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Publié par Saoudi Abdelaziz

C'est ce qu’on peut lire dans une contribution publiée ce matin dans El Watan. Son auteur un professeur-chercheur qui signe M.B. conclut : « A l’échelle mondiale, les cartes du «gâteau» solaire ne sont pas totalement distribuées et il y a encore de la place pour les plus audacieux. Aujourd’hui, l’Algérie se trouve de nouveau à la croisée des chemins sur les choix à effectuer, choix qui auront d’immenses répercussions sur les générations futures. Il est fondamental que ces choix ne se fassent pas par un cercle restreint sans vision à moyen et long termes. Le pays doit solidement se repositionner pour obtenir un transfert de technologie, quitte à sortir des sentiers battus ».

 

Quelle politique énergétique pour l’Algérie ?

Par M. B. Professeur-chercheur, 5 juillet 2016

Depuis plusieurs années, la presse se fait régulièrement l’écho de la disponibilité de la Russie et d’autres pays à vendre à l’Algérie une centrale nucléaire. Le Premier ministre, A. Sellal, s’est rendu en Russie fin avril et on ne sait pas si le nucléaire figurait dans l’ordre du jour de ses discussions.

Il est important de raffermir les relations avec ce grand pays qu’est la Russie, fiable et ami de longue date et qui s’apprête à lancer cette année la première centrale nucléaire flottante au monde, une avenue qui peut présenter bien des perspectives, y compris pour le dessalement de l’eau de mer. Mais, pour le nucléaire, ce n’est pas opportun pour l’Algérie de se faire construire une centrale pour la production d’électricité car, que ce soit sur mer ou sur terre, cette filière n’est clairement pas à l’avantage du pays. Elle le serait probablement encore beaucoup moins si on se projette sur l’avenir.

Prêchant parfois le faux pour avoir le vrai, la presse ne se pose cependant pas la pertinente question de savoir qui est davantage demandeur dans ce dossier : l’acheteur ou le vendeur ?

Il faut savoir que la Russie n’est certainement pas le seul pays qui souhaite vendre sa technologie nucléaire pour produire de l’électricité. La France de Sarkozy a vainement proposé à presque tous les pays de la région MENA (Middle East & North Africa, Moyen-Orient et Afrique du Nord) son dernier réacteur de 1600 MW de type à eau pressurisée EPR, dit de 3e génération. La Chine, qui s’est fait construire ses centrales au cours de ces deux dernières décennies par les Américains (Westinghouse, AP1000), les Russes (Atomstroîexport, VVR-1000), les Canadiens (CANDU) et les Français (Areva, EPR-1600) a entre-temps développé son propre modèle HPR-1000 qu’elle s’apprête à commercialiser à grande échelle, y compris en Afrique (Kenya, Afrique du Sud). En Algérie, la Chine a déjà pris pied et date puisqu’elle a secrètement livrée au pays, à la fin des années 1980, un mini-réacteur de 15 MW (1% de la puissance d’un EPR typique), installé sur le site de Aïn Oussara. Au demeurant, le secret qui a entouré cette acquisition a davantage desservi le pays que réellement servi : on ne cache pas sur terre aux grandes puissances ce qu’elles peuvent voir du ciel avec leurs satellites à résolution prodigieuse.

Apprentis sorciers

Il faut dire que l’histoire du développement du nucléaire en Algérie est quelque peu à l’image du développement du pays : une histoire de rendez-vous ratés et de décisions irréfléchies. Dès l’indépendance, le pays aurait pu utiliser à meilleur escient l’infrastructure léguée par la puissance coloniale, ce qui ne fut pas le cas, faute de connaissances et de ressources humaines. Par contre, le choix fait à la fin des années 1970, début des années 1980 de collaborer avec l’Argentine dans le cadre du nouveau paradigme Coopération Sud-Sud est, dans le meilleur des cas, un fiasco. La coopération nucléaire algéro-argentine a été initiée par des apprentis sorciers qui, sous d’autres cieux, auraient été probablement jugés pour crime économique, sans compter les dommages collatéraux et le fait de tourner en rond durant des décennies. Quel transfert de technologie peut-on obtenir d’un pays qui n’a pas de maîtrise de la filière nucléaire et qui s’est fait construire ses deux uniques réacteurs par le Canada et l’Allemagne mais qui, aujourd’hui, se tourne vers la Chine à cause du financement garanti ?

