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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Le problème n'est plus dans un ou quelques membres de la "maison du pouvoir". Le problème est dans cette "maison" qui entrave depuis des décennies l'élan de l'Algérie, l'empêche d'aller vers l'Etat de droit, la démocratie, le droit des citoyens à faire et défaire les gouvernements, la reddition des comptes de ceux qui exercent des responsabilités."

Les journalistes algériens n'identifient pas le pouvoir réel

Par Saoudi Abdelaziz, 29 mai 2016

Pendant la présidence de Boumediene, les Algériens savait au moins précisément qui détenait le pouvoir. Depuis le Chadlisme, tout se mélange. Bouteflika a tenté une réhabilitation du régime présidentiel. Depuis sa maladie et la réorganisation de l'automne dernier au centre du système, les supputations sur l'identité du pouvoir réel se multiplient. Les Algériens politisés ordinaires de leur côté savent que quelque soit les détenteurs du pouvoir, le peuple décrété "souverain" par la constitution est quotidiennement exclu par ceux d'en haut du droit de regard sur les choses importantes,

Ligne rouge au CPP.

En tout cas, les journalistes politiques ne semblent pas en savoir plus que les gens d'en bas. Ils était trois autour de Souhila Benali, jeudi dernier au café presse politique de Maghreb émergent. La corruption était le sujet du jour. Après le tour d'horizon des dernières révélations et de l'intrication de la corruption avec la classe politique, ils ont  épilogué sur l'absence de répression de ce cancer qui ronge les institutions. Si elle ne sont pas suivies de l'intervention des procureurs et de juges, les révélations ne servent qu'à "démolir le moral des Algériens", dira l'un des trois journalistes. "L'intervention des juges est souhaitable mais c'est une fiction", rétorque le deuxième. L'essence de l'Etat étant l'application de la loi explique-t-il, on ne peut parler que de "pouvoir de fait" en Algérie et non d'Etat de droit. Moment très intéressant, car le premier intervenant reprend la balle et s'interroge sur la nature de ce "pouvoir de fait". Qui est le "chef d'orchestre", depuis que Tewfik est parti... commence-t-il... Mais très vite, ce sujet délicat est abandonné. Ligne rouge? "Le pouvoir de fait" n'a pas été identifié jeudi dernier.

Chawki Amari le chroniqueur d'El Watan, prend ce matin la plume pour revenir sur ce même sujet. Sous le titre "La persistance du côté obscur de la force", emprunté à la saga de la Guerre des Etoiles il écrit : "Comment s’appelle cette force ? Elle n’a pas de nom, mais elle est la photocopie de celle dont elle a pris la place, le DRS, qui, malgré sa prérogative judiciaire, n’a poursuivi aucun haut responsable pour corruption et n’a jamais interdit l’accès à de hautes fonctions de personnalités suspectes, voleurs, traîtres et fils de traîtres. Préférant harceler les journalistes, opposants, syndicalistes, militants des droits de l’homme ou des droits en général. Une force qui fait la loi là où la loi devrait être la force au service d’un régime, là où elle devrait servir l’Etat".

On n'en saura pas plus. Force anonyme donc. Le mystère s'épaissit. Cette opacité renforcée autour du centre ressemble à l'opération de la succulente sèche qui jette un épais brouillard d'encre lorsqu'elle se sent menacée. Le service de brouillage comporte le psychodrame de la "guerre de succession" alimenté par épigones du système. A quoi s'ajoute ce matin, la sirène de l'alarme : «L’Algérie est ciblée…» s'écrie Amar Saâdani, tandis que sa soeur-ennemie  Louisa Hanoune renchérit: "J'ai peur pour l'Algérie". De quoi faire perdre le nord, mais le sang froid des Algériens politisés est proverbial.

De cet Algérien, ce matin,  Un général-major (à la retraite) écrit : "Que l’on se détrompe, s’il n’est plus sensible aux chants des sirènes — d’où qu’ils viennent —, c’est parce qu’il cultive toujours l’espoir de voir la raison l’emporter sur les passions des acteurs politiques, le souci du devenir de la nation, l’emporter sur les ambitions individuelles. Il s’arme de sagesse et cultive l’espoir, pour que ses jours à venir ne soient pas une éternelle reproduction de son amer passé lointain et récent."

En novembre dernier, le professeur de sociologie Lahouari Addi, proposait une explication rationnelle dans les réorganisations de l'Etat algérien, affirmant que "La chute de « Rab Dzaïr», le « dieu d’Alger » est une victoire pour l’armée algérienne". Il expliquait que l'ANP l'a évincé "parce que, même si l’armée est l’épine dorsale du régime, la culture politique des officiers répugne à le montrer. Or avec le DRS, n’importe qui constatait qu’en Algérie c’est l’armée qui détient le pouvoir. La propagande du régime veut qu’il n’y ait qu’un seul «  Rab  » à Alger, et ce serait Abdelaziz Bouteflika, au nom duquel les militaires dirigent le pays.

Un mois plus tard, après la relance spectaculaire des tiraillements et querelles entre des tenants du pouvoir,  le journaliste Mohamed Saadoune écrira : "Le vrai constat et il remonte à des décennies est que "l'Algérie a un grand et grave problème avec la maison du pouvoir". Et cette Algérie-là est peut-être inquiète des effets collatéraux possibles des ces déchirements et ces haines dans cette maison qui débordent sur la voie publique. Mais cette Algérie-là ne se sent pas obligée de s'y impliquer. Car le problème n'est plus dans un ou quelques membres de la "maison du pouvoir". Le problème est dans cette "maison" qui entrave depuis des décennies l'élan de l'Algérie, l'empêche d'aller vers l'Etat de droit, la démocratie, le droit des citoyens à faire et défaire les gouvernements, la reddition des comptes de ceux qui exercent des responsabilités."

 

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