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Publié par Saoudi Abdelaziz

C'était en juin 2015

"Ça fuite de partout !" s'écriait le blogueur Marocain Mohamed Benarbia. "Trêve de plaisanterie" lance-t-il.  "Ce phénomène de la triche est en passe de prendre des proportions démesurées. Au fait, c’est plus qu’un phénomène. Il s’agit d’une culture. Quand on graisse la patte pour trouver un emploi ou pour ravir une promotion. Quand on achète des voix pour se faire élire.
Quand on use de vils stratagèmes pour se voir parachuté haut responsable et même ministre.
Quand on orchestre toute une campagne autour d’un tissu de mensonges, promettant monts et merveilles pour se rétracter aussitôt l’objectif du siège atteint.

 

Et surtout, surtout quand on porte l’habit du moine, que l’on se présente comme modèle d’intégrité et l’exemple même de la droiture, avant que le faux dévot qui les habite ne reprenne le dessus … Faut-il vraiment en vouloir à ces apprentis tricheurs qui essaiment nos écoles, collèges, lycées et facultés ?"

"L'idéologie "dominante" en Algérie est celle de la "Qfaza", la débrouille, qui est devenue l'anti-thèse absolue du travail" notait le même jour, comme en écho, Mohamed Saadoune son confrère algérien qui écrit notamment : "À force de décourager l'effort, on a fini par créer le sentiment généralisé que le diplôme est un "droit" et non pas la sanction positive d'un effort validé par une institution. Mais, il faut le rappeler, gagner par la ruse et la triche n'est pas l'apanage des candidats au baccalauréat, c'est devenu un sport national dans le cadre d'un système qui dévalorise, jusqu'à l'absurde, le travail et l'effort".

L'un comme l'autre semblent laissé penser qu'il s'agit d'une maladie propre à nos deux pays.

Pourtant. « La société néolibérale fabrique des imposteurs » dit Roland Gori psychanalyste et professeur de psychopathologie clinique à l’Université Aix-Marseille. Il diagnostique :

"Les imposteurs sont des éponges vivantes qui absorbent les rituels, les opinions, les valeurs de la comédie sociale de leur époque. Aujourd’hui, nous avons des imposteurs qui ressemblent à notre société. C’est celui qui va un peu traficoter au niveau des chiffres, un peu magouiller au niveau des dossiers administratifs pour répondre aux exigences formelles des normes et des procédures.

"Ainsi, des tas de petites impostures sont inséparables des méthodes d’évaluation et de la manière dont on va doter une activité d’une valeur. Aujourd’hui, l’évaluation étant le cheval de Troie de la logique de marché, l’on fabrique des faux comptables et une pensée extrêmement simplifiée.

"Si ce qui compte, c’est la popularité et la réputation, plus que la vérité et la vertu, à partir de là les gens se débrouillent comme les Etats d’ailleurs".

Quels antidotes à cette imposture ?
"L’imposture est une tentative pour s’adapter aux exigences d’un environnement qui vous oblige à vivre au dessus de vos moyens. C’est le mensonge, la tricherie, le cynisme. La solution c’est de redonner au politique toute sa place, sa substance, sa spécificité.

"C’est de produire des occasions citoyennes de se réapproprier une démocratie confisquée par la technocratie. C’est évidemment le débat citoyen. C’est le courage politique. Et c’est surtout de redonner toute sa place à la culture dans la formation de l’humanité et des sociétés."

 

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