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Publié par Saoudi Abdelaziz

16 juin 2016

Fernand : en ce dimanche 10 mai 1998, on enterre une vieille dame à Arcueil, dans la banlieue parisienne. Elle emporte dans sa tombe le portrait d’un homme, l’homme de sa vie, l’époux dont elle est la veuve depuis plus de quarante ans. Elle s’appelle Hélène Iveton. Son mari s’appelait Fernand.

Hélène Iveton

Hélène Iveton

Fernand Iveton, membre du Parti communiste algérien, membre du FLN, prend fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie. En novembre 1956, il décide de mener une opération de sabotage dans l’usine à gaz qui l’emploie. Il installe une charge explosive dans un tuyau et relie cette charge à une minuterie. L’explosion est prévue à une heure où l’usine est déserte. Toutes les précautions sont donc prises pour qu’il n’y ait pas de victimes, simplement des dégâts matériels. La bombe fait long feu. Il n’y a aucun dégât. Fernand est arrêté, torturé, et condamné à mort. René Coty, alors président de la République, rejette le recours en grâce introduit par l’avocat communiste Joé Nordmann, à qui il raconte une étrange anecdote. En 1917, pendant la Première Guerre Mondiale, alors jeune officier, René Coty assiste à l’exécution de deux jeunes soldats français condamnés pour mutinerie. Ils avaient participé à un mouvement de désobéissance pour protester contre la stratégie de l’état-major qui avait occasionné une effrayante boucherie. Il s’approche de l’un des soldats et lui dit : «Toi aussi, mon petit, tu meurs pour la France.» Coty considérait-il que, d’une certaine manière, Fernand Iveton devait mourir pour la France ? Peut-être se dit-il que la cause colonialiste n’est pas forcément la bonne et que le supplice d’Iveton serait de nature à racheter en partie la faute de la France … Toujours est-il que le 11 février 1957, il est guillotiné à Alger, dans la cour de la prison Barberousse, en compagnie de deux de ses compagnons d’armes, Mohamed Ouennouri et Mohamed Lakhneche. Les trois camarades s’embrassent et meurent en ayant eu le temps de crier : Vive l’Algérie !

Annie Fiorio-Steiner, pied-noir, militante du FLN, prisonnière politique de la France coloniale, leur dédie ce poème :

Ce matin ils ont osé

C’était un matin clair

Aussi doux que les autres

Où vous aviez envie

De vivre et de chanter.

Vivre était votre droit

Vous l’avez refusé

Pour que par votre sang

D’autres soient libérés.

Que vive votre idéal

Et vos sangs entremêlés

Pour que demain ils n’osent plus

Ils n’osent plus

Nous assassiner.

 

Ahmed : Ahmed Zahana, plus connu sous le nom de Zabana, est un militant indépendantiste algérien. Jeune «indigène», passionné de football, il est titulaire du certificat d’études primaires, diplôme qui constitue l’horizon unique et indépassable pour l’écrasante majorité des Algériens.

Ses activités politiques de militant du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques de Messali Hadj, parti auquel il a adhéré en 1949, le conduisent en prison pour un premier séjour de trois ans. Une fois libéré, il retrouve l’activisme politique et s’engage dans la lutte armée en participant au déclenchement de la guerre de libération, le 1er novembre 1954. Il est capturé par l’armée française le 8 novembre de la même année. Blessé au cours de l’accrochage, il est d’abord conduit à l’école communale du village d’El Gaada, près de Sig. Monsieur Casé, instituteur pied-noir, désigne le blessé et ses compagnons à ses élèves en leur disant : «Voilà ce qui vous arrivera si vous suivez les rebelles.» Ahmed Zabana est incarcéré à la prison d'Oran le 3 mai 1955. Après une parodie de justice, il est condamné à mort. Le 19 juin1956, il est transféré à la sinistre prison Barberousse, sur les hauteurs d’Alger pour y être guillotiné, à la grande joie des ultras de l’Algérie française. Il est ainsi le premier condamné depuis le déclenchement de la Guerre de libération à monter sur l’échafaud. La guillotine qui servit à son exécution est au musée central de l’Armée.

Avant son exécution, il adresse cette lettre à sa famille :

Mes chers parents, ma chère mère,

Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu’il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin, et la mort pour la patrie n’est qu’un devoir. Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l’être le plus cher pour vous. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi.

Enfin, recevez les salutations d’un fils et d’un frère qui vous a toujours aimés et que vous avez toujours aimé. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu’à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheïra, Salah, Dinya et à toi, mon cher frère Abdelkader ainsi qu’à tous ceux qui partageront votre peine.

Allah est Le Plus-Grand et il est seul à être équitable.

Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur.

Hmida (surnom affectueux d’Ahmed Zabana).

Source : La Tribune-dz

 

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