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Publié par Saoudi Abdelaziz

« On aura constaté, dans la nuit du 15 au 16 juillet, que Washington, Paris, Londres et Berlin restaient extrêmement prudents dans leurs réactions et ne condamnaient pas violemment le coup d’Etat. L’inquiétude paraissait bien plus grande et sincère à Téhéran et à Moscou, deux pays qui ne sont pourtant pas membres de l’OTAN ». C’est ce qu’écrit Ramdane Mohand Achour dans « Spéculations autour d’un coup d’Etat manqué » son analyse sur Libre-Algérie. “tout cela profite à Erdogan” note L’analyste géopolitique Djordje Kuzmanovic sur Mediapart : « En conclusion, pour ma part il s’agit d’un faux coup d’Etat orchestré par Erdogan, l’AKP et les durs du régime ».

Spéculations autour d’un coup d’Etat manqué

Par Ramdane Mohand Achour Libre-Algérie

EXTRAIT

(…) Force est de constater, à l’issue de ce round up des différentes raisons ayant poussé des militaires turcs à tenter un coup d’Etat, que nous ne sommes pas plus avancés. On ne peut cependant ignorer totalement le contexte international et, plus particulièrement, régional dans lesquels baigne le pays. La diplomatie de l’AKP vient justement d’effectuer ces derniers jours un virage à 180° quant à sa position vis-à-vis de la Russie de Poutine auprès duquel Erdogan s’est platement excusé. Elle a surtout annoncé, par la voix de son nouveau Premier ministre, son intention de normaliser ses relations avec Bagdad et Damas, soit avec le régime de Bachar el Assad. Binali Yildirim a déclaré : « Nous avons normalisé nos relations avec la Russie et Israël. Je suis sûr que nous normaliserons aussi nos relations avec la Syrie. Pour que la lutte contre le terrorisme soit couronnée de succès, la stabilité doit revenir en Syrie et en Irak. »

Il est clair que ce revirement turc découle du danger que représente à ses yeux la montée en puissance des Forces démocratiques syriennes (FDS), un mouvement kurde syrien engagé dans la lutte contre Daech et soutenu par… les Etats-Unis ! Confrontés tous deux au « péril kurde », Ankara et Damas, mais également Bagdad et Téhéran ont pour la première fois un puissant mobile objectif commun pour se rapprocher. Cela ne peut satisfaire les grandes puissances occidentales et Israël qui poussent à l’éclatement des Etats de la région sur des bases purement ethniques.

On aura constaté, dans la nuit du 15 au 16 juillet, que Washington, Paris, Londres et Berlin restaient extrêmement prudents dans leurs réactions et ne condamnaient pas violemment le coup d’Etat. L’inquiétude paraissait bien plus grande et sincère à Téhéran et à Moscou, deux pays qui ne sont pourtant pas membres de l’OTAN. Le contraste est grand avec leur exigence post-coup d’Etat d’un traitement des putschistes selon les principes des droits de l’Homme. On imagine avec quelle fermeté les capitales occidentales auraient dénoncé un coup d’Etat en Jordanie, au Bahreïn, en Ukraine ou en Côte d’Ivoire…

Enfin, spéculation pour spéculation, rappelons que le 29 juin 1973 à Santiago du Chili, le général Carlos Prats, chef de l’armée chilienne, déjoua une tentative de coup d’Etat militaire. Nommé ministre de la Défense en août, il démissionnera quelques jours plus tard, car désavoué par de nombreux officiers supérieurs furieux de le voir intégrer le nouveau gouvernement Allende. Il proposera alors à ce dernier de le remplacer par un général réputé modéré connu sous le nom d’Augusto Pinochet. On connaît la suite. Pinochet prendra la tête d’un putsch qui renversera et tuera Allende le 13 septembre 1973 puis le général Pratt un an plus tard à Buenos Aires (Argentire) où il s’était exilé après le coup d’Etat. Le 29 juin n’avait été qu’une répétition.

L’été risque décidément d’être chaud sur notre planète.

