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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Mediapart titrait hier soir à la fin de la manifestation nationale à Paris: "Déjouant les pronostics, un raz-de-marée contre la loi travail". Il précise : "C’est la plus forte mobilisation depuis le début du mouvement, cortège autonome compris". Qui sont ces "autonomes"? Un vaste opération médiatique s'appuyant sur une note de la direction générale de la sécurité intérieur (DGSI), avait été engagée début juin 2016 pour "discréditer" le mouvement Nuit Debout et les manifestations contre la loi Khomry. Elle met en cause Julien Coupat et ses amis qui continuent les réflexions du penseur français Guy Debord. Ainsi, on pouvait lire sur Le quotidien Le Figaro du 2 juin : "Selon les services de renseignement, Coupat et ses camarades ne se contenteraient pas de participer aux violences, mais fomenteraient carrément la révolution: «À la pointe du combat insurrectionnel, le réseau affinitaire Coupat organise des réunions clandestines visant à mettre sur pied un mouvement révolutionnaire, échafaudant des activités visant à affaiblir les institutions étatiques.» La note de la DGSI évoque même «une véritable stratégie de tension» qui serait mise en œuvre par les amis de Coupat".

Qui sont ces supposés stratèges d'une supposé tension ? le 13 juin 2016 Médiapart a interrogé Julien Coupat et son camarade Mathieu Burnel. Il titre : "  Julien Coupat: «La loi travail est l'affront qui fait monter au front».

Quelques extraits des réponses des deux amis aux questions de Mediapart.

D'emblée, à propos du rapport de la DGSI :

"Il semble que les policiers soient les seuls à ne pas s'aviser du ridicule de leurs constructions, et que ce sont des gens armés, nombreux, organisés, une bureaucratie qui a tout de même les moyens de ses délires. Le désir de nous anéantir qui suinte à chaque ligne de leurs rapports, et ce depuis bientôt dix ans, finit tout de même par avoir quelque chose de pesant. Il s'agit, comme toujours avec l'antiterrorisme, d'intimider et en l'espèce, de nous intimider. Caramba ! Encore raté ! Ce nouveau rapport a fait rire tout le monde".

Pour commencer, il faut se défaire de l'idée que nous serions face à un « mouvement social ». Ce qui se passe dans le pays depuis trois mois n'a pas l'aspect, massif en apparence, mais indécis en réalité, de ce que l'on connaît en France, depuis des lustres, sous le nom inoffensif de « mouvement social ». Encore moins s'agit-il d'un « mouvement social contre la loi Travaille ! ». La loi « Travaille ! » n'est que la loi de trop, l'affront qui fait monter au front.

Le refus qui s'exprime là est autrement plus large que le refus d'une loi ; c'est le rejet de toute une façon d'être gouverné, et peut-être même, pour certains, le refus pur et simple d'être encore gouverné. C'est toute la politique, de droite comme de gauche, qui fait l'effet d'un spectacle oscillant entre le pathétique et l'obscène. Le désir général est que cette mauvaise pièce prenne fin, et d'enfin tenter de se saisir des enjeux d'une époque cruciale et terrible à la fois.

Nous sommes dans un navire qui fonce tout droit vers un iceberg et où l'on ne veut parler que de la robe de telle ou telle comtesse en ce beau soir de bal. En toutes choses, les appareils gouvernementaux ont fait la preuve de leur impuissance. Il ne nous reste plus que l'insurrection, c'est-à-dire à apprendre à faire sans eux.

Ce qui prend la forme extérieure d'un « mouvement social » au sujet d'une loi particulière est plutôt l'entrée dans une phase politique de plateau, d'intensité haute, qui n'a aucune raison de cesser jusqu'à la présidentielle, si celle-ci a finalement bien lieu, qui a même plutôt toutes les raisons de continuer, de se métamorphoser, de se déplacer, d'investir sans cesse de nouveaux fronts. On n'imagine pas, par exemple, que le Parti socialiste puisse tenir tranquillement sa prochaine université d'été fin août à Nantes. 

