des États-Unis, et d’autres, en ont esquissé les détails, puis ils ont été mis en œuvre. Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans une certaine mesure en Amérique du Sud nous ramène tout droit à la fin des années 1940. Le premier grand succès de la résistance à l’hégémonie américaine a eu lieu en 1949. C’est lorsque se produisit un événement appelé la perte de la Chine, cette expression est significative.

C’est une formulation très intéressante, et jamais contestée. Il y eut beaucoup de discussions pour savoir qui était responsable de la perte de la Chine. C’était devenu un problème national énorme. Mais c’est une phrase très intéressante. Vous ne pouvez perdre que quelque chose qui vous appartient. Cela était tout simplement pris pour un fait acquis : nous possédons la Chine et si elle se dirige vers l’indépendance, c’est que nous l’avons perdue. Plus tard apparurent les préoccupations au sujet de la perte de l’Amérique latine, puis la perte du Moyen-Orient,  la perte de…certains pays, le tout basé sur la prémisse que nous possédons le monde et que tout ce qui affaiblit notre contrôle est une perte pour nous et nous nous demandons comment le récupérer.

Aujourd’hui, si vous lisez, disons, des revues de politique étrangère ou si vous écoutez les débats républicains ridicules, vous verrez qu’ils se demandent : Comment pouvons-nous éviter de nouvelles pertes ?

Déstabiliser pour stabiliser

Les États-Unis sont en faveur de la stabilité. Mais vous devez vous rappeler ce que signifie la stabilité. Stabilité signifie se conformer aux ordres américains. Ainsi, par exemple, l’une des accusations contre l’Iran, la grande menace pour la politique étrangère, prétend que ce pays cherche à déstabiliser l’Irak et l’Afghanistan. Comment ? En essayant d’étendre son influence dans les pays voisins. Alors que nous, par contre, nous stabilisons les pays en les envahissant et en les détruisant.

J’ai parfois cité une de mes illustrations favorites de ce fait, qui me vient d’un très bon analyste libéral de politique étrangère, James Chace, très connu et ancien rédacteur en chef de Foreign Affairs. En s’exprimant au sujet du renversement du régime de Salvador Allende et de l’imposition de la dictature d’Augusto Pinochet en 1973, il a écrit que nous devions déstabiliser le Chili dans l’intérêt de la stabilité. Cela n’est pas perçu comme une contradiction, et ce n’en est pas une. Nous avons dû détruire le système parlementaire, afin d’obtenir la stabilité, ce qui signifie qu’ils font bien ce que nous disons. Donc, oui, nous sommes en faveur de la stabilité dans ce sens technique.

La préoccupation par rapport à l’islam politique est comme la préoccupation qui naît de tout développement indépendant. Vous devez vous préoccuper de tout  ce qui est indépendant, car cela peut vous ruiner. En fait, c’est un peu paradoxal, parce que, traditionnellement les États-Unis et la Grande-Bretagne ont fortement soutenu le fondamentalisme islamique radical, pas l’islam politique, en tant que force pour contrer le nationalisme laïc, qui est la véritable préoccupation. Ainsi, par exemple, l’Arabie saoudite est l’État fondamentaliste le plus extrême dans le monde, un État islamique radical. Il a un zèle missionnaire, propage l’islam radical au Pakistan et finance la terreur. Mais ce pays est le bastion de la politique américaine et britannique. Ils l’ont toujours soutenu contre la menace du nationalisme laïc venant  d’Égypte avec Gamal Abdel Nasser, ou d’Irak avec Abd al-Karim Qasim, parmi beaucoup d’autres. Mais ils n’ aiment pas l’islam politique, car il peut devenir indépendant

"La mauvaise plaisanterie" démocratique

Si vous regardez les faits, l’aspiration à la démocratie est une mauvaise plaisanterie. C’est même reconnu par les plus grands savants, même s’ils ne l’expriment pas de cette façon. L’un des principaux chercheurs sur la soi-disant promotion de la démocratie est Thomas Carothers, plutôt assez conservateur et très respecté, un néo-reaganien, pas un libéral flamboyant. Il a travaillé au département d’État de Reagan et écrit plusieurs livres étudiant le cours qu’a suivi la promotion de la démocratie, qu’il prend très au sérieux. Il dit, oui, c’est un idéal américain profond, mais il a une histoire cocasse. Toutes les administrations américaines sont schizophrènes. Elles ne soutiennent la démocratie que si celle-ci satisfait leurs intérêts stratégiques et économiques. Il décrit cela comme une étrange pathologie, comme si les États-Unis avaient besoin d’un traitement psychiatrique ou quelque chose de ce genre. Bien sûr, il y a une autre interprétation, mais qui ne peut pas venir à l’esprit d’un intellectuel bien formaté et bien éduqué.

En Egypte, plusieurs mois après sa chute, le président Hosni Moubarak se retrouvait dans le prétoire, faisant face à des poursuites pour des activités criminelles. Il est inconcevable que des dirigeants américains soient un jour tenus de rendre compte de leurs crimes en Irak ou au-delà. Est-ce que cela va changer un de ces jours prochains ?