Il est vrai que l’Argentine a entre-temps refilé à l’Algérie un vieux mini-réacteur installé à Draria et pompeusement baptisé Nour, alors qu’aucune lumière ne peut en jaillir pour illuminer la commune rurale de Kadous. Au demeurant, ce réacteur est davantage un joujou universitaire de 1 MW, destiné à apprendre à faire des travaux pratiques répétitifs et aucunement à produire de l’électricité industrielle et encore moins de l’uranium enrichi.
 

Le nucléaire ? Un choix par défaut

Si les défenseurs du nucléaire peuvent avancer, avec raison, que l’Algérie doit rechercher un mix énergétique en ne mettant pas tous ses œufs dans le même panier, il est encore plus pragmatique de s’assurer de mettre ses œufs dans son propre panier et non dans ceux des amis ou des concubins. Tous les pays qui ont développé la filière nucléaire l’ont fait pour des raisons d’indépendance énergétique, faute d’autres alternatives viables. Sous le titre quelque peu racoleur de «Nucléaire : ce qui fait courir Sarkozy», le journal El Watan du 10 et 11 août 2008 a produit une analyse technique exhaustive de la situation du nucléaire à travers le monde. Les conclusions tirées près d’une décennie en arrière sont encore valides aujourd’hui et l’article est disponible en ligne. Pour l’Algérie, la filière nucléaire n’aura pas de retombées positives en termes de stratégie, de développement et de retombées économiques. On ne peut se permettre de générer de l’électricité nucléaire à plus de 30-35 DA/kWh, alors que Sonelgaz la vend à moins de 5 DA/kWh ! Halte à la gabegie annoncée.

Par contre, le pays doit promouvoir la maîtrise et le recours aux techniques nucléaires dans diverses applications, comme améliorer la santé animale (vaccins irradiés pour protéger le bétail, diagnostic précoce et rapide des maladies animales, traçage et surveillance des maladies), l’imagerie médicale et la radiothérapie, les nouveaux radionucléides et radiopharmaceutiques, comprendre le cycle de l’eau et les changements de l’environnement marin à l’aide des techniques nucléaires…
 

Soleil à l’horizon

A contrario, dans le domaine solaire (photovoltaïque et concentrateurs solaires), il y a un alignement des astres : le prix des cellules a été divisé par deux ces cinq dernières années, et cette filière n’aura bientôt plus besoin de subvention. La croissance de cette filière est phénoménale, de sorte que les cibles de l’Algérie, qui paraissaient ambitieuses il y a cinq ans, sont désormais modestes aujourd’hui. C’est la Chine qui projette de devenir la  nouvelle Mecque du solaire dont elle fabrique des panneaux à des prix bas qu’on ne pensait pas atteindre avant 2020. D’ailleurs, ce pays est celui qui a installé le plus de panneaux solaires ces deux dernières années : il a déjà chez lui une puissance de 40 GW et prévoit 210 GW dans cinq ans et 2300 GW en 2050.
Khelil pollue l’énergie

L’actualité énergétique algérienne est quelque peu polluée par le retour au pays de l’ex-ministre de l’Energie (1999-2010), contre qui le mandat d’arrêt international lancé en 2013 a été annulé pour vice de procédure. La justice du pays, instrument aux ordres du pouvoir en place, est pour l’instant mise en veilleuse, malgré l’hostilité d’une opinion publique ébahie et exaspérée par l’arrogance et l’impunité des puissants de l’heure.
Selon différents propos reconstitués de Y. Yousfi, nommé ministre de l’Energie en 2010, Sonatrach a pris, au cours de la première décennie du présent siècle, un retard énorme en matière de «formation des cadres de haut niveau, l’acquisition de nouvelles technologies et en engineering… l’exploration et les techniques du forage, le transport, la pétrochimie… le raffinage des hydrocarbures», au point que l’Algérie est devenue un grand importateur de produits raffinés. Ce constat a été dressé pour la période où l’ex-ministre Khelil était le responsable omnipotent du secteur de l’Energie.

