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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Kamel Daoud 8 juillet 2016*

Penser l’Autre ou l’enjamber ? L’enterrer comme Abel et Caïn ou le convertir comme Crusoé ? A l’infini, la variation sur la rencontre avec l’Autre et qu’en faire.

Effet de loupe sur le cas algérien : avant-hier, un tag lu à la porte du Tribunal d’Oran : « Les handicapés sont oubliés », écrit soigneusement sur le mur. C’était écrit sur le côté, en haut d’un escalier. Le message était répété dans d’autres endroits d’ailleurs. Administrations et services publics construits sans avoir pris en compte le détail des administrés à mobilité réduite.

Les ministres qui inaugurent ne le font jamais en chaises roulantes ou en béquilles. Ni les architectes ni les donneurs d’ordre des marchés. Donc, on construit sans « penser à l’Autre ». Cette idée de l’Autre qui n’existe pas et auquel on ne pense pas se décline en mille variantes : dans la manière de stationner, de construire, de jeter ses poubelles, d’utiliser une perceuse le soir. Rupture du lien du vivre-ensemble, de l’humain ou de la proximité ou de l’Altérité.

Une telle amplification se justifie-t-elle à partir du simple cas d’escalier d’un tribunal inaccessible pour les gens à mobilité réduite ? Oui. C’est le nœud de soi et des siens.

A Oran toujours, le siège de la nouvelle Daïra a ébahi : beau, excentré, propre et neuf. On y a juste oublié, pour longtemps durant la conception et la construction, le parking de voitures et une passerelle pour les piétons. Vision autiste du développement : on a pensé à l’Administration, pas à l’Administré ou seulement dans le virtuel.

On peut continuer longtemps cette enquête sur l’altération de l’altérité. Elle se décline comme un effet national : cela va des exemples cités à la rupture du vivre-ensemble. Sans fin.

On ne peut vivre avec l’Autre que lorsqu’on le rencontre et qu’on y voit sa limite et sa fortune. Si ce n’est pas le cas, seules les frontières fermées peuvent nous réunir.

Brutale formule ? Oui, cela réveille sur ce drame intime d’être algérien.

*Texte publié le 16 mars 2016

Source : Impact24

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Christian Milz 07/12/2016 16:12

Le meurtre d’un Algérien commis par Meursault et le procès qui s‘ensuivit soulevèrent des questions qui n’ont toujours pas trouvé de réponses aujourd’hui ; et ceci, en dépit du fait qu’il s’agit d’un dossier criminel et que la littérature grouille de polars en tous genres. Pourquoi ne pas confier le cas Meursault à un détective ? C’est exactement ce que cet essai se propose de faire. Et le résultat en est aussi stupéfiant que spectaculaire. https://www.amazon.fr/dp/B016UZ3AAU