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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Affreux sales et ...", titre Omar Benbekhti sur le site Impact 24 . Il décrit dans sa chronique "un peuple dépouillé de son histoire et qui se vautre dans l’inculture. Des tubes digestifs ambulatoires, errant sans projet de société, ni intellectuel, ni culturel, ni libertaire". Il poursuit : "Et nous sommes devenus des êtres plaintifs, se lamentant sur les dérives et les insuffisances du quotidien. Portés par ces jérémiades, nous ne sommes plus bons à rien ! (...) Nous ne sommes pas seulement affreux sales et méchants, nous sommes surtout haineux ! Pourtant Dieu sait combien l’Amour peut faire de bien !"

Benbekhti est impitoyable, mais au contraire d'Ettora Scola qui lui a fourni le titre, il n'y a aucune tendresse dans son regard. Il y a quelques années, il roucoulait de tendresse sur un site d'outre-mer, lorsqu'il évoquait le paradis perdu de son enfance. C'était avant l'indépendance.

"Je m’appelle Omar Benbekhti, enfant de Victor Hugo, plus jeune que vous, j’avais 12 ans à l’indépendance…mais tant de souvenirs communs ! J’habitais la place Korte, entre les Benitez à droite et les Jimenez à gauche ; au coin il y avait l’épicerie Jourdan, et à l’opposé, celle d’Alberca, avec leur fille Anne-Marie pleine d’énergie, « garçon manqué », comme on disait à l’époque.

Chez nous, logeaient les Molina, je me rappelle Roger qui jouait de l’accordéon, sa sœur Eliane mariée à Nemours avec Clément ; il y avait aussi les Pico, avec Marcel, Julot et Nicole, qui me coiffait avec ma sœur Djamila avant d’aller à l’école Abadie. Il y avait les Auvray avec Gustave, garçon très agité, et son frère Gérard qui était mon copain. Je me souviens très bien des bals chez les Benitez et le père Marc qui leur rendait souvent visite. La boulangerie des Ruiz, avec Robert (qui est décédé), Daniel que j’ai revu à Perpignan et leur sœur Annie qui habite en Beauce. J’ai encore le goût des montécaos de leur mère dans la bouche. Il y avait aussi les Ramos à l’étage, avec Jean-Jacques, un sacré numéro, et les Perez dont le père et le fils Daniel avaient un bec de lièvre.

Mais je garde un souvenir impérissable de mon ami d’enfance, qu’on appelait Ginou Adam, c’était le petit frère d’Arlette ; je me souviens de leur mère qui était souvent sur une chaise longue et de leur père, blond et toujours affable.

Ce fut un bonheur de vous lire et j’ai transmis vos textes à mon frère Ali et ma grande sœur Djamila qui était amie de Nicole Pico et d’autres filles de son âge.

Je me souviens aussi d’Angèle, une belle amazone, avec sa grande tignasse noire et ses lunettes à la Jacques Charrier. A 12 ans, elle me paraissait sublime !

Mon plus grand souhait serait d’avoir des nouvelles de Ginou Adam, mon ami d’enfance que j’ai cherché en vain sur le net, mais je n’ai rien trouvé. Si quelqu’un pouvait lui donner mes coordonnées, ou à sa sœur Arlette, ce serait pour moi un immense plaisir. Aujourd’hui j’ai soixante ans et il est vrai qu’on n’oublie jamais son enfance…les parties de pignols, le pitchac, le tour de France avec les bouchons de bouteilles, la fuguera de la Saint Jean, les torraicos, mais on ne fait plus de carricos et plus personne ne joue aux boulitchis ! Ma mère habite toujours dans notre maison à la place Korte. Je me souviens encore des piqures de Mme Tari, l’infirmière, quand j’attrapais les amygdales (comme on disait à l’époque !), les Sevilla, avec la Vespa, et tant d’autres qui peuplaient nos univers ; et enfin les berlingots de chez Romboni, face à l’école primaire où j’eus comme premier maître d’école, Mr. Dominici, un grand monsieur qui nous fit aimer la lecture et la musique (il sortait un pipo de son fourreau noir à la fin de la classe, l’après-midi ; et nous attendions ce moment avec impatience)

Permettez-moi, encore une fois, de vous remercier infiniment d’avoir su, avec une grande délicatesse, et beaucoup d’émotion naturelle, faire vibrer nos cœurs, à travers les noms et les prénoms, des tranches de vie collées à nos mémoires…du bonheur simple mais ô combien nécessaire et réconfortant !

De grâce, encore une fois, si vous pouviez retrouver la trace de Ginou Adam, je vous serai reconnaissant ad vitam aeternam !

Dieu vous bénisse, vous et tous ces amis de notre passé, que vous avez gardé vivants pour l’éternité à travers l’écriture.

Source : Lettre à Claude Garcia de Omar Benbekhti Faculté des Sciences Sociales Université d’Oran

 

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Safiya 01/02/2016 08:14

Merci M. A. Saoudi. J'ai découvert les chroniques de ce monsieur en même temps que le site sur lequel il les publie, "Impact24", il n'y a pas très longtemps. Désormais, je lirais ses écrits avec la vigilance adéquate. Merci d'être et de continuer à nous éclairer.