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Publié par Saoudi Abdelaziz

El Watan publie ce matin un dossier sur la mobilisation des chômeurs dans le sud du pays, dont l'une des pièce est l'interview croisée de Aïbak Abdelmalek et Tahar Belabbès, les fondateurs du Comité national pour la défense des droits des chômeurs . Cette interview réalisée par Adlène Meddi, Mélanie Matarese est intitulée "Sans égalité de développement entre les régions, la marginalisation continuera". L'extrait que nous avons choisi concerne le rapport entre le mouvement des chômeurs du sud et la politique.

Le mouvement est en train de se politiser, donc, alors que vous refusiez l’étiquette politique...

Tahar. A partir du moment où on demande l’équité, la justice, le développement local, on sait que tout ce que l’on fait est politique. Mais on ne veut pas se «politiser» au sens où vous l’entendez, au sens partisan. Nous avons été soutenus par des mouvements politiques, des islamistes à la gauche, certains ont tenté de nous récupérer. Mais nous leur avons bien expliqué que nous faisions la distinction entre la solidarité des combats et l’adhésion à telle ou à telle mouvance.

A travers le combat des chômeurs et sa dynamique, quelle leçon peut en tirer la société civile qui peine à s’organiser ailleurs dans le pays ?

Tahar. Je ne veux pas croire que si nous, à Ouargla, avons réussi à créer toute cette dynamique à partir du néant, dans d’autres villes où existent déjà une élite, une tradition de militantisme, des espaces de mobilisation… il ne se passe rien.

Aïbek. La société civile, à travers le pays, bouge beaucoup, s’active et propose des solutions, même si cela n’est pas trop visible. Nous avons beaucoup d’espoir justement parce qu’on voit que les citoyens s’impliquent et cherchent à militer dans le cadre d’une société civile dynamique.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Aïbek. La situation s’est envenimée. Cela va empirer à cause du discours du pouvoir qui reste enfermé dans l’idée que les chômeurs sont manipulés. Le pouvoir tente de faire face à la situation en distribuant des calmants un peu partout pour contenir la colère de la société, mais il ne distribue ces tranquillisants que selon des critères d’allégeance. Donc ça ne marche pas. Sans égalité de développement entre les régions, la marginalisation continuera.

Tahar. Le problème des autorités, c’est qu’elles n’ont plus aucune alternative. Il ne leur reste que la répression. D’ailleurs, ce 14 mars, comme par hasard c’est l’anniversaire de notre melioniya de 2013, un de nos camarades passera devant la justice pour rassemblement non autorisé ! Les autorités ont consommé toutes les vieilles recettes, notamment la diabolisation du mouvement, la «main de l’étranger», etc. Tout cela c’est un discours de fiction, comme si les chômeurs n’existaient pas réellement. Mais les autorités oublient que la répression provoque la tempête. Elles n’ont pas retenu la leçon. Sauf que cette fois-ci, à cause de la conjoncture économique et de l’incertitude politique, ce sera pire.

Aïbek. En diabolisant notre mouvement et en achetant les gens, le pouvoir a fait fuir les gens du véritable militantisme pacifique. Le Comité n’a toujours pas le droit d’avoir un agrément, alors que depuis 2013, le ministère de l’Intérieur ou les autorités locales ont agréé d’autres associations qui sont dans l’allégeance et la corruption. La seule réponse qui leur reste est une réponse répressive. Difficile donc de militer dans ce climat-là.

Tahar. On s’est retirés pour passer le relais à d’autres. Si on nous entend moins, c’est d’abord parce que la majorité d’entre nous a pu recouvrir ses droits. Mais aussi parce que le Comité a beaucoup souffert du noyautage. Le pouvoir a vu qu’on était devenu une sorte de front social parallèle, que nous étions d’authentiques syndicalistes, ancrés dans les véritables conditions de vie dramatique des chômeurs et qui refusent le chantage ou la corruption. Le pouvoir a donc tout fait pour nous barrer la route. Malgré cela, on peut toujours mobiliser ceux qui travaillent, justement parce que notre situation sociale s’est améliorée.

On peut mieux s’organiser. Par exemple, notre base discute aujourd’hui de la nécessité de dépasser la problématique du chômage pour débattre de la participation aux mécanismes de décision et de la redistribution équitable des richesses. Ce qui nous conduit à réfléchir autour d’une idée centrale, celle qui préside à toutes ces problématiques : la bonne gouvernance.

Texte intégral : El Watan.com

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