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Publié par Saoudi Abdelaziz

HICHAM ALAOUI: "Les Mamelouks modernes exploitent la peur du djihadisme"

Extraits de l'analyse de Hicham Alaoui* intitulée Printemps arabe autant en emporte le vent" publiée dans le n° de décembre 2015 du Monde diplomatique dans son dossier consacré à  "l'engrenage de la terreur"

(...) Cet héritage des Mamelouks, autocratique et patrimonial, fonde les république militaires arabes d'aujourd'hui, en Syrie comme en Egypte. Ces régimes se considèrent à la fois comme dépositaires de la puissance d'Etat et comme étrangers à leurs propres sociétés, qui ont vocation depuis toujours à être gouvernées d'une main de fer (...). Face au "printemps arabe", le reflexe mamelouk consistait à défendre par tous les moyens ces prérogatives régaliennes. Les détenteurs du pouvoir entendaient s'assurer que l'appareil d'Etat ne tombe pas entre les mains de forces sociales jugées  d'un rang inférieur.

(...) Ces Mamelouks modernes exploitent la peur du djihadisme afin que le bloc occidental ferme les yeux sur leurs violences et revienne à sa politique de soutien inconditionnel à des régimes autoritaires. Ce qui ne les empêche pas de jouer un double jeu: attaquer l'extrémisme religieux à l'intérieur et mettre en œuvre des politiques qui le renforce à l'extérieur.

C'est ainsi qu'en Libye, les forces du général Khalifa Haftar, soutenues par l'Europe et les Etats-Unis, ont délibérément laissé l'OEI prendre le contrôle de la région de Syrte, préférant consacrer tous leurs efforts à combattre le gouvernement rival de Tripoli. En Syrie, M. Al Assad a réagi au "printemps arabe" en libérant de prison nombre d'islamisme et en y enfermant les militants des autres groupes d'opposition. Au Yémen le gouvernement a qualifié les houtistes de mouvement terroriste à la solde de l'Iran, tout en engageant des négociations avec Al-Qaïda. Quant aux monarchies du Golfe, si elles n'ont pas manqué de désigner l'OEI comme leur pire ennemi, elles n'ont rien fait -ou si peu- pour empêcher les organisations religieuses actives sur leur territoire de financer des mouvements islamistes armés hors de leurs frontières.

Pareille ambivalence indique que la plupart des Etats arabes, contrairement à ce qu'ils assurent, ne sont nullement pressés de voir disparaître la menace djihadiste, qui leur fournit un prétexte en or pour bloquer toute réforme démocratique".

*Auteur de Journal d'un prince banni. Demain le Maroc, Grasset Paris 2014. Hicham Alaoui est le cousin du roi Mohamed VI

Abonnement : http://www.monde-diplomatique.fr/2015/12/HALIMI/54355

 

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