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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Notre gouvernement et nos hommes d’affaire s’apprêtent à bazarder la Tunisie au souk el khorda [marché aux puces] international".

Par Sadri Khiari, 18 avril 2016

Inexorable, nous dit-on, les privatisations tout azimut ; le service public et les protections sociales, ne seraient qu’une malédiction pour le « développement » et la « modernisation ». Incontournable serait l’ouverture du pays et des marchés publics au capital étranger. Impératif, la conformité de nos lois et réglementations aux normes qui régissent le libre-échange sur le marché mondiale. Indispensables, évidemment, le retrait de l’Etat et le renoncement à toute forme de souveraineté économique.

Au lendemain du 14 janvier, emporté par l’enthousiasme et l’optimisme – nécessaires, impératifs, indispensables en temps de révolution -, j’avais écris un tout petit texte intitulé « La Tunisie ne sera pas vendue sur e-bay ». Ce n’était pas un pronostic – je ne suis pas idiot à ce point ! – mais bien plutôt, comment dirai-je ?, une affirmation qui se voulait performative.

Cinq ans plus tard, en dehors de quelques groupes qui se battent pour l’honneur et, peut-être, préparent l’avenir, nous n’en sommes plus là. La puissance des forces du pareil au même et de l’inchangement, la capitulation – c’est le terme le plus adéquat – des principales forces démocratiques et de gauche, au nom du « réalisme », de la « modernité » et de primauté supposée de la lutte contre les mouvements islamistes, ont eu raison de la dynamique révolutionnaire. L’esprit de consensus l’a emporté sur « l’esprit de scission » (Gramsci). La « transition » sur la révolution. Demeurent, mal en point et précaires, certains formalismes démocratiques. Mais, protégés par un gouvernement à leur service, les pirates, les hommes d’affaire et quantité de coquins s’en donnent à cœur joie. Ils bouffent l’Etat et débitent la Tunisie sur le marché mondial. Et la galette, sans nul doute, est en sécurité dans un quelconque paradis fiscal.

Les institutions internationales ne sont pas en reste : banques, organismes de financement, multinationales, grandes puissances sont bien décidés à réduire à néant les derniers dispositifs de protection de l’économie tunisienne. On nous parle de crédits, d’aides, de financements, de subventions prétendument destinés à sortir de la « crise ». En vérité, il ne s’agit que de modalités différentes pour dépecer la Tunisie. Inexorable, nous dit-on, les privatisations tout azimut ; le service public et les protections sociales, ne seraient qu’une malédiction pour le « développement » et la « modernisation ». Incontournable serait l’ouverture du pays et des marchés publics au capital étranger. Impératif, la conformité de nos lois et réglementations aux normes qui régissent le libre-échange sur le marché mondiale. Indispensables, évidemment, le retrait de l’Etat et le renoncement à toute forme de souveraineté économique.

Vous vous demandez ce que signifient les accords renouvelés avec l’Union européenne ou les Etats-Unis, ce que représente cet ALECA qui nous pend au nez, ce qu’implique l’indépendance de la Banque centrale. Ne vous cassez pas la tête à écouter un expert ; évitez comme la peste les économistes ; fuyez tous les tartempions qui vous diront que nous n’avons pas le choix, qu’il faut évaluer les côtés positifs et les côtés négatifs, qu’il faut négocier au mieux et que de toute façon, c’est bien trop compliqué pour le pauvre plouc que vous êtes. Car la réponse à vos question est très simple et peut se dire en quelques mots : notre gouvernement et nos hommes d’affaire s’apprêtent à bazarder la Tunisie au souk el khorda [marché aux puces] international.

Source:nawaat.org

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