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Publié par Saoudi Abdelaziz

Edwy Plenel : "Il est temps de dire nous".

"Dire nous" paraît Aux éditions Don Quichotte. Edwy Plenel, fondateur de Mediapart explique : "Sa nécessité surgit d’un sentiment d’urgence : nous ne pouvons plus être spectateurs ou commentateurs de l’égarement où des politiques affaiblis et affolés entraînent notre peuple et notre nation".

Manifeste des causes communes

"Comme un refrain insistant, invite à secouer l’indifférence et à réveiller l’espérance, voici l’introduction de ce manifeste des causes communes, contre les peurs et les haines":

 

DIRE NOUS

Il est temps de dire nous.

Dire nous pour éviter le désastre où nous entraîne une politique de la peur qui se sert du terrorisme comme d’un alibi pour nous congédier, mettre en panne notre démocratie, mettre en cause nos libertés, mettre en péril notre sécurité.

Dire nous pour ne pas tomber dans le piège tendu par des idéologies totalitaires dont les crimes sont une provocation à la haine afin de nous entraîner dans une guerre des mondes d’où toute civilisation sera bannie.

Dire nous pour trouver, ensemble, les réponses aux défis qui nous assaillent quand ceux qui nous gouvernement, aujourd’hui comme hier, ne pensent qu’à se succéder à eux-mêmes, qu’à survivre à l’abri du pouvoir.

Dire nous pour dessiner l’horizon des possibles, des volontés et des rêves, à rebours d’une politique aveugle aux causes et indifférente aux solutions, uniquement préoccupée d’intérêts immédiats et de profits personnels.

Dire nous pour refuser cette fatigue qui nous saisit devant tant de reniements, tant de déceptions, de promesses trahies et de corruptions dévoilées, de petitesses et d’arrogances, de mensonges aussi.

Dire nous, notre nous, celui que nous lègue notre histoire républicaine et la cohorte de ses vaincus victorieux, momentanément défaits par les oligarchies régnantes, puis durablement réhabilités par la mémoire populaire.

 

Le nous de l’égalité, sans distinction d’origine, de condition, d’apparence, d’appartenance ou de croyance, de sexe ou de genre.

Le nous des exigences communes où s’imagine concrètement l’espérance, là où nous vivons, là où nous travaillons, là où nous habitons, dans tous ces lieux où nous faisons déjà route ensemble.

Le nous des audaces démocratiques, sociales, écologiques et culturelles sans lesquelles il n’est pas de confiance retrouvée dans un avenir partagé.

Le nous des humanités conscientes de leur relation vitale à la nature, à la terre et au ciel, à l’eau et aux plantes, aux autres espèces, au tout vivant du Tout-Monde dont nous sommes.

Le nous de ceux qui ne veulent plus emprunter cette impasse des dominations et des exploitations, de l’oppression de l’homme par l’homme et de la destruction de la nature par l’homme.

Le nous de notre richesse commune.

Le nous de ceux qui ne spéculent pas sur l’inégalité, tirant profit des détresses et des misères, ni ne jouent l’argent des autres au casino de la finance.

Le nous de ceux qui refusent d’être dépossédés et dépouillés par un capitalisme avide, dérégulé et prévaricateur, qui ne bénéficie qu’à une infime minorité de privilégiés, coupés du monde et des autres.

Le nous du plus grand nombre où se retrouvent toutes celles et tous ceux qui vivent de leur travail – ou qui voudraient en vivre – et sont ainsi les vrais créateurs de valeur, non seulement matérielle mais aussi spirituelle.

Le  nous de toutes les minorités actives dont sortiront, demain, les majorités inventives, ce divers qui fait l’exceptionnelle pluralité de la France, de sa langue comme de ses territoires, de ses paysages comme de ses nourritures, de ses sons et de ses images, de ses cultures et de ses récits.

 

Ce nous qui refuse la diversion des peurs et des haines.

Ce nous qui se dresse contre les fauteurs de division et de trouble, pressés de nous opposer les uns aux autres pour échapper à leurs échecs et prolonger leurs dominations.

Ce nous, seul capable d’enrayer la machine infernale qui met la France en péril, l’entraînant dans des guerres sans fin au lointain et dans une guerre contre elle-même au plus près.

Ce nous des fraternités reconstruites, se rassemblant contre la chasse aux boucs émissaires, quels qu’ils soient.

Ce nous qui fera enfin barrière aux divisions où, par le rejet et la crainte, se perpétuent la domination d’une infime minorité et la dépossession de la grande majorité.

Ce nous où s’inventera un espoir commun, dans la délibération collective, plutôt qu’une aventure personnelle, avec son cortège de déceptions et d’amertumes.

Ce nous qui s’oppose au je présidentiel où se ruine la confiance démocratique par la confiscation de la volonté du peuple au profit d’un seul, de son clan politique et de sa caste sociale.

Ce nous qui rassure par ses audaces, ce nous qui crée de la confiance en risquant son bonheur.

 

Dire nous pour partir en quête d’un horizon des possibles en faisant chemin tous ensemble, dans le souci des plus fragiles et des moins protégés, des moins habiles et des plus exploités.

Dire nous pour inventer un nouvel imaginaire qui nous élève et nous relève, en nous extirpant du marécage où macèrent nos divisions, nos rancœurs, nos ressentiments.

Dire nous pour cesser de dire eux contre nous, nous contre eux, notre nous contre le leur, dans une guerre sans fin dont nous serons tous les victimes, nous comme eux.

Dire nous pour réussir à échapper aux fatalités du présent par la subversion de l’ordinaire et du quotidien, en l’enchantant par la beauté et la bonté, contre la laideur et la méchanceté.

Dire nous avec cette certitude que la politique, comme bien commun, est d’abord une poésie, une poétique où l’espérance retrouve l’énergie qui lui manquait, comme un souffle libérateur.

Dire nous avec nos mots de tous les jours, en retrouvant leur sens véritable, la sécurité que nous disons sociale, écologique, urbaine, rurale, démocratique ; le travail dont nous défendons la valeur, la richesse et la dignité ; la patrie qui reconnaît tous les siens, tous ceux qui l’ont construite et rejointe, prolongée et rehaussée, sans distinction de croyance ou d’appartenance, de couleur de peau ou de pays d’origine.

 

Dire nous, donc, pour inventer tous ensemble le oui qui nous manque, celui d’un peuple réuni dans sa diversité et sa pluralité autour de l’urgence de l’essentiel : la dignité de l’Homme, le souci du Monde, la survie de la Terre.

 

Source: Mediapart

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