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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Le rôle d'apaisement de l'Emir Abdelkader en 1860 lors du conflit confessionnel à Damas. (J.-B. Huysmans, 1861)

Le rôle d'apaisement de l'Emir Abdelkader en 1860 lors du conflit confessionnel à Damas. (J.-B. Huysmans, 1861)

Une analyse de Lina Kennouche, 30 avril 2016. Journal Libanais l'Orient le Jour

Le principe de non-ingérence constitue toujours le levier indispensable de la diplomatie algérienne, mais celle-ci s'est adaptée aux évolutions du contexte régional.

Lundi, le ministre algérien des Affaires maghrébines, de l'Union africaine et de la Ligue des États arabes, Abdelkader Messahel, a rencontré le président syrien Bachar el-Assad à Damas, une visite qui intervient moins d'un mois après celle, fin mars à Alger, du chef de la diplomatie syrienne Walid Moallem.

Si ces récents contacts ont eu un certain retentissement, ils s'inscrivent cependant dans la constante d'une relation syro-algérienne aux racines historiques profondes, et maintenue au fil des crises, grâce à un principe structurant de la diplomatie d'Alger : la non-ingérence dans les affaires intérieures d'un État.

En 2011, l'Algérie démontre une nouvelle fois la conformité de sa pratique diplomatique au principe de neutralité. Au plus fort de l'internationalisation de la crise syrienne, et en dépit du fait que les puissances régionales et internationales soutenaient massivement l'opération de « régime change », aucune intrusion n'est à relever du côté d'Alger qui fait montre de prudence. L'Algérie a su maintenir ses relations avec le régime de Damas, en s'abstenant de voter l'exclusion de la Syrie de la Ligue arabe, et en manifestant sa ferme opposition à la proposition du Conseil national syrien de représenter la Syrie au sein de la Ligue. Deux ans plus tard, la diplomatie algérienne affiche la même cohérence de sa doctrine traditionnelle sur le dossier syrien, en refusant en mars 2013 d'avaliser les termes d'un communiqué de la Ligue arabe qui reconnaît à ses membres la liberté de fournir le soutien militaire qu'ils jugent souhaitable à l'opposition.

En cinq ans de crise, Alger s'est donc confiné à une posture légaliste : soutenir les efforts de paix sans compromettre ses relations avec le régime de Damas, bien que par le passé les deux pays aient été confrontés à des turbulences qui n'ont toutefois pas remis en cause la ténacité des liens historiques.

Façade idéologique

L'intellectuel libanais et secrétaire général de la Conférence nationale arabe (CNA), et directeur d'édition de la revue trimestrielle Contemporary Arab Affairs, Ziyad Hafez, rappelle la continuité de ces relations qui s'inscrivent dans une histoire longue. Le tournant majeur s'opère au XIXe siècle, avec l'accueil en Syrie, province arabe de l'empire ottoman, de l'émir Abdel Kader et sa famille paré de tous les honneurs. « Durant la guerre de libération, la Syrie, aussi bien que le reste des populations du Levant arabe, appuyaient sans réserves la lutte des Algériens pour leur libération de la domination coloniale française. Au niveau politique, depuis la Guerre des Six jours, l'Algérie a régulièrement manifesté son appui politique et militaire à la Syrie », explique Ziyad Hafez. Selon lui, les liens entre la Syrie et l'Algérie seraient indéfectibles en raison du poids de l'histoire, de l'adhésion à la doctrine de libération dont le nationalisme arabe est l'élément-clé. Pourtant, en dépit de la portée structurelle de cette relation historique, les soubresauts sont récurrents.

L'Algérie, surnommée La Mecque des révolutionnaires, capitale panafricaine et panarabe, non alignée et socialiste, a également été la terre d'exil des opposants historiques à la famille Assad. De l'ancien président syrien Noureddine el-Atassi, renversé par le coup d'État de Hafez el-Assad en 1970, aux figures de la gauche syrienne, Alger a accueilli sans réserves les exilés, au risque d'incommoder le régime de Damas. Au-delà de la façade idéologique qui prêterait à l'Algérie une relation affective et passionnelle avec le « frère » syrien, l'histoire atteste d'une diplomatie multilatérale, réaliste et raisonnable, débarrassée de ces considérations.

Alors que dans les années 90, Alger est confronté précocement aux affres du terrorisme, quasiment isolé sur la scène internationale, il ne pourra compter que sur le symbolique soutien des voisins égyptien et tunisien. L'absence de prise de position expresse de Damas, et l'attitude équivoque de la Syrie sur le question épineuse du Sahara occidental n'ont pour autant pas suffi à entamer le dynamisme de la relation syro-algérienne. En dehors de la solidarité inconditionnelle et permanente à la cause palestinienne, l'Algérie a toujours orienté la politique extérieure de son pays dans le sens de relations raisonnées. Ainsi, si aujourd'hui un nouveau pas semble franchi dans l'officialisation du soutien au régime de Damas, cette évolution n'en reste pas moins la résultante de l'adaptation de la diplomatie algérienne à la nouvelle réalité stratégique.

Position plus tranchée

Le principe de non-ingérence constitue toujours le levier indispensable de la diplomatie algérienne, mais celle-ci a évolué en fonction des impératifs imposés par le nouveau contexte sécuritaire régional. Face au chaos libyen, à l'instabilité des États faillis comme le Mali, et au risque d'une déstabilisation profonde sur son propre sol, l'Algérie a développé un activisme diplomatique et s'est progressivement imposée comme médiateur dans les conflits. Au-delà du dynamisme de la politique de voisinage au Maghreb, et sans recherche d'enjeux de puissance au Moyen-Orient, l'Algérie a finalement été amenée à adopter une position plus tranchée sur le terrain de la crise syrienne dont l'issue entraînera une recomposition durable des rapports de force dans le monde arabe, et où pour l'instant chaque acteur mène une politique offensive en jouant sa propre partition.

Parmi les parrains de l'opposition syrienne, l'Arabie saoudite a placé, en mai 2015, l'Algérie sur une liste noire pour prévenir du piège « des opérations douteuses entrant dans le cadre du financement du terrorisme et des réseaux extrémistes ». Les relations de l'Algérie avec l'acteur turc de la crise syrienne sont également ambivalentes. Le soutien d'Ankara aux groupes islamistes en Syrie et le rôle de la Turquie comme base arrière du jihadisme freine toute perspective de coopération politique. C'est dans ce contexte également que se renforce la relation historique avec la Russie, notamment via le levier des relations économiques comme en atteste la signature, mercredi à Moscou, d'un mémorandum d'entente et de coopération économique entre les deux pays.

C'est parce que l'Algérie s'est toujours montrée intraitable sur le principe de non-immixtion dans les affaires des autres États qu'elle a su développer une politique régionale conforme à ses intérêts et qui lui permet de se soustraire aux contraintes d'une relation de dépendance à ses alliés. Elle a su adapter sa politique étrangère aux nécessités du contexte en développant une approche dynamique face aux nouvelles menaces transfrontalières renforcées par l'internationalisation de la crise syrienne. Face à l'évolution du conflit syrien et confrontée au jeux des acteurs régionaux et internationaux de la crise, l'Algérie entend défendre ses intérêts selon ses propres conditions.

Source : http://www.lorientlejour.com

 

 

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