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Publié par Saoudi Abdelaziz

Amartya Sen, créateur de l'Indice de développement humain. Photo DR

Amartya Sen, créateur de l'Indice de développement humain. Photo DR

PIB par habitant, espérance de vie à la naissance et niveau d'éducation: ce sont notamment les trois pincipaux critères qui servent  parmi d'autres à établir l'indice de développement humain (IDH) mis au point par le Pnud un organisme de l'Onu et publié chaque année depuis 1990. Noureddine Bouderba commente dans Libre-Algérie les interprétations jugées trop optimistes du Conseil national économique et social (CNES) à propos du classement 2015 de notre pays. "Ce classement combiné aux autres classements contenus dans le rapport du PNUD indique les performances incontestables de l’Algérie mais indique aussi un fléchissement des efforts et des résultats dans le domaine durant ces dernières années qu’il y a lieu de bien analyser pour redonner au développement social une autre trajectoire et un autre rythme".

Libre Algérie. Le dernier rapport du PNUD, celui de 2015, a fait l’objet d’interprétations différentes pour ce qui est du classement de l’Algérie (83ème) en termes de développement humain. Certains ont affirmé que notre pays avait gagné 10 places en une année. Vous contestez cette affirmation. Pourquoi ?

Noureddine Bouderba. Je ne conteste pas les progrès réalisés dans le domaine du développement humain par l’Algérie sur toute la période qui nous sépare de l’indépendance du pays. On ne peut honnêtement nier les avancées réelles enregistrées dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’Esperance de vie et de son niveau. Ce que je conteste c’est cette omission de préciser sur quelles périodes et à quels rythme ces performances ont été obtenues. Car ce faisant on a tendance à se focaliser sur les résultats positifs et à masquer les insuffisances et les distances qui restent à parcourir pour atteindre les objectifs ciblés.

Je ne peux contester le 83éme rang mondial occupé par l’Algérie dans le classement établi par le PNUD dans ce rapport 2015. Par contre je m’inscris en porte à faux avec cette volonté de vouloir faire croire que grâce à des performances exceptionnelles l’Algérie a amélioré, en l’espace d’une année, son classement de 10 points pour prouver que « le progrès est soutenu ». Le CNES dans son rapport national sur le développement humain fait dire au PNUD ce qu’il n’a pas dit lorsqu’il affirme que « que les Nations Unies citent l’Algérie dans leur rapport de 2013 parmi les 10 pays au monde les plus dynamiques en la matière ».

Pour revenir au classement de 2015 il faut rappeler que le PNUD recommande de ne pas comparer les résultats des Rapports d’années différentes mais d’utiliser les données cohérentes fournies dans le dernier rapport. Ce dernier, à partir de séries de données cohérentes, établit à l’aide d’une même méthodologie un nouveau classement des pays pour l’année du rapport et pour chacune des années précédentes. Ainsi la modification du classement entre 2014 et 2015 (+ 10 places) ne résulte pas de changement spectaculaire des performances enregistrées en une seule année mais résulte précisément de cette actualisation et de ce changement de méthodologie et d’actualisation des séries de données. Il est intéressant de savoir que sur la base de la nouvelle série des IDH ainsi recalculés l’Algérie se retrouve au 84ème rang respectivement en 2013 et 2012 et au 83ème rang en 2011.

Dans son rapport de 2010 PNUD avait noté à juste titre que l’Algérie est « le 9ème pays au monde ayant amélioré le plus rapidement l’IDH » mais ceux qui y font référence oublient de préciser que cette performance est mesurée sur toute la période 1970 – 2010 soit 40 ans.

Sans vouloir stigmatiser telle ou telle période de notre développement ou sous-estimer les avancées enregistrées par l’Algérie sur le plan social sur toute la période nous séparant de la date d’indépendance il serait très utile de faire une lecture critique et nuancée de ces avancées et non de s’auto congratuler. Car l’objectif de pareils rapports et pareilles comparaisons temporelles et internationales est de voir dans quelle mesure la croissance économique, mesurée par le RNB/habitant s’est traduite en développement humain et d’aider éventuellement les responsables à la prise de décision pour réduire les distances afin de transformer cette croissance en progrès social.

A ce sujet une bonne lecture du rapport du PNUD de 2015 et une analyse de ses différents indicateurs notamment la vitesse d’amélioration de l’IDH sur différentes périodes nous indiquent que l’Algérie a constamment amélioré son IDH sur toute la période 1970 – 2014. Toutefois elle ne s’est classée au top 10 du classement du PNUD que sur la période 1970 – 1980 où elle occupe le 6éme rang des pays ayant le mieux réussi à améliorer l’IDH. Elle se classe au 23ème rang sur la période 1980 et 1990, au 43ème rang sur 1990 – 2000 et au 42ème rang sur 2000-2010.

Mais c’est sur la période 2010 et 2014, et c’est important de le souligner, que l’Algérie enregistre sa plus mauvaise performance relative en occupant la 110ème en termes de vitesse d’amélioration de l’IDH.

