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Publié par Saoudi Abdelaziz

Noureddine Zenine, avec Hocine Aït Ahmed au congrès du Pags de 1990. Photo DR

Noureddine Zenine, avec Hocine Aït Ahmed au congrès du Pags de 1990. Photo DR

Recherché par les services et entré dans l'appareil clandestin du Pags en 1965, le défunt Noureddine Zenine réagissait dans cette lettre au scoop médiatique lancé par Hachemi Cherif dans plusieurs médias : « Nous ne sommes pas un parti communiste ». Par cette initiative médiatique, le coordonnateur du Bureau politique préparait le terrain à l'autodissolution du PAGS qu'il réussit à faire passer au congrès qui se tiendra au début de 1993.

 

Alger le 24 septembre 1991

Noureddine Zenine
Aux membres du Comité Central
 
Chers Camarades :

Conformément au règlement intérieur du Comité Central adopté au cours de notre dernière session, je tiens à vous faire connaître ma désapprobation relative au contenu des interviews accordées par le coordinateur du BP du PAGS aux journaux  l’Observateur, An–nasr, El-Watan …

1. Il est Inadmissible que, sans aucune consultation et sans aucun débat, on puisse affirmer publiquement et de façon aussi tranchée : « Nous ne sommes pas un parti communiste ».
Cette affirmation est contraire aux travaux et à l’esprit du congrès ainsi qu’aux débats qui l’ont précédé. Aucun des documents adoptés par le congrès ne formule une telle appréciation : on y parle de socialisme scientifique, de marxisme-léninisme, de communistes, de MCOI. L’un des moments les plus forts du congrès fut l’hommage rendu aux anciens du PCA- en particulier à la mère Maillot – hommage ressenti par la majorité des congressistes comme l’affirmation de la continuité dialectique avec une partie de notre héritage. Tout ce qui dans l’avant-projet de résolution politico-idéologique apparaissait comme une coupure mécanique avec le PCA et notre identité communiste avait été, sous la pression de la base du parti en particulier, supprimé du projet de résolution politico-idéologique adopté par le congrès.
Sans être des nostalgiques rivés au passé dont il faut faire une approche critique, il est indispensable de tenir compte de ces données pour innover, nous adapter avec la participation de tous les camarades .

Qu’on s’entende bien en effet. Le problème identitaire du parti est un problème sérieux. Au cours de la dernière session du Comité Central (CC) – vous vous en souvenez sans doute – j’avais souligné la nécessité de poser en termes clairs et novateurs, en tenant compte de tous les changements nationaux et internationaux, la question de savoir quel type de parti nous voulons : veut-on, avais-je dit, un parti communiste moderne (quelle qu’en soit l’appellation) ou un parti social – démocrate (quelle qu’en soit l’appellation) ou un autre type de parti ! L’essentiel – avais-je souligné – était que le problème puisse être posé clairement, sans étiquetage, sans animosité entre frères de lutte mais surtout que le débat doit concerner les camarades, tous les camarades.

C’est pourquoi, j’aurais salué le courage d’affirmer « Nous ne sommes pas un PC » (quelle que soit ma propre opinion) si elle avait été énoncée devant une session du CC comme un point de vue personnel ou si elle avait été présentée sous forme interrogatoire « Sommes-nous un parti communiste ? »
Dans les deux cas une telle affirmation ou interrogation dérange mais –c’est là l’essentiel – laisse ouverte la discussion, stimule la réflexion et par suite mobilise les camarades qui ressentiraient alors la nécessité de contribuer au débat en s’en sentant auteurs.

2. Il est aussi inadmissible d’affirmer : « Nous ne nous sommes jamais assimilés au Mouvement communiste et ouvrier international (MCOI) » .

