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Publié par Saoudi Abdelaziz

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NOTES DE LECTURE

Par Benyassari, 5 avril 2016

 

"Quand une nation s’éveille", est un livre qui se veut autobiographique, mais qui plonge profondément ses racines, dans l’histoire du mouvement national et du mouvement ouvrier algériens.

Le parcours de l’auteur, commence à l’orée de « la première crise sérieuse du nationalisme algérien » (1949). Très tôt, Sadek Hadjerès est au détour de tous les évènements qui sont à l’origine du grand éveil national et politique. Il est également un acteur vivant et incontournable de toute l’épopée du mouvement ouvrier algérien qui a porté en son sein, dans le cadre de l’Etoile nord africaine (1926), le grand mouvement indépendantiste algérien, du PPA jusqu’au FLN. Il est un témoin privilégié de tout un pan de l’histoire des luttes sociales, des idées et du mouvement de libération de notre pays. D’emblée, il annonce la couleur et considère que « ces mémoires, fondées sur des faits perçus au prisme du vécu, ne sont, ni ne voulaient être, un essai historique, une thèse doctrinale ou un plaidoyer partisan ». Il considère que « c’est une évocation personnelle d’un moment charnière des

luttes et des espoirs de notre pays et de sa société ». L’ouvrage, restitue des évènements dans les années 1940. Au-delà de l’aspect autobiographique, l’ouvrage présente un intérêt pédagogique certain, car il incite à une véritable introspection, pour interroger « le présent et les chances de voir les générations montantes, s’impliquer dans une nouvelle relance nationale ». Le pays étant à un tournant décisif de son histoire, il serait « instructif de mobiliser le souvenir et les enseignements des moments plus réconfortants et productifs du mouvement national ». Doté d’optimisme militant, l’auteur accorde un préjugé favorable à l’avenir. Comment « oublier en effet, les séquences par lesquelles un peuple démuni de tout, finit par s’arracher aux griffes coloniales ». Il insiste sur « les prouesses passées du peuple algérien, qui s’est forgé une conscience politique unitaire et libératrice, dans les pires conditions, qui n’avaient rien à voir, avec les facilités médiatiques d’aujourd’hui ». Les épisodes politiques « ont des résonances actuelles ».

Toute la trame du livre, est traversée par une préoccupation lancinante. Un questionnement qui prend racine, dans les réminiscences du terroir : d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Dans les torrents impétueux de la succession des générations, comme le dit Karl Marx, « la tradition de toutes les générations mortes, pèse très lourd sur le cerveau des vivants » (18 Brumaire 1851).

Dans ce questionnement qui prend l’allure d’un véritable « ijtihad », l’auteur déduit que « la fin de l’infamie coloniale », est le début « du combat que nous devons mener contre nos propres démons ». Il choisit alors délibérément, de faire parler beaucoup plus le militant que l’Homme.

Nous lui savons gré de cette exigence de rigueur car, « les représentations d’idées des années quarante vont lui permettre de sonder les racines d’un présent tragique, des années 1990 ». Au lendemain de l’indépendance, « pour la quasi-totalité de la population, les repères concrets et familiers » qui ont inspiré la guerre de libération « sont tragiquement brouillés ». Une question récurrente, interpelle le lecteur : comment « la foi islamique qui était au cœur du sacrifice pour la liberté, s’est-elle mise au service de la division et de la régression ? ».

A cette interrogation, l’auteur n’apporte pas une réponse limpide. Il suggère de remonter loin dans le passé historique pour voir que celui-ci, n’est pas un long fleuve tranquille. Les visions simplificatrices de l’islam, charriées par le mouvement national, ont préparé les grandes déceptions et les dérives sanglantes. Mais pour lui, le ver est dans le fruit et la crise de 1949, dite « crise berbériste » va être l’enjeu d’une confrontation entre le tenants d’une ligne arabo-islamique, replié sur leur « quant-à-soi » et se référent presque à « un islam réduit à une écume fondamentaliste » et ceux prônant une rénovation du parti qui se ressource dans les cultures et les langues du peuple et également dans les valeurs universelles de démocratie et de justice sociale.

L’auteur le dit lui-même, « le radicalisme simplificateur de la direction », n’est qu’un subterfuge pour éluder les questions de fond, à savoir la question du contenu de l’indépendance et celle du débat démocratique au sein du parti.

En faisant le vide, par son exclusivisme politique, la direction du parti va faire le jeu « des idéologies conservatrices ou rétrogrades ». Le terrain, est ainsi déblayé, pour « un nationalisme oppressif ».

Les germes de la grande dérive, vécue au lendemain de l’indépendance sont là. La crise de 1949, va accélérer le processus de décantation. Elle sonnera le glas de l’unité du mouvement et du « nationalisme libérateur » et sera le prélude à la grande scission du PPA-MTLD, qui sera à l’origine du FLN.

Source : Libre Algérie

 

QUAND UNE NATION S’EVEILLE. MEMOIRES-TOME 1-1928-1949.

Sadek HADJERES.

INAS EDITIONS.

405 pages. Essai annoté et postfacé par Malika RAHAL.

Alger, Septembre 2014.

1 000 DA.

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