Ce qui s'est véritablement passé ces derniers mois, ce sont d'innombrables commencements, comme autant de rencontres fortuites mais décisives entre des syndicalistes sincères, des étudiants amateurs de banderoles renforcées, des lycéens sans illusion sur l'avenir qui leur est promis, des salariés fatigués de la vie qu'ils endurent, etc. Partout dans le pays, des forces autonomes se sont agrégées et continuent de s'agréger. Un pouvoir qui n'a plus une once de légitimité trouvera face à lui, à chaque nouveau pas qu'il fera, la volonté opiniâtre de le faire chuter et de l'écraser. Il y a là une rage et une détermination qui ne sont pas « de gauche ».

Tout ce que l'on peut souhaiter de meilleur aux forces autonomes qui se sont agrégées ces derniers mois, c'est qu'elles aillent à la rencontre les unes des autres et forment un tissu de réalité toujours plus profond, plus intense et plus étranger au spectacle politique, qu'il y ait un décrochage général entre un discours public de plus en plus vain et extraterrestre et des processus locaux d'organisation, de pensée, de rencontre et de lutte de plus en plus denses. Le niveau de discrédit de la politique est tel dans le pays qu'un tel processus paraît imaginable. Nous l'avons appelé « destituant » en ce que, par sa simple existence et par ses interventions ponctuelles, il ruinerait pas à pas la faculté du gouvernement à gouverner. Cette mise en échec des stratégies gouvernementales successives, ramenées à de minuscules avortons de gestes, n'est-ce pas de cela que nous sommes témoins depuis plus de trois mois ?

 

Ce qui fait défaut aux mobilisations en cours est de nature affirmative. Nous n'arriverons pas à transpercer l'obstacle qui nous fait face tant que nous ne viserons pas au-delà, tant que nous ne discernerons pas, ne fût-ce que par une image, les contours du monde que nous désirons, un monde qui laisse place à toutes sortes de mondes. Nous lisons dans À nos amis :

« Ce n'est pas la faiblesse des luttes qui explique l'évanouissement de toute perspective révolutionnaire ; c'est l'absence de perspective révolutionnaire crédible qui explique la faiblesse des luttes. Obsédés que nous sommes par une idée politique de la révolution, nous avons négligé sa dimension technique. Une perspective révolutionnaire ne porte plus sur la réorganisation institutionnelle de la société, mais sur la configuration technique des mondes. »

Cela nous semble plus juste que jamais. En fait de campagne électorale, c'est peut-être de cela que nous devrions discuter, dans chaque quartier, dans chaque ville, dans chaque campagne, dans l'année qui vient. L'humanité et la terre sont en piteux état. Partout, les êtres se construisent sur des failles narcissiques gigantesques. Même les esprits les plus modérés se sont faits à l'idée que nous n'allons pas pouvoir continuer à vivre ainsi. Nous sommes arrivés à une extrémité de la civilisation. Un bouleversement est nécessaire. Nous n'y couperons pas. Et ce bouleversement ne sera pas seulement social, il sera d'abord existentiel.

La vie sociale actuelle recouvre de son vernis des profondeurs d'angoisse, des terreurs parfaitement palpables. Paradoxalement, c'est en nous abîmant en nous-mêmes, en nous laissant tomber que nous retrouverons le monde, le monde commun. Et non dans une socialisation plus accomplie de la société. Ce qu'il y a d'inévitablement superficiel dans tout discours politique, le condamne aux oreilles de nos contemporains.

Le « blocage total » se fera lorsqu'il n'éveillera plus le « spectre de la pénurie », lorsque l'angoisse économique du manque ne pourra plus servir d'épouvantail entre les mains des gouvernants, lorsque nous nous sentirons liés en vérité. On n'a jamais vu des millions de personnes se laisser mourir de faim, a fortiori des millions de personnes ayant lutté ensemble.

Alors, nous percevrons dans la mise à l'arrêt de l'organisation économique du monde non plus une menace, mais l'occasion enfin offerte de trouver d'autres manières de faire, d'accéder à une vie nouvelle, plus vivante, plus éclatante, enfin puissante. Cette sérénité-là, c'est elle, le « coup fatal ». 

Source : Mediapart

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kylie 16/06/2016 13:50

au faite on est entrain de payer les impôts de la civilisation