On peut toujours discuter du terme « assimilés », mais quelle que contorsion qu’on veuille lui faire subir, il s’agit bel et bien d’une contre-verité historique qu’aucun démenti n’est venu infirmer à ce jour. Il suffit de rappeler que nous avons signé des documents approuvés par des partis communistes et ouvriers aux plans international e arabe, que nous avons fait partie du comité de rédaction des revues du MCOI comme la « Nouvelle Revue Internationale et االنهج

3. Il est regrettable que ces interviews ignorent pratiquement les préoccupations parfois angoissantes des citoyens notamment des plus modestes : des dizaines de milliers de jeunes encore exclus de l’école cette année, coût plus élevé encore de la rentrée scolaire articulé avec la hausse générale des prix (poulet de 70 à 75 DA la veille du Mouloud) déjà effective et celle qui risque de toucher le pain, le lait…, la vague de licenciements en perspective…

Tout cela, en liaison avec la préoccupation des citoyens concernant l’avenir immédiat du pays à la lumière des éléments constitutifs d’une nouvelle crise du pouvoir et d’une autre explosion avec l’hypothèse d’un Etat d’exception qui se profile.

Face à cette situation, que faire ?
Les interviews répondent-elles à cette question ?

En mettant en avant de façon aussi autoritaire et antidémocratique un problème un problème aussi controversé que l’identité du parti, au lieu d’unir les efforts des camarades autour de tâches mobilisatrices tout en organisant des débats contradictoires indispensables, ces interventions risquent de diviser davantage les rangs déjà clairsemés du PAGS actuels, de décourager, de pousser d’autres camarades à quitter le parti, de nous renfermer encore davantage sur nous-mêmes, de nous éloigner encore plus tragiquement des terrains de lutte .

Ce sont là des réalités. Rappelons notre position ou plutôt notre non-position concernant la grève des 2 jours de l’UGTA . Cette grève a donné au FIS un coup infiniment plus efficace que tous nos communiqués, interviews et conférences de presse réunis. Relevons les reculs spectaculaires de notre travail au sein de la paysannerie laborieuse depuis l’initiative de la marche prise par notre parti le 8 novembre 1990 dont le contenu et les mises en garde sont confirmées par ce qui se passe aujourd’hui dans les campagnes. Notre influence au sein des étudiants, lycéens, chômeurs… a diminué. On aboutit peu à peu à l’isolement du parti vis-à-vis de la société et des autres partis alors que le PAGS a toujours été connu – avec ses faiblesses et ses limites – comme le parti des luttes et de l’unité d’action de toutes les forces patriotiques et démocratiques.

Ces faits sont liés aussi à des initiatives et formulations inattendues et étrangères à première vue.

Il en est ainsi de l’annulation de la célébration du 25ème anniversaire du PAGS sous prétexte des événements du Golfe alors qu’il eût suffi d’annuler la partie "festivités" et, avec la participation des autres partis non totalitaires et obscurantistes, célébrer nos 25 ans de lutte sous le signe de la « solidarité avec le peuple irakien », fidèles en cela avec les traditions unitaires et de solidarité internationale du PAGS.

Il en est ainsi des formules comme « le parti se renforce en s’épurant » (formule de Staline faut-il le rappeler) ou du fait qu’on se réjouisse du départ de camarades et souvent de valeur en les qualifiant de « dépassés » comme si ceux qui prononcent ces sentences détiennent la vérité, « décrètent » comme il faut penser, tournant ainsi le dos à l’essence de la perestroika dont ils se prévalent souvent.

Il en est ainsi et surtout de la non-publication depuis de longs mois de « Saout El Chaab » organe central du PAGS qui a été, depuis 1966 et malgré ses faiblesses et insuffisances réelles, un repère pour les Camarades et progressistes, un symbole d’espoir, un stimulant des luttes. Ce que tous les services de sécurité (civils et militaires) n’ont pas réussi à réaliser (faire taire « Saout El Chaab ») nous l’avons fait nous-mêmes.

Chacun de tous ces faits, pris en lui-même n’a qu’une signification limitée, et peut s’expliquer jusqu’à un certain point .

