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Publié par Saoudi Abdelaziz

Khaled Fakraoui, 35 ans, diplômé en droit, chômeur en grève de la faim. Photo Eros Sana

Khaled Fakraoui, 35 ans, diplômé en droit, chômeur en grève de la faim. Photo Eros Sana

Sous le titre "En Tunisie, «du travail ou la mort»", Mediapart publie hier un reportage d'Eros Sana réalisé à Kasserine auprès des 13 chômeurs grévistes de la faim dont elle fait le portrait illustré de photos. "Il n'arrêteront pas tant qu'ils n'auront pas obtenu un travail. Pour démontrer leur détermination, ils se sont cousu la bouche"

Portraits

Khaled Fakraoui, 35 ans, diplômé en droit, chômeur en grève de la faim. Il est le leader des Treize. En 2011, il était de toutes les manifestations et protestations durant la révolution qui a mené à la chute de Ben Ali. Il s’est déplacé jusqu’à Tunis et a manifesté pour faire tomber le dictateur. Mais aujourd’hui, il est amer : « Nous, les chômeurs, avons lancé cette révolution, pour lutter contre la dictature et pour que nous ne soyons plus au chômage. Il y a encore plus de chômage et quand nous manifestons, le pouvoir nous qualifie de terroristes. » À l’instar de ses douze compagnons, la grève de la faim qu’il a entamée le 29 janvier ne lui a pas enlevé sa détermination. « Diplômés ou non diplômés, nous avons le droit à un travail, nous avons le droit à la dignité humaine (...). Nous sommes treize individus, mais un seul corps, nous aurons un travail ensemble, ou nous mourrons ensemble ! Un travail, ou la mort ! »

Wajdi Khardaoui, 27 ans, sans diplôme, est le porte-parole charismatique du mouvement des chômeurs de Kasserine. Au moment où il est pris en photo, un camarade de lutte lui tend une baguette et lui dit : « Comme ça, on relance à la fois les émeutes du pain et la révolution ! » Wajdi était trop jeune pour avoir participé aux émeutes de 1984 quand Kasserine se soulevait contre la décision du pouvoir d’augmenter le prix du pain affamant les plus pauvres des Tunisiens. Mais en décembre 2010 et janvier 2011, alors que cette partie de la Tunisie se soulève et déclenche la “Révolution de Jasmin”, Wajdi est de toutes les manifestations. Certains de ses amis tomberont sous les balles de la police et deviendront « martyrs de la révolution ».

De gauche à droite et de haut en bas : Icham Bouazizi, 29 ans, chômeur en grève de la faim. Malek Bouazizi, 28 ans, diplômé en mathématiques, chômeur en grève de la faim. Mohassen Moulay, 35 ans, trois enfants, chômeur en grève de la faim. Mouncef Farkaoui, 22 ans, deux enfants, chômeur en grève de la faim. Il est le plus jeune des treize.

Khaled montre les photos qu’il a gardées du jour où il avait la bouche cousue pour signifier sa détermination à ne pas s'alimenter. Il a dû retirer les fils de ses lèvres lorsque sa mère est venue lui rendre visite. Elle n'a pas supporté de le voir dans un tel état. Aujourd'hui, tous ont de nouveau la bouche cousue.

Rebeh Fezai, 28 ans, porte une minerve sous son voile. Elle est tombée durant une manifestation, aggravant la maladie génétique dont elle souffre et qu’elle ne peut soigner convenablement faute d’argent. Diplômée en biologie, elle ne trouve pas de travail et ne peut acheter le matériel orthopédique indispensable à son état de santé. En dépit de ça, elle est l’une des premières à avoir occupé la wilaya car elle exige « la dignité pour chaque femme de Tunisie qui, après avoir étudié, doit être considérée et travailler ».

De gauche à droite et de haut en bas. Hocine Allagui, 25 ans, diplômé de français, chômeur en grève de la faim. Fayçal Bouazizi, 41 ans et cinq enfants, chômeur en grève de la faim. Lamine Derbeli, 46 ans, marié, diplômé d'une maîtrise de mathématiques, chômeur en grève de la faim. Jamel Bouazizi, 28 ans, chômeur en grève de la faim. Malgré sa licence en anglais, il n’est convaincu que par une chose : soit il trouve un travail, soit « il quitte ce pays par tous les moyens ». La mort de Ridha Yahyaoui lui a fait prendre conscience que les seules solutions qui lui restaient étaient « la lutte, le départ ou la mort ».

 Manaem Tarchi a 30 ans et a obtenu un diplôme en droit foncier en 2009. Depuis, elle ne survit que grâce à des petits boulots.

Icham Lebaoui, 36 ans, sans diplôme, chômeur en grève de la faim. Depuis le début du mouvement, il a essayé à deux reprises de se suicider par pendaison. Deux fois, ses camarades lui sont venus en aide. Taher Labbaoui, 31 ans, chômeur en grève de la faim. Mohassen Khadraoui, 35 ans, trois enfants, chômeur en grève de la faim. Fatih Labraoui, 43 ans, trois enfants, chômeur en grève de la faim. Le 9 février, désespéré, il a tenté de se pendre à l’immense drapeau tunisien qui trônait sur l’un des immeubles de la wilaya. Il ne sait plus comment nourrir sa famille.

Source : mediapart.fr

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