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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le récit de Houari Mouffok, le premier président de l'organisation étudiante interdite UNEA

"C'est par une scène cauchemardesque dans une cellule du commissariat central de Rabat que débute ce récit" notait le 22 août 2011 celui qui fut le premier et dernier président de l'UNEA, alors syndicat étudiant authentiquement démocratique algérien fondé au lendemain de l'Indépendance, en août 1963 . Le coup d'Etat militaire du 19 juin 1965 a écarté Houari Mouffok et contraint l'UNEA à un fonctionnement clandestin après son interdiction en janvier 1971. Mouffok nous a quitté le 23 décembre 2013.

Présentation de " Parcours d’un étudiant"*

Par Houari Mouffok, 22 août 2011

À la demande de Sadek Hadjerès, j’ai décidé de présenter, sur son site « Socialgérie », mon témoignage. 

En fait, c’est à l’improviste que m’est venue l’idée d’écrire ce récit. Plus précisément, lors de retrouvailles avec mes amis Bachir Hadjadj et Réda Belkhodja, tous deux anciens responsables de l’UNEA, nous étions attablés dans un café parisien et nous nous racontions ce que nous avions vécu depuis que le coup d’état du 19 juin 1965 nous a séparés. La relation des péripéties dans lesquelles m’ont précipité la condamnation de ce coup de force et l’exigence de la libération du Président Ben Bella par le comité exécutif de l’Union que je présidais a profondément ému mes deux amis. Ce fut tout naturellement que Bachir me proposa de mettre noir sur blanc ce que je venais de leur raconter. Rendez-vous fut pris pour soumettre à notre ami, l’éditeur Abderrahmane Bouchène, le manuscrit.

J’ai mis à profit les veillées du mois de Ramadhan de 1998 pour coucher sur le papier des souvenirs qui jaillissaient de mon esprit comme des fruits mûrs tombant de l’arbre.

C’est par une scène cauchemardesque dans une cellule du commissariat central de Rabat que débute le récit. Pendant que mon codétenu, un jeune délinquant marocain, ronflait bruyamment, je me remettais en question et soumettais mes certitudes à la lumière faible mais crue que laissait passer une petite lucarne.

Une enfance studieuse à Oran, puis à Mostaganem, une adolescence militante dans l’Association des étudiants musulmans de Mostaganem (AEMM) qui regroupait les élèves du Lycée René Basset et du cours complémentaire Jules Ferry et dont j’assurais le secrétariat général, sous l’égide de l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA), des études supérieures en sciences économiques à Berlin en République démocratique allemande où j’ai eu à exercer des responsabilités dans les sections de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA) et où je fus initié au marxisme, élu par le Vème congrès de l’UGEMA à la présidence de l’Union, devenue Union nationale des étudiants algériens (UNEA). 

Arrêté au Maroc où je me suis enfui après le coup d’Etat ,puis transféré en Algérie où je connus les geôles de Boumediène, voilà, en accéléré, le parcours que j’ai essayé de transmettre aux nouvelles générations d’étudiants à travers ce témoignage.

J’ai été sollicité pour diverses séances de vente-dédicace dans des librairies algéroises. J’ai constaté avec tristesse la très faible présence des étudiants. En 1963 le nombre des étudiants algériens n’excédait pas les 2500, toutes universités confondues, algériennes et étrangères. Pourtant les débats sur les thèmes politiques, économiques, sociaux et culturels étaient aussi vifs que nombreux. C’est que l’UNEA était très sollicitée par le pouvoir politique. Il s’agissait de remettre sur pied une économie et une administration désertées par les pieds noirs trompés par l’OAS qui a semé le chaos dans une Algérie qui allait conquérir son indépendance. Il s’agissait de panser les plaies d’une patrie dévastée par 130 ans de colonisation et 8 ans de guerre meurtrière. Et dans cet immense chantier les étudiants allaient jouer un rôle d’avant-garde aussi bien dans la réflexion que dans l’action.

Aujourd’hui l’on compte près de 1500000 étudiants, mais leur mobilisation se heurte aux difficultés qu’ils endurent quotidiennement (hébergement, restauration, transport, disponibilité des livres de cours, qualité de l’enseignement, débouchés professionnels).

La mainmise de certains partis sur les quelques organisations étudiantes n’offre pas de perspectives claires sur le plan politique et n’assure pas des règles de fonctionnement démocratiques. Il ne faut donc pas s’étonner que pour faire aboutir leurs revendications, les étudiants aient manifesté en masse, en dehors de ces organisations, durant les mois d’avril et mai, en créant une coordination indépendante, digne des moments les plus glorieux de l’histoire du mouvement étudiant.

C’est en pensant à cette histoire que j’ai écrit ce témoignage qui raconte, de la manière dont je l’ai vécue, une étape de la longue lutte du mouvement étudiant algérien pour la liberté, la démocratie et la justice sociale, depuis la création de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du nord (AEMAN) en 1919, à la contestation de la dictature par l’UNEA contrainte à la clandestinité après son interdiction par le pouvoir en janvier 1971, en passant par l’implication de l’UGEMA, sous diverses formes, dans la guerre d’indépendance.

Je voudrais, pour conclure, émettre le souhait que d’autres militants, qu’ils aient exercé des responsabilités ou non, illustrent par écrit leur expérience dans cette lutte, notamment durant sa phase la moins connue, celle qui a suivi le coup d’Etat du 19 juin 1965.

 

*Parcours d’un étudiant algérien : de l’UGEMA à l’UNEA , par Houari Mouffok. Préface par Nourredine Saadi. Editions Bouchène, à Paris en 1999 et à Alger en l’an 2000.
ISBN : 2-912946-11-5. 13,5x21 cm - 96 pages.

Source : Socialgerie.net

Le récit de Houari Mouffok, le premier président de l'organisation étudiante interdite UNEA
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