Mai si nous mettons bout à bout tous ces faits et d’autres, ainsi que les récentes interviews dont il est question ici, alors surgit irrésistiblement la question : N’y a – t il pas entre tous ces éléments un même liant, et n’obéissent-ils pas à une même logique : rompre avec l’héritage du pags, non seulement avec ses erreurs et ses zones d’ombre mais aussi avec son passé de luttes et son caractère de classe ; aboutir peu à peu à un autre parti qui soit la négation mécanique du PAGS avec, y compris un autre sigle.
Ne sommes-nous pas arrivés à une phase nouvelle, à la croisée des chemins avec les récentes interviews ?

Il s’agit là d’une résultante objective. Elle est indépendante des intentions réelles de tous les camarades, chacun d’eux pensant agir au niveau des intérêts de ce qu’il croit le meilleur idéal.

Chers camarades du Comité Central :

Chacun de nous devra prendre ses responsabilités historiques devant l’ensemble des Camarades et aussi de la société car le PAGS appartient au peuple algérien, à son histoire et aussi à son avenir.

En conséquence je propose qu’un CC puisse se tenir dans les 2 à 3 semaines à venir pour examiner :

1. Les mesures à prendre pour faire jouer au CC son rôle conformément à l’article 31 des statuts qui stipule notamment : « Le CC est l’organisme dirigeant du parti dans l’intervalle des congrès… »

Malgré les efforts des uns et des autres la CC n’a pas joué jusqu’ici son rôle de direction nationale collective. Comment le pouvait-il en ne recevant aucune information concernant le contenu politique des contacts pris au niveau du parti, ainsi que la situation financière et organique du parti (sauf les quelques données fournies lors de la dernière session du CC) ou encore les avis des cellules qui ont été adressées au CC et que nous n’avons jamais reçues. Ajoutons que le CC a appris par la presse la décision de boycott des élections et toute l’opération concernant « Alger-Républicain » dont il n’a pas été informé à ce jour.

Rappelons que le poste de coordinateur du BP (et non du PAGS) au lieu de secrétaire général ou même premier secrétaire du CC a été justifié, y compris en séance plénière du congrès comme la volonté de faire jouer au Comité Central son rôle de direction nationale effective et d’aller résolument vers un plus grand travail collectif rendant chaque Camarade acteur de la vie de son parti.

Il ne s’agit pas là d’une question organique formelle mais d’une exigence scientifique au moment où tant de certitudes sont tombées par pans entiers et où tant d’incertitudes sont devant nous, l’effort de tous est indispensable pour approcher au mieux le réel dans son mouvement complexe et contradictoire et éclairer une réflexion novatrice évitant un double écueil : renier purement et simplement le passé sans en tirer les enseignements avec ses aspects positifs et négatifs ou au contraire tenir à ce passé tel quel, y être rivés.

2. Les mesures et initiatives à prendre et à proposer à l’ensemble de l’opinion démocratique pour faire face à toutes les éventualités d’une situation exceptionnellement grave.

3. Les mesures à prendre pour organiser immédiatement en articulation avec les problèmes des travailleurs et du pays (y compris les élections si elles se tiennent et quelle que soit notre position à leur égard) un véritable débat autour de l’identité du parti, de son mode de fonctionnement.

Ce débat doit être ouvert sans aucun préalable. Il doit poser en termes clairs et vifs les aspects les plus « délicats », y compris le terme communiste et aussi le centralisme démocratique… pour en discuter sans préjugés et sans préjuger du contenu des débats.

Précisons d’emblée que le débat sur l’identité communiste ne devrait pas être réduit à mon avis aux seules questions : « Être communiste ou non » ; attitude à l’égard de notre héritage, tout notre héritage ; notre attitude vis-à-vis du marxisme ; garder ou non le sigle ; etc. Toutes ces questions et d’autres sont incontournables et d’une importance extrême.

