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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les faillites se multiplient dans le secteur du schiste aux Etats-Unis

Par Hayat Gazzane, 21 janvier 2016. Le Figaro

Selon de nombreux observateurs, une bulle spéculative liée au secteur du schiste serait sur le point d'exploser aux États-Unis en raison de la dégringolade des cours du brut.

Plus les cours du pétrole chutent et plus le scénario devient réaliste. Selon plusieurs analystes, une nouvelle bulle spéculative serait sur le point d'exploser aux États-Unis. Elle serait liée au très fort endettement des entreprises du secteur du schiste qui voient leur rentabilité affectée par la dégringolade continue des prix du brut. Ce jeudi encore, le baril de WTI, la référence américaine, valait 28,69 après être tombé sous la barre des 28 dollars hier. De son côté, le Brent valait 28,26 dollars après être lui aussi tombé sous ce seuil lundi pour la première fois depuis novembre 2003. Depuis mi-2014, les cours se sont effondrés de plus de 75%.

Pourquoi cette situation devient-elle périlleuse?

À moins de 60 dollars le baril, la survie des sociétés de forage devient incertaine. Or elles sont assises sur une montagne de dettes. Selon Bank of America, le secteur énergie et mines représente 30% du marché des «high yield», ces obligations à haut rendement (aussi appelées «junk bond»), très rémunératrices mais aussi très risquées car émises par des sociétés dont le risque de faillite est élevé. Cela représente environ 400 milliards de dollars, dont 250 milliards pour le seul secteur de l'énergie. «Les émetteurs les plus petits de ce secteur représentent à eux seuls plus de 83 milliards de dollars de dettes», souligne Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI AM.

Pourquoi un tel niveau d'endettement?

Depuis sa naissance, l'activité de forage dans les «shale oil» (huile de schiste, ndlr) a largement eu recours à l'endettement pour se financer. Contrairement aux hydrocarbures traditionnels, la production des puits de schiste se réduit très rapidement, obligeant les sociétés à forer en permanence pour maintenir leur niveau de production. Une situation qui nécessite un besoin constant de capital. «Lorsque le pétrole était à 100 dollars, ces entreprises ont vendu aux banques l'idée qu'elles feraient d'énormes marges. Elles ont donc suivi», explique Nicolas Chéron, stratégiste marché chez CMC Markets. Les banques se sont même lancées dans une véritable course à l'or noir, finançant le secteur à tour de bras. Ces conditions facilitées de crédit ont permis à de nombreuses entreprises, y compris celles qui n'auraient jamais dû voir le jour, de se lancer dans cette activité lucrative.

Mais la chute du baril a changé la donne. Les régulateurs bancaires ont lancé aux établissements financiers un appel à la prudence qui pourrait les rendre de plus en plus frileux à l'idée de prêter de l'argent à des sociétés au bord de la faillite. Le tour de vis s'annonce d'autant plus important que les banques estiment la capacité d'emprunt de ces sociétés en fonction de la valeur de leurs réserves. Une valeur qui s'est dépréciée en même temps que les cours du pétrole...

Les faillites sont-elles nombreuses Outre-Atlantique?

Jusqu'ici, les sociétés avaient réussi à tenir le choc. «Quand le pétrole était descendu à 40 dollars, elles avaient réussi à renégocier leurs prêts et à gérer la situation», explique-t-on chez CMC Markets. La production a même continué à progresser malgré la division par 3 du nombre de foreuses en activité depuis la mi-2014. Mais cette hausse de la production cache en réalité une situation critique. En 2015, selon le cabinet Haynes & Boone LLP, 42 producteurs de pétrole et de gaz ont fait faillite. Leur dette cumulée s'élevait à 17 milliards de dollars. D'autres groupes sont considérés comme des morts-vivants. «En processus de mort lente, ils poursuivent leur activité tant qu'ils le peuvent, utilisant leurs revenus pour payer les intérêts de leurs dettes», explique-t-on chez OFI AM. Le mouvement de faillite pourrait donc s'amplifier cette année, selon les observateurs.

Les grandes banques sont-elles en danger?

Les risques de faillites bancaires, à l'image de ce qui s'est produit après la crise des subprimes, semblent faibles. Les grandes banques assurent avoir une exposition limitée à ce risque d'éclatement. Toutefois, les pertes commencent à se faire ressentir. Selon Bloomberg, Wells Fargo, exposée à hauteur de 17 milliards de dollars au secteur de l'énergie, en a déjà perdu 118 millions au quatrième trimestre 2015. Pour faire face à la situation, la banque a provisionné 1,2 milliard de dollars (de quoi couvrir seulement 7% de son portefeuille). JPMorgan Chase a fait de même l'an dernier pour 550 millions de dollars et se tient prête à ajouter 750 millions à cette cagnotte si le baril se maintient autour de 30 dollars dans les 18 prochains mois. De son côté, Citigroup a déjà mis de côté 250 millions de dollars et prévoit d'en ajouter 600 millions au premier semestre si le baril ne dépasse pas ce seuil. S'il chute à 25 dollars, la banque prévoit de doubler la somme.

La menace de faillite est plus réelle pour certaines banques régionales dont les taux d'exposition peuvent aller jusqu'à 99% de leurs capitaux propres! «Et parmi celles-ci, certaines, comme BBVA Compass Bancshares Inc ou Zions Bancorporation, figurent sur la liste des banques régionales systémiques», signale Benjamin Louvet.

L'effet contagion est-il possible en cas d'éclatement de la bulle?

Selon de nombreux analystes, l'éclatement de cette bulle des «shale oil» pourrait être violent. «Comme dans le cas des subprimes, qui avaient mené à la crise financière de 2008, les banques ont syndiqué les prêts faits aux entreprises du secteur pétrolier et vendu ces produits à des investisseurs», rappelle le spécialiste d'OFI AM. «Par effet domino ou contagion, la situation peut vite devenir incontrôlable et les banques pourraient être déstabilisées», renchérit Nicolas Chéron.

Pour l'instant, ces dernières tentent d'éviter la réalisation de ce scénario catastrophe en poussant leurs clients à vendre leurs actifs pour rembourser leurs dettes. Elles promettent par ailleurs de maintenir le secteur à flot. «Si les banques se retirent complètement du marché à chaque fois que la situation devient volatile et effrayante, elles noieraient les sociétés à droite et à gauche», a expliqué Jamie Dimon, patron de JPMorgan Chase, jeudi dernier, lors d'une conférence téléphonique. Mais combien de temps cette stratégie peut-elle tenir? «Tout le monde s'est fait surprendre. Le pétrole à 20 dollars n'est désormais plus inconcevable. Et la probabilité d'avoir une crise importante cette année devient très forte», prévient Nicolas Chéron.

Source: Le figaro.fr

 

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