Cela ne veut pas dire que le développement social s’est arrêté chez nous mais que l’Algérie fait de moins en moins mieux que les autres pays dans le domaine du développement humain.

A ce sujet Il serait intéressant de connaitre un autre classement établi par le PNUD dans son rapport 2015. Ce dernier consiste à calculer la différence entre le revenu brut par habitant et l’IDH et à classer les pays selon l’ordre de cette différence appelé « minoration du classement mondial de l’IDH par rapport au classement du RNB/habitant ». On découvre qu’ un nombre significatif de pays (dont la quasi-totalité des pays africains) affichent des indicateurs négatifs, signes d’inégalités dont souffrent ces pays. Avec -84, la Guinée Equatoriale est le pays qui présente la plus grande minoration dans le monde. Le Koweït avec le 2ème RNB/habitant au monde se classe au 48ème rang selon l’IDH, soit un coefficient négatif de -46 au contraire de Cuba qui enregistre le meilleur coefficient positif au monde d’une valeur de +47 (Cuba se classe au 67éme rang selon l’IDH avec le 114éme RNB/habitant au monde). Ce qui montre toute la distance entre les politiques de développement humain de Cuba et du Koweït.

L’Algérie, avec un coefficient tout juste moyen (-1) fait mieux que l’Egypte (-12) et le Maroc (-8) mais moins bien que la Tunisie (+1). Ce classement combiné aux autres classements contenus dans le rapport du PNUD indique les performances incontestables de l’Algérie mais indique aussi un fléchissement des efforts et des résultats dans le domaine durant ces dernières années qu’il y a lieu de bien analyser pour redonner au développement social une autre trajectoire et un autre rythme". Texte intégral de l'entretien  : Libre-Algérie

 

Nota bene. Selon les rapports consultés par le blogueur, dans le rapport 2010 nous sommes à 84e place, puis dégradation brutale avec une 96ème place en 2011, puis 93ème en 2013 et 2014. Le rapport de 2015 indique une montée à la 83 ème place.  La formule de calcul de l'IDH a été modifiée en 2011. L'indice de développement humain (IDH) est récent. Il n'est mesuré que depuis 1990, date à laquelle il a été créé par le Programme des Nations Unies pour le Développement(PNUD) sur la base des travaux des économiste indien Amartya Sen et pakistanais Mahbub ul Haq.

Les indicateurs du progrès selon Amartya Sen

Avant le déclenchement de la crises de 2008, l'Indien Amartya Sen, Prix Nobel d'économie en 1998, professeur à Harvard (Etats-Unis) faisait partie des quelques économistes à défendre le rôle de l'Etat contre la vague libérale. On lui doit l'invention, avec le grand économiste pakistanais Mahbub Ul Haq, en 1990, de l'indice de développement humain (IDH), qui intègre, en plus du niveau de revenu par habitant, les questions de santé et d'éducation.  Quelques propos de 2009

Comment mesurer les progrès d'un pays?

"Le PIB est très limité. Utilisé seul, c'est un désastre. Les indicateurs de production ou de consommation de marchandises ne disent pas grand-chose de la liberté et du bien-être, qui dépendent de l'organisation de la société, de la distribution des revenus. Cela dit, aucun chiffre simple ne peut suffire. Nous aurons besoin de plusieurs indicateurs, parmi lesquels un PIB redéfini aura son rôle à jouer.

Les indicateurs reflètent l'espérance de vie, l'éducation, la pauvreté, mais l'essentiel n'est pas de les mesurer, c'est de reconnaître que ni l'économie de marché ni la société ne sont des processus autorégulés. Nous avons besoin de l'intervention raisonnée de l'être humain. C'est ce pourquoi la démocratie est faite. Pour discuter du monde que nous voulons, y compris en termes de régulation, de système de santé, d'éducation, d'assurance chômage... Le rôle des indicateurs est d'aider à porter ces débats dans l'arène publique, ce sont des outils pour la décision démocratique.

L'IDH a été au départ conçu pour les pays en développement. Il permet de comparer la Chine, l'Inde, Cuba... Il donne aussi des résultats intéressants avec les Etats-Unis, principalement parce que le pays n'a pas d'assurance santé universelle et est marqué par de fortes inégalités. Mais nous avons besoin d'autres types d'indicateurs pour l'Europe et l'Amérique du Nord, sachant que ce ne seront jamais des indicateurs parfaits.

Le déclin de l'environnement affecte nos vies. De façon immédiate, dans notre quotidien, mais il affecte aussi les possibilités du développement à plus long terme. L'impact du changement climatique est plus fort sur les populations les plus pauvres. Prenez l'exemple de la pollution urbaine : ceux qui souffrent le plus sont ceux qui vivent dans la rue. La plupart des indicateurs de pauvreté ou de qualité de la vie sont sensibles à l'état de l'environnement. Voilà pourquoi il est important que les questions de pauvreté, d'inégalités soient prises en compte dans les négociations climatiques internationales". (source : Le Monde.fr)

 

 

 

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