Il s’agit essentiellement du principe Yglesias : le fondement même de l’ordre international réside dans le droit des États-Unis à  utiliser la violence à volonté. Alors, comment pouvez-vous incriminer quelqu’un ?

Les clients ont des droits

Si Israël envahit le Liban et tue mille personnes en détruisant la moitié du pays, alors d’accord, ça va. C’est intéressant. Barack Obama était sénateur avant d’être président. Il n’a pas fait beaucoup en tant que sénateur, mais il a fait  certaines choses, dont une qui le remplit de fierté. En effet, si vous regardez son site Web avant les primaires, il a souligné le fait que, lors de l’invasion israélienne du Liban en 2006, il avait co-parrainé une résolution du Sénat demandant que les États-Unis ne fassent rien pour empêcher les actions militaires d’Israël tant qu’elles n’avaient pas atteint leurs objectifs, et demandant aussi de censurer l’Iran et la Syrie parce qu’ils soutenaient la résistance à la destruction du sud Liban par Israël (pour la cinquième fois en vint-cinq ans). Donc, Israël hérite du droit à la violence. Les autres clients aussi.

Mais les droits résident vraiment à Washington. Voilà ce que signifie posséder le monde. C’est aussi naturel que l’air que vous respirez. Cela ne peut pas être remis en question.

Source : Les Crises.fr

Paris accusé de miser sur la partition de la Libye

Par Kharroubi Habib, 16 août 2016

A ceux qui ne parvenaient pas à comprendre pourquoi la France qui, officiellement, reconnaît le gouvernement d'accord national (GNA) dirigé par Fayez Sarradj en tant que seule autorité légale de Libye a mis pourtant à disposition du général Khalifa Haftar qui la lui conteste le détachement de ses forces spéciales qui opère dans ce pays, le président de la commission des affaires étrangères du Sénat italien Pier Ferdinando Casini leur fournit sans détour l'explication dans l'interview qu'il a accordée au quotidien « El Messaggero ».

Pour ce sénateur italien, si en Libye la France marche dans une direction alors que l'Italie, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis avancent dans une autre (soutien au Premier ministre et à son cabinet d'union nationale), c'est parce que avec l'Egypte elle mise sur la division du pays en trois parties.

L'accusation que formule le parlementaire italien contre Paris et que le gouvernement de Rome estime probablement avérée n'est pas sans fondement malgré les dénégations françaises qu'elle provoquera. La justification fournie par les autorités françaises sur la présence de leur détachement des forces spéciales de leur pays aux côtés de « l'armée nationale libyenne » que commande le général Haftar qui refuse l'autorité du GNA est qu'elle est destinée à contribuer à rendre plus efficiente sa participation à la lutte contre Daech. Ce qu'elles taisent par contre c'est que le général Haftar refuse toute subordination de son « armée » à l'état-major des forces armées du GNA engagées elles aussi dans une offensive en cours contre l'organisation terroriste, et qu'en l'aidant militairement elles l'encouragent à persister à faire cavalier seul, ce qui ne concourt pas à conforter la dynamique d'union nationale ébauchée en Libye sous les auspices des Nations unies et dont le cabinet Sarradj en est l'émanation.

En tout état de cause, il se dévoile qu'en Libye les interventions étrangères qui s'y déroulent n'ont pas pour but uniquement de mettre fin à la menace qu'est la présence de Daech dans le pays mais également de faire prévaloir les intérêts respectifs des Etats qui les ont engagées. Leur résultat risque de prolonger en l'aggravant le chaos dans lequel se trouve la Libye tant il apparaît manifeste que ces intérêts sont divergents occasionnant des rivalités entre ces Etats qui pour défendre ce qu'ils estiment leur revenir dans ce pays ne reculent pas à jouer un camp libyen contre l'autre.

L'accusation formulée par le président de la commission des affaires étrangères du Sénat italien contre la France et l'Egypte n'est toutefois nullement à considérer comme la dénonciation de l'ingérence étrangère dans les affaires de la Libye. Rome ne s'oppose à Paris et au Caire que parce qu'elle estime le but de leur intervention préjudiciable aux intérêts « historiques » que l'Italie détient en Libye. Pour les contrer, Pier Fernandino Casini ne propose rien d'autre que la convocation d'un sommet européen qui sous couvert d'une position commune de l'Europe contraindrait la France à réviser sa position. Suggestion qui n'est pas excluante d'une intervention militaire étrangère coordonnée.

Ce dont pourtant le gouvernement Sarradj censément appuyé par l'Italie et les autres puissances occidentales a fermement déclaré qu'il n'en veut pas. Accusateurs comme accusés jouent dans ce conflit une partition en solo dont on décèle derrière chacune les sinistres appétits de leurs exécutants. Pour l'Algérie, ces ingérences étrangères en Libye voisine n'augurent rien de bon pour sa sécurité nationale.
Source :
Le Quotidien d'Oran

 

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