Bien plus, il a même cumulé jusqu’en 2003 le poste de ministre de l’Energie simultanément avec la fonction de PDG de Sonatrach.

Quand il se décida à proposer un nouveau PDG, il eut même l’idée machiavélique de placer un homme (D. Khène) atteint d’un cancer avancé et qui passait la majeure partie de son temps en chimiothérapie, ce qui donnait les coudées franches à l’ex-ministre et son entourage d’affaires pour mener des opérations douteuses.

Même s’il faut convenir que la gestion de Sonatrach n’a jamais été un exemple de transparence, sous l’ère Khelil, l’opacité a atteint son paroxysme. Incontestablement, c’est le pire ministre, non seulement en termes d’opacité de gestion et de concentration des pouvoirs, mais aussi de dilapidation des biens publics… en attendant que la justice se prononce sur la multitude d’affaires.  
Escroquerie intellectuelle et morale

Le réquisitoire de la gestion de l’ex-ministre Khelil par son successeur s’est fait, alors que ce dernier était ministre de l’Energie d’un gouvernement dont les deux principaux partis sont le FLN et le RND. Cela enlève tout crédit aux propos du couple luciférien Saadani-Ouyahia, ainsi que ceux de tous les laudateurs qui mettent en avant les compétences de C. Khelil.
Sur quelle base peut-il prétendre : «Je suis toujours le meilleur des ministres», lui qui est arrivé avec des valises contenant une loi sur les hydrocarbures qui faisait la part belle aux multinationales étrangères et qui a dû être retirée en catimini devant la levée des boucliers. Sur quelle base peut-il prétendre : «Je suis toujours le meilleur des ministres», lui dont le credo principal de la politique énergétique était de pomper le maximum de barils, comme si ce pétrole allait s’échapper si jamais il était extrait après son règne, ce qui est proche d’une sorte de politique de terre brûlée. Sur quelle base peut-il prétendre :

«Je suis toujours le meilleur des ministres», lui dont le règne était synonyme de délestage, alors que sa seule hantise était d’ouvrir le secteur électrique à la concurrence, quitte à mettre la charrue avant les bœufs. Son affirmation et celles de ses flagorneurs d’être le meilleur est une véritable escroquerie intellectuelle et morale (...)

Conclusion

L’Algérie ne peut plus se permettre l’économie d’un débat technique et socioéconomique sur le futur énergétique du pays car les options à retenir doivent être avant tout le résultat d’une vision éclairée, où toutes les options doivent être passées au peigne fin. La fin de l’aisance financière peut servir comme déclic pour arrêter de jouer aux apprentis sorciers car un ministre n’a pas de baguette magique et, quel que soit son nom, est surtout tributaire de la situation mondiale de l’énergie.

Or, le monde de l’énergie va connaître des changements fondamentaux sans commune comparaison avec tout ce qu’on a connu ces sept dernières décennies. Au cours de la décennie à venir, un nouveau monde de l’énergie sera réinventé, avec une nette reconfiguration de la carte et des alliances. Il faut être plus que myope pour ne pas voir la véritable révolution solaire en cours de gestation. Conjuguée avec le gaz comme «meilleur ami des énergies renouvelables» cela donne au pays bien des atouts à faire valoir pour promouvoir davantage les sources d’énergie les plus prometteuses et qui présentent le plus de perspectives en termes de rentabilité, de positionnement stratégique, de création de richesses et d’emplois.
A l’échelle mondiale, les cartes du «gâteau» solaire ne sont pas totalement distribuées et il y a encore de la place pour les plus audacieux. Aujourd’hui, l’Algérie se trouve de nouveau à la croisée des chemins sur les choix à effectuer, choix qui auront d’immenses répercussions sur les générations futures. Il est fondamental que ces choix ne se fassent pas par un cercle restreint sans vision à moyen et long termes. Le pays doit solidement se repositionner pour obtenir un transfert de technologie, quitte à sortir des sentiers battus.

 

Source : El Watan

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