 

Le coup d'Etat en Turquie a bien réussi

 Par Djordje Kuzmanovic, 16 juillet 2016 Mediapart

 

Comme on l’annonce partout, hier la Turquie a vécu un coup d’Etat. Comme on l’annonce; le coup d’Etat a avorté et l’ordre constitutionnel est revenu. La réalité est peut-être toute autre et Erdogan avance dans son projet de modification constitutionnelle en sa faveur.

Après observation des événements survenus en Turquie hier soir 15 juillet et les avoir recoupés avec des informations glanées ici et là je vous soumets quelques éléments d’analyse à chaud et une conclusion qui en découle :

Le coup d’Etat a été très court – factuellement moins de 6 heures. Durant le coup d’Etat, aucun responsable politique du régime d’Erdogan ni aucun chef de la police n’a été arrêté par les putschistes. Seul a été arrêté le commandant en chef de l’armée. Un seul coup (missile lancé d’un avion) a été tiré sur le lieu supposé où se serait trouvé Erdogan. Les chars n’étaient pas appuyé par une infanterie conséquente et de facto ne représentent presque aucune menace en ville. Les militaires ont peu de pertes (2 morts apparemment de leur côté – 47 du côté des forces spéciales). Ils ont globalement très peu combattu et se sont rendus très vite. La « population » est descendue dans la rue spontanément en pleine nuit pour défendre le régime.

Depuis trois jours, les ambassades de France, des Etats-Unis, du Royaume-Uni sont fermées ou au ralenti. Sans que cela ait été justifié.

Déjà dans la nuit, la police – fidèle au régime – arrêtait des militaires (près de 3000 pour le moment). 5 généraux d’importance et 29 officiers supérieurs qui comptent ont également été arrêtés.

A 15h aujourd’hui, les divers responsables des partis politiques de Turquie passeront les uns à la suite des autres pour dénoncer le coup d’Etat et appuyer Erdogan et la « démocratie ». Toute contestation ou formulation de doute à ce moment sera bien entendu très dangereuse (Erdogan a plusieurs dois été près de lever l’immunité parlementaire des députés, en particulier ceux du HDP).

Bref, pour un coup d’Etat, en particulier de la très sérieuse armée turque, il ni fait ni à faire. Pour le moins, c’est un coup d’Etat mal préparé et frappé d’amateurisme.

La base en ce domaine est de décapiter la tête du régime que l’on veut renverser. En général, avant de sortir les chars et les avions (et de se faire repérer), avec les conjurés les plus fidèles, les putschistes tentent d’arrêter un maximum de ministres, de décideurs, de commandants militaire et de police que l’on sait fidèle au régime.

Depuis ce matin, les communiqués de soutien pleuvent du monde entier en appui à Erdogan : « la démocratie est sauvée », préservation de l’ordre constitutionnel », « le chaos est évité dans la région », etc.

Mon analyse à chaud est que tout cela profite à Erdogan :

Il élimine la tête d’une armée traditionnellement kémaliste, qui ne lui est pas acquise et qui a laisser paraître cette année des velléités d’autonomie par rapport au régime en particulier depuis l’affaiblissement d’Erdogan sur la scène internationale. Il met au pas l’opposition interne dans un contexte de vives tensions intérieurs (sociales, économiques, politiques et même de guerre civile avec les Kurdes). Il redore son blason au niveau international et s’offre à bon compte une image de défenseur de la démocratie (c’est mieux que celle de dictateur en herbe,  d’associé de Daesh ou d’instigateur d’une guerre civile avec les Kurdes).

En conclusion, pour ma part il s’agit d’un faux coup d’Etat orchestré par Erdogan, l’AKP et les durs du régime.

Cela lui permettra de relancer son projet de modification constitutionnelle telle qu’il le rêve depuis longtemps mais ne parvient pas à réaliser en raison des résultats électoraux du HDP lors des deux scrutins législatifs.

Avoir relancé la guerre civile avec les Kurdes depuis l’attentat de Suruc n’aura pas suffit. Erdogan devrait maintenant pouvoir faire suffisamment pression et trouver le nombre de voix manquantes à son projet tout en continuant sa guerre contre les Kurdes au risque de destabiliser encore un peu plus la région.

En fait, un putsch a bien eu lieu hier en Turquie... et il a réussi

 

 

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