Mais l’identité du parti, c’est aussi le contenu de son programme, l’attitude concrète vis-à-vis des luttes immédiates et futures :
 

« Sommes-nous avec ou contre les luttes légitimes des travailleurs, des fellahs, des jeunes, des femmes, des ITC ? »
« Quelle attitude face à la suppression du soutien des prix des produits de 1ère nécessité, aux exigences du FMI, du retour en force des GPF et de leurs alliés, des vagues de licenciements en préparation ? »

L’identité du parti c’est aussi la réponse à des questions comme :
 

« Considérons-nous que la classe ouvrière moderne qu’il faudra définir continue à jouer un rôle important ou bien qu’elle a été corrompue et qu’il vaut mieux se tourner de façon prioritaire vers des couches moyennes ? »
« Considère-t-on que le capitalisme « amélioré » est un projet pour l’humanité ou bien ue le socialisme moderne reste la perspective ? »
« Sommes-nous pour la solidarité avec les peuples et leurs luttes légitimes ? »

Chers Camarades :

Ce débat doit considérer, sans ambigüité aucune que la déclaration « Nous ne sommes pas un parti communiste » n’engage que son auteur et ne saurait en aucun cas être assimilée à la « ligne du parti ». Si cette précision n’est pas apportée sous une forme ou une autre, il s’agira d’un faux débat, c’est-à-dire d’un débat qui aura pour objet de justifier le contenu des interviews.

Si cette précision n’est pas accompagnée aussi d’une auto-critique de son auteur ou du bureau politique si cet organisme est impliqué dans la préparation de ces interviews, cela signifie que chaque Camarade aura le droit d’exprimer publiquement dans la presse écrite parlée et télévisée son avis sur l’identité du parti et sur toute autre question, y compris en y apportant un point de vue contradictoire à celui qui a été formulé.

Ce débat concerne tous ceux et toutes celles qui ont contribué à édifier le PAGS qu’ils soient en son sein ou qu’ils l’aient quitté. C’est pourquoi je propose que le Comité Central lance un appel en direction de ceux et celles qui ont quitté le PAGS et leur dise : « Camarades, nous avons besoin de vous ! Que vous décidiez de rejoindre les rangs du parti ou non donnez votre avis sur son devenir qui vous concerne et concerne la société ! Aidez-le à sortir de ce moment difficile avec le moins de dégâts possibles ! »

Un tel débat rendra les Camarades, tous les camarades acteurs de la nécessaire adaptation de notre identité communiste en liaison avec les remarques et la participation des citoyens qui souvent regrettent notre abandon des luttes en tant que PAGS et qui formulent à leur façon la nécessité d’un PAGS davantage présent même s’ils nourrissent à son égard une certaine méfiance.

Un tel débat doit prendre en charge de façon créatrive, sans mimétisme et sans suivisme ni vis-à-vis de la pérestroïka ni vis-à-vis de qui que ce soit, les réalités mondiales nouvelles en mouvement ainsi que l’expérience des partis progressistes et communistes.

Ce problème identitaire ne concerne pas le seul PAGS. La crise du PAGS n’est pas propre à lui. Comme pratiquement tous les partis communistes et ouvriers, phénomène mondial, il reflète une phase historique nouvelle caractérisée par le reflux des forces et des idées communistes et progressistes à l’échelle mondiale.

Chers Camarades :

Ce débat peut déboucher si les Camarades le jugent nécessaire sur un congrès extraordinaire du parti qu’il faut préparer démocratiquement avec la contribution de tous. Seul le congrès est en effet habilité à modifier l’identité et les statuts du parti dont l’article 50 indique : « Les présents statuts sont adoptés par le congrès. Ils régissent les activités du parti jusqu’à la tenue du prochain congrès »

Chers Camarades :

Trouvons ensemble les solutions appropriées, toutes les solutions pour sortir notre parti bâti au prix de sacrifices inouïs du triste état dans lequel il se trouve comme le montre sans ambiguïté son état financier et organique.

Qu’on nous réponde :
 

« Combien y avait-il de Camarades organisés en Décembre 1990 et combien y en a-t-il aujourd’hui ? »
« Quel était l’état des finances il y a 9 mois et où en est-on aujourd’hui ? »

La réponse à ces deux questions apportera des clarifications importantes pour évaluer où nous étions et où nous en sommes en tenant compte de tous les changements et bouleversements à l’échelle mondiale.

Salutations militantes
Noureddine Zenine

 

Source : Socialgerie.net

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