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Publié par Saoudi Abdelaziz

Nouredine Bouderba explique ce matin dans El Watan, à propos de l'intention de supprimer la subvention des prix des produits de première nécessité : "L’expérience internationale a montré, partout, que les transferts ciblés ont toujours fini par s’amenuiser en taille et en volume pour ne plus réduire les inégalités et la pauvreté". Il conteste ainsi frontalement la ligne du quotidien sur cette question cruciale.

L'expert en questions sociales, situé à gauche, répond à une "question" plutôt curieuse de Mohand Aziri. Cette question est formulée sous la forme d'affirmations que l'invité du quotidien est convié à confirmer ou du moins à rester dans le cadre fixé. Qu'on en juge : "Dans son discours, le gouvernement braque ses projecteurs sur les transferts sociaux et les subventions, désignés comme le mal absolu de l’économie algérienne. Jusqu’où cette assertion peut-elle être vraie ou fausse ? La réalité des prix n’est-elle pas, dans une économie mondialisée, une vérité incontournable ? Dans le cas contraire, où trouver l’argent pour affronter le déficit budgétaire ? Quelles en sont les niches potentielles et les leviers à même d’être actionnés par les pouvoirs publics ?"

C'est ce qu'on appelle une question-piège, que l'interviewé a été obligé de contourner, pour donner son point de vue. On le sait, depuis de nombreuses années, El Watan ouvre largement ses colonnes aux courant néolibéral très implanté dans le microcosme des think tanks et autres experts "indépendants". Ces gens-là omniprésents dans les quotidiens et sites "indépendantes" font pression de manière quasi-obsessionnelle sur le pouvoir afin qu'il abandonne l'option sociale historique de soutien budgétaire à la satisfaction des besoins élémentaires de la population. Le 26 novembre, à l'annonce par le minsistre des finances de "la fin prochaine du système des subventions généralisées", le commentateur d'El Watan ne cachait pas sa satisfaction : "Le gouvernement serait ainsi en mesure de subventionner non plus les produits, mais bel et bien les individus, comme le voudrait si bien l’orthodoxie économique".

La réponse de Nouredine Bouderba

"Les transferts sociaux ne que représentent 9,1% du PIB. Si, pour les besoins de comparaison, on y ajoute le budget global du système de Sécurité sociale, on arrive à un montant de transfert global qui représente 15% du PIB. Les anti-transferts sociaux trouvent que le niveau de ces dépenses sociales est trop élevé et nous invitent à nous référer aux pays développés qui, selon eux, n’y consacrent que 3%. Le rapport panorama de la société 2014 de l’OCDE nous dit autre chose puisqu’il y est noté que le taux moyen des transferts sociaux dans les 34 pays de l’OCDE a été de 22%, ceux du Danemark, de la Belgique, de la Finlande et de la France dépassant même les 30%.

Seuls la Turquie, la Corée, le Chili et le Mexique y ont consacré moins de 15% de leur PIB (entre 7,4 et 12,8 %). Il est important de souligner que c’est dans ces derniers pays que les transferts sont justement ciblés et qu’on retrouve le plus grand taux de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté (supérieur à 15%) ainsi que les plus grandes inégalités, contrairement aux autres pays où les transferts sont universalistes et les inégalités beaucoup plus réduites.

Les salaires, en Algérie, sont très bas et les prix internationaux élevés pour la nourriture et l’énergie sont hors de portée des revenus de la population. Et c’est justement grâce aux transferts sociaux que la pauvreté et les inégalités sont plus ou moins contenues. Pour les prix de l’énergie, bien sûr, il faut la réalité des prix. Mais quels prix ?

Les organisations internationales au service des multinationales veulent des prix intérieurs en référence aux prix internationaux, alors que tous les pays en voie de développement producteurs d’hydrocarbures subventionnent les prix de l’énergie en prenant comme référence le coût marginal de long terme afin de faire bénéficier leur population et non les multinationales de la rente. Même les Etats-Unis subventionnent l’essence à la pompe, vendue à moins de la moitié de son prix international.

Le gouvernement veut supprimer les transferts sociaux et les subventions en les remplaçant par des transferts ciblés. L’expérience internationale a montré, partout, que les transferts ciblés ont toujours fini par s’amenuiser en taille et en volume pour ne plus réduire les inégalités et la pauvreté. L’OCDE, qui a toujours défendu la théorie du ciblage, a fini par noter, en 2012, que dans les pays où les transferts ne sont pas universalistes mais ciblés, les inégalités comme les taux de pauvreté sont nettement élevés, avant d’affirmer dans son rapport 2014 que lorsque les systèmes de transferts sociaux sont fortement ciblés, les baisses des dépenses sont davantage susceptibles de nuire aux plus démunis.

Par ailleurs, au-delà de l’absence de définition consensuelle du «nécessiteux» et du «seuil de pauvreté», aucun pays au monde n’a pu résoudre le problème d’identification des bénéficiaires de l’allocation ciblée. La majorité des expériences des programmes d’aide ciblée ont échoué à cause de l’impossibilité pratique d’établir la liste des nécessiteux sur la base de critères objectifs, surtout dans les pays en développement qui ne disposent pas d’une administration performante et fiable.

A titre d’exemple, en 2010, une enquête de l’INS tunisien avait conclu que les familles pauvres ne bénéficiaient que de 51% des allocations de l’aide ciblée alors que 20% des bénéficiaires faisaient partie des 40% des plus riches de la population. En Inde, 64% des individus les plus riches bénéficiaient, en 2006, d’un programme ciblé au détriment des pauvres et de la classe moyenne.

Source: El Watan.com

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