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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le 14 avril dernier mourrait Noureddine Naït-Mazi, longtemps directeur d'El Moudjahid, du temps du parti unique. Badr'Eddine Mili, ancien rédacteur en chef de la chaîne 3 évoque les temps de la discipline intériorisée par la profession. Les choses ont-elle vraiment changé? La presse algérienne volontiers impertinente s'est-elle vraiment libérée des ceintures de protection du pouvoir, et d'abord de cette interdiction d'investigation indépendante sur le fonctionnement du système et sur les rouages du business? Cette fonction essentielle est confiée, encore aujourd'hui, à des journalistes accrédités auprès des clans du système ou des grands conglomérats de plus en plus présents dans la propriété des médias.

Noureddine Naït-Mazi la plume organique

Par Badr’Eddine Mili, 20 avril 2016
(...) Noureddine Naït-Mazi était un journaliste bourré de talents, maniant la langue française, à la perfection, et doté du flair politique qui lui faisait décoder les situations les plus absconses.
Mais il avait choisi, dès le début de sa carrière, de baliser sa liberté par une astreinte qui avait pour nom la discipline. A partir de là, il ne pouvait, en aucune façon, s’imaginer revêtir un autre costume que celui d’un soldat de la communication, une plume organique qui ne reconnaissait d’autorité que celle du gouvernement, la seule chapelle à laquelle il devait obéissance, à l’exclusion de tout autre, en l’occurrence, celle du FLN que le Président Houari Boumediène avait mis en berne pour les raisons que l’on sait.

Et lorsque, précisément, le gouvernement, par l’intermédiaire du ministère de l’Information lui demandait – comme à d’autres – de préparer pour le numéro du lendemain, l’éditorial sur l’événement du jour, il l’avait, déjà, prêt dans sa tête, rédigé, avant même de quitter le briefing auquel il assistait, quotidiennement, en compagnie des autres responsables de l’information dont le nombre se comptait sur les doigts d’une seule main.

Je prenais part, régulièrement, à ces messes auxquelles Mohamed Seddik Benyahia – puisqu’il s’agit de lui – conviait les rédacteurs en chef les plus en vue que lui déléguaient les organes de la machine de guerre gouvernementale qu’étaient, dans l’ordre hiérarchique, la RTA, l’APS, El-Moudjahid, Echaâb, la République et An-Nasr.
Marquées par une pédagogie dispensatrice de ce qu’on appelle, aujourd’hui, les éléments de langage, ainsi que par une répartition des rôles bien orchestrée – le politique, maître de la musique, restant le politique et le journaliste, traducteur de la bulle du jour, tâchant de ne pas dépasser les limites de son statut – ces conférences de rédaction se transformèrent, progressivement, en un véritable laboratoire producteur de textes d’orientation et d’explication, tous sourcés à la même ligne éditoriale, mais chacun labellisé en fonction du support concerné et des cibles visées.

Dans la stratégie de communication conçue par Houari Boumediène, la voix de l’Algérie devait être portée là où cela était nécessaire, à l’intérieur pour éclairer l’opinion sur les choix du pouvoir révolutionnaire, et à l’extérieur pour justifier les ambitions internationales de l’Algérie.
Dans cette optique, il était dévolu à chaque organe une mission arrêtée selon une modulation qui devait donner l’impression qu’on avait affaire à une presse plurielle : le gouvernement attendait de la RTA qu’elle fût le parti que le FLN ne sut pas être, l’APS une agence de communication institutionnelle et El-Moudjahid le véhicule de la doctrine du régime destinée, surtout, aux élites francophones et aux opinions étrangères, la Chaîne III ayant conquis, à force de volontarisme, une liberté de ton que les officiels avaient fini par tolérer pensant que cela pouvait leur valoir des dividendes dans les milieux de la gauche.
Texte intégral du témoignage :
Le Soir d'Algérie

Interdiction d'investiguer dans les rouages du système?

Les journalistes du CPP s'interrogent sur "qui exerce le pouvoir en Algérie ?"( HuffPost-Algérie) Après avoir conclu à la "La vacance du pouvoir du président", les journalistes du Café de la presse, tentent de "mettre des noms" sur les dirigeants effectifs. Eternel retour de la recherche de ces vrais décideurs, mais ils sont toujours masqués, le journaliste garde pour lui ses sécrets, car dans ce domaine l'investigation semble interdite. "Le pouvoir est exercé en dehors des institutions", dit ainsi Abed Charef qui précise: "Depuis que Bouteflika n’est plus en mesure de diriger physiquement, son pouvoir a été réparti à travers un certain nombre de cercles informels : les gens supposés exercer des pouvoirs n’ont plus les instruments pour le faire". Qui, comment où? Va savoir... Les participants font même le tour de remplaçants éventuels, puis on conclut à un statut-quo inévitable, pour l'instant. Mais Ihsan El Kadi avertit quand même : "Aujourd’hui le temps joue clairement au détriment du clan en place, plus il retarde la sortie de l’impasse, plus la transition sera difficile".

Préposée dans El Watan aux arcanes du régime, Salima Tlemçani fait le plein aux sources du DRS-Canal-historique qui préfèrent nous brancher sur l'absence de Saadani pendant cette crise de la photo. Après avoir fait le tour de la question, elle conclut sur "La thèse la plus plausible pour l'instant" : " Saadani a disparu des radars depuis les premières révélations des Panama Papers. (...) Amar Saadani a érigé une fortune colossale, investie surtout en France, pays qu’il affectionne particulièrement et qui partage sa position sur la question sahraouie". La journaliste poursuit : "En se murant dans un silence de mort, Amar Saadani laisse planer le doute sur ses relations avec la France, l’ancienne puissance coloniale contre laquelle l’historique FLN a mené une révolution qui a marqué le XXe siècle, pour arracher l’indépendance de l’Algérie au prix de millions de martyrs. " Bon...

Mais, au Quotidien d'Oran, d'autres sources du même système nous guident vers d'autres vérités. Après nous avoir promené dans diverses explications sur l'origine du coup de la photo, les sources présidentielles auxquelles s'abreuve habituellment Ghania Oukazi la poussent à  formuler une hypothèse audacieuse : Et si la diffusion de la photo venait de Bouteflika lui-même qui veut susciter la compassion des Algériens pour qu'ils soutiennent une nouvelle initiative politique  : " L'on se demande si aujourd'hui, comme en 2011, n'aurait-il pas besoin de la compassion des Algériens pour décider d'un grand coup de changement qui le mettra à l'abri de toute tentative d'un départ forcé. L'on constate que les choses se précipitent (...) La Constitution lui garantit de nombreuses prérogatives qui lui permettent de décider de changements au moment qu'il veut. L'année 2016 pourrait en être l